‹ Étude complète du christianisme a l'usage des catéchismes de persévranceChapitre 10 sur 50 · XXX · texte numérisé non relu

XXX

(3) Sal., XII.

(4) Livre I.

(5) Livre VI.

Esdras, le royaume d'Israël, ennemi acharné de celui de Juda, gardait le Pentateuque et vénérait Moïse, son auteur ! — 5° Ouvrons d'ailleurs le Pentateuque. Son texte sacré porte en lui-même les marques frappantes de son authenticité. La société qui y parle et qui y agit est bien celle des âges antiques. La description des lieux, des monuments, des usages, des traditions, tout cet ensemble est antique, et jamais faussaire n'eût pu peindre avec un semblable naturel , ni faire revivre les siècles avec leur physionomie à ce point ressemblante. — 6° Enfin, ajoutons une preuve qui n'acquérera que plus tard sa force absolue. Le christianisme se présentera à nous tout à l'heure comme l'œuvre manifeste de Dieu; l'Église catholique surgira sous nos yeux de la pensée, de la parole, de la toute-puissance de l'Homme-Dieu Rédempteur. Or, c'est cette Église divine qui nous présente ellemême les Livres Saints, en nous attestant leur authenticité.

2. Les Livres Saints sont authentiques, mais sontils véricliques ? Ils viennent des auteurs auxquels ils ont toujours été attribués. Moïse a effectivement composé le Pentateuque, mais Moïse a-t-il été vrai?

Disons-le de suite, l'eût-il voulu, Moïse eût été dans l'impossibilité absolue de mentir. Mentir en restant, dans toute la suite des siècles, le législateur et l'historien de tout un peuple, voilà qui dépasse les dernières frontières de l'invraisemblance. — 1° C'est six cent mille témoins qu'il s'agit d'abuser; non pas six cent mille sauvages (ce qui serait déjà impossible), mais des hommes parfaitement instruits et civilisés. — 2° Et c'est sur des événements publics, éclatants, grandioses, où ces milliers d'hommes ont été acteurs, qu'il faut les tromper. Il s'agit de leur faire admettre tous les événements qui, depuis

la sortie d'Egypte jusqu'à la possession de la terre promise, se sont déroulés avec un immense éclat. — 3° L'histoire qui précède Moïse est toute vive encore. Les vestiges des Patriarches sont empreints partout et comme incrustés dans ce sol dont Israël prend possession. Leurs familles sont là encore; les descendants témoignent de leurs prochains ancêtres ; toute l'histoire des premiers âges est gravée dans les mémoires et burinée dans les traditions. — 4° Si nous remontons encore pour arriver à l'enfance même du monde, la longue vie des premiers hommes (attestée par la science et les traditions universelles), approche assez Moïse d'Adam pour que son récit n'ait qu'à franchir six générations. Où mentir? Comment mentir là où les souvenirs sont présents, où un passé récent vit encore dans toutes les mémoires? — 5° Reste à dire que Moïse a menti dans son récit sur l'origine du monde et sur la création. Mais, outre que l'inspiration divine va nous être tout à l'heure irréfragablement démontrée, voici qu'après six mille ans , la science s'arrête stupéfaite devant la prodigieuse exactitude du récit mosaïque. Moïse n'est pris en défaut jamais et nulle part ; ce que les plus profonds savants découvrent après des études sans nombre , il y a six mille ans Moïse l'a dit ! C'est devant cette véracité stupéfiante que l'un deux s'écrie : « Ou Moïse avait dans les sciences une instruction aussi profonde que celle de notre siècle, ou il était inspiré (1). » — 7° Nous verrons qu'en effet, Moïse a été inspiré; mais dans ses origines de l'histoire, Moïse a usé des traditions toutes vives qu'il trouvait autour de lui, et ce sont ces traditions qu'il lui était impossible d'altérer

(1) Ampère, Théorie de la terre.

et de travestir. — 8° Mais, ne l'oublions pas, Moïse n'est pas un simple historien, Moïse est avant tout législateur. Il dompte, il soumet à une législation très pénible un peuple entier, et un peuple enclin plus qu'aucun autre à la révolte, à l'indépendance et aux excès du paganisme. Quoi! Il le retient par une supercherie! Il persuade aux Juifs que les lois qui les étreignent sont données au Sinaï, et ce Sinaï est une fable! Et le peuple entier croit avoir vu ce qu'il n'a pas vu, et, sous cette illusion d'optique, il se donne un joug qui lui est insupportable!

Dire que Moïse n'a trompé que parce qu'il fut trompé lui-même, c'est ajouter aux précédentes difficultés, déjà insolubles, de nouvelles difficultés plus insolubles encore. Quoi! cet homme extraordinaire, le plus sage, le plus savant qui ait paru, cet homme renfermant en lui tout ce que l'antiquité posséda de vraie science et de vraie philosophie; cet homme prodigieux, dont la parole fait loi après soixante siècles, cet homme-là n'est qu'une dupe, un halluciné et un sot ! — Du reste, contemplez-le. Quelle droiture! quelle énergie à flageller son peuple prévaricateur! Quelle piété! quel désintéressement! quel constant oubli de ses intérêts les plus chers! Est-ce là la physionomie de l'imposteur?

3. Troisièmement, les Livres Saints nous sont parvenus dans une parfaite intégrité.

D'abord, cette intégrité est un fait, et le plus indéniable des faits. Le texte des Livres Saints se trouve et s'est toujours trouvé en plusieurs mains : or, tous les exemplaires concordent. L'exemplaire Samaritain est le même que l'exemplaire Juif. L'exemplaire des Septante est d'accord avec les précédents. Si nous descendons le cours des siècles, les exemplaires deviennent innombra-

bles, et tous représentent un texte identique. Rien de plus absolu que cette preuve.

Si nous la voulons maintenant raisonner, elle acquiert la force même de l'évidence. — 1° Le texte n'eût-il jamais été qu'entre les mains juives, déjà nous serions garantis contre toute altération. Ce peuple, nous l'avons vu, vit de ces Livres; il les a continuellement sous les yeux; on les lui commente sans cesse, c'est son code, c'est son manuel; toute son instruction est là. Le Juif est à ce point jaloux de son trésor, qu'y dérober une syllabe serait à ses yeux le plus grand des crimes. « Tel est, écrit l'auteur juif Josèphe, le respect porté à ces Livres, que jamais homme assez osé ne s'est vu pour ajouter ou retrancher quoi que ce soit à leur texte. Nous les regardons comme divins, nous faisons profession de les observer inviolablement, prêts à mourir avec joie, s'il le faut, pour leur défense (1). » — Que si toute altération fut impossible dans l'antiquité, combien plus depuis, alors que les Saints Livres ont été répandus, lus, défendus par tant de sectes ennemies entre elles. Laquelle eût falsifié sans susciter les réclamations furieuses de toutes les autres ?

Les signes divins marquent la Révélation.

Les livres qui prétendent renfermer la parole de Dieu dite à la terre sont des livres authentiques , sincères, d'une intégrité à l'abri de tout soupçon raisonnable.

(1) Josèphe, Contr. Appion, liv. I, ch. 2.

Nous voici au point décisif de cette grave et fondamentale question. Ces livres sont-ils marqués des signes divins? Ils ont très certainement des signes intrinsèques de la plus haute portée. Tout y est grand, saint, majestueux; tout y est digne de la Divinité; rien n'y ressemble aux légendes fantastiques, burlesques et impures, que l'irréflexion ou la mauvaise foi ont voulu leur opposer. Une âme droite qui lit l'Écriture se voit très certainement, sans autre besoin de preuves, en pleine lumière divine.

Toutefois, le signe suprême de la présence et de l'intervention de Dieu , c'est le miracle , c'est la prophétie.

Or, nos Livres Saints sont remplis à la fois de miracles et de prophéties. Ils en sont comme un magnifique tissu; le miracle et la prophétie inondent toute l'Écriture de leur éblouissante lumière, et c'est l'éclat même de cette lumière dont se plaignent les adversaires de la Révélation. Ils reprochent à Dieu la profusion de ses signes. Nous, nous l'en bénissons.

I. Les miracles dans la Bible. — 1. Dès l'origine, Dieu se montre dans le miracle. Dieu se communique constamment aux premiers Patriarches; il fait de Noé son apôtre et son prophète dans ce monde antédiluvien, où peu à peu « toute chair corrompt sa voie. » Des eaux miraculeuses autant que vengeresses deviennent la prédication formidable de ces âges antiques. — Abraham « tressaille » de bonheur quand Dieu, lui apparaissant maintes fois, lui fait entrevoir « le jour du Messie. » — Ses descendants jouissent des mêmes miraculeuses visions. Et Joseph devient, par sa merveilleuse histoire, la vivante prédication de l'Egypte et de l'Orient.

Avec Moïse, le miracle revêt un éclat tout extraordi-

naire. Moïse, l'envoyé de Dieu par excellence, est aussi par excellence le thaumaturge de l'ancienne Église. Il bouleverse l'Egypte persécutrice et impénitente, et fait pleuvoir sur elle, à dix reprises, des fléaux miraculeux. Et remarquons que ces prodiges grandioses ont pour témoins deux grands peuples, auxquels Moïse en appelle pour les attester. La miraculeuse submersion de l'armée égyptienne et le passage d'Israël à travers les flots miraculeusement soulevés de la mer Rouge, restèrent, dans le cours des siècles, le monument inébranlable de la puissance de Dieu.

C'est encore avec le miracle comme introducteur que le peuple juif entre dans la Terre promise, après les 40 années de miracles au désert. Et, remarquons-le, ces miracles sont tous des miracles éclatants, des miracles dont un peuple entier est témoin, témoin durant des années entières, témoin terrifié quand le miracle est un châtiment, témoin tressaillant de reconnaissance et de joie quand le miracle est une délivrance. Cette nuée miraculeuse, qui le guide, cette manne miraculeuse qui le nourrit, ce serpent d'airain élevé au désert et qui guérit miraculeusement de miraculeuses blessures , cette fontaine miraculeuse que Moïse fait jaillir du rocher sans eau. Comment imposer de pareils faits à la foi de tout un peuple, si la vérité n'en est pas éclatante? Comment surtout lui faire apparaître le Sinaï en feu et retentissant de voix terribles, comment frapper de stupeur ce peuple intraitable, toujours prêt à la révolte, si Dieu ne se manifeste dans le formidable appareil d'une puissance et d'une majesté impossibles à contrefaire?

Dieu frappe et instruit Israël par des miracles aussi continuels et aussi grandioses quand le peuple entre dans la Terre de promission. Ici même, ce n'est plus

seulement ce peuple unique, mais les peuples de toute la région que les miracles atteignent; miracles qui ont ainsi pour témoins des multitudes entières. Quand ses chefs, lui reprochant ses infidélités, lui rappelèrent ces merveilles divines, Israël jamais n'opposa les dénégations dont ses vices et son esprit d'indépendance se fussent si bien accommodés.

Nous pourrions nous étonner d'une pareille continuité de miracles dans cette Église judaïque; mais rappelonsnous que le Fils de Dieu n'avait pas encore apporté à la terre la plénitude de sa grâce et la profusion de sa lumière; le Juif était grossier, et Dieu ne le retenait sous le joug qu'en lui faisant continuellement apparaître sa présence et son action dans le miracle.

D'ailleurs, ne l'oublions pas non plus, Dieu avait dessein de porter, par Israël, la lumière aux autres peuples; de là cette foule de miracles dont l'éclat est destiné aux grands empires idolâtres, où Israël est moins encore hôte que prédicateur. Joseph et Moïse avaient illuminé l'Egypte, Josué et les Juges instruisent les peuples de Chanaan. Plus tard, sous les Rois, Dieu fait éclater ses merveilles dans les immenses dominations Assyriennes et Babyloniennes. Nabuchodonosor, par un édit célèbre qu'arrache le miracle, proclame le Dieu de Daniel. La terrible et miraculeuse déroute de Sennachérib atteint le même but. |L'Orient ne cesse de voir briller le miracle, parce que Dieu ne cesse de le vouloir instruire.

2. Assurément, nous ne nous arrêterons pas à réfuter les explications misérables que, sous le nom de naturalisme et de mythisme, l'Allemagne incrédule et ses plagiaires de France , Renan et autres , ont essayé des miracles des Livres Saints.

Le naturalisme prétend leur donner comme unique

agent les forces de la nature, aidées sans doute de la supercherie. Quoi! ce sont des forces naturelles qui suspendent les eaux de la mer Rouge pour laisser passer les Hébreux! La nuée qui les guide, nuée tour à tour lumineuse et obscure, est due au cours naturel de la météorologie? Avouons que la supercherie serait ici le plus extraordinaire des miracles. — Ainsi en pouvons-nous dire de tous les autres prodiges du Pentateuque.

Le mythisme veut que les miracles de nos Écritures soient ce que sont les légendes des autres peuples : des symboles, des récits merveilleux, vêtements fantastiques d'idées transmises par les siècles et élaborées lentement par l'imagination de générations successives. — L'absurdité de cette explication est trop manifeste. Ce n'est pas le lent travail de l'imagination que nous trouvons dans l'histoire judaïque; d'un coup, dans un étroit intervalle, en pleine civilisation, en pleine lumière historique, Dieu, devant tout un peuple, fait éclater miraculeusement sa puissance, et promulgue sa Loi au milieu d'un déploiement prodigieux de force et de majesté. Voilà le vrai. La légende ne naît ni d'un coup, ni dans la pleine lumière de l'histoire, ni dans le complet épanouissement d'une civilisation. Lisez les Livres Saints et dites si jamais ailleurs se vit civilisation plus brillante.

II. Les prophéties dans la Bible. — Dieu est autant dans la prophétie que dans le miracle. Aussi nous apparaîtelle avec un égal éclat et une même profusion ; et les hommes que Dieu chargea de transmettre au monde sa Révélation , il les revêtit de ce signe sacré et incommunicable.

1. Nous pourrions dire que la Prophétie commence avec la Révélation dès l'origine même du monde. Adam fut le prophète de Dieu, non-seulement dans ses paroles, mais dans tout lui-même, puisqu'il ne fut pas seulement le héraut, mais encore et surtout la figure de Jésus-Christ, figura futuri (1). — Les premiers hommes se transmettent la grande prophétie. — Noé, au milieu d'un monde qui se corrompt et qu'attend le jour de la justice, prophétise ce jour, le prophétise durant de longues années, et prépare par cette prophétie le salut final de beaucoup de ceux qui périssent au déluge (2). — Les patriarches sont prophètes. Abraham prophétise la servitude d'Egypte. Jacob prophétise le sort des tribus futures d'Israël. Joseph prophétise en Egypte, et ce sont ses prophéties même qui causent son élévation. Moïse est constamment armé de la prophétie pour gouverner et maîtriser son peuple. Plus tard, car nous devons abréger au sein d'une telle profusion, David chante toute la gloire de la Loi nouvelle. Et sous ses successeurs, apparaît le complet épanouissement de la prophétie. Durant plus de 400 ans, Dieu ne cesse d'envoyer des prophètes qui annoncent au peuple chaque grand événement à venir : châtiment, délivrance, succès ou revers. Les prophètes sont l'éblouissante lumière d'Israël. C'est en les écoutant qu'il se sauve; c'est en les méprisant qu'il se perd. — Et ces prophètes qui lui annoncent les événements plus proches, lui déroulent aussi les vastes révolutions dont les autres siècles ont vu l'accomplissement. Israël connaît longtemps d'avance le sort de tous les empires d'Orient. Il mesure les immenses

(1) Saint Paul, Rom., v, 14.

(2) Saint Pierre, Épîlre I, chap. m, v. 19, 20.

conquêtes d'Alexandre, et, plus puissante, il connaît cette Rome dont les ongles de fer broieront toutes les nations connues.

La prophétie, qui a son foyer en Israël, doit se répandre de là sur le reste de la terre. Aussi peut-on dire du peuple juif qu'il est le prophète universel du monde ancien. Ses voyants sont tour à tour députés à tous les royaumes et à tous les empires. Joseph avait prophétisé devant les Pharaons; Daniel (1), Ézéchiel (2), Jérémie (3), prophétisent sur Babylone et en annoncent la future destruction avec une précision et des détails qui en font plutôt les historiens du passé que les prophètes de l'avenir. Isaïe voit la porte secrète par où entrera Cyrus (4). Ainsi Dieu maintenait Israël dans la foi et par lui se révélait aux nations infidèles.

2. En elles-mêmes, sans doute, toutes ces prophéties sont importantes comme signes de la Vérité divine : mais combien le deviennent-elles plus par un autre côté ! Elles se rapportent à la prophétie par excellence, celle qui fait à elle seule le fond de la Révélation toute entière, prophétie qui, commencée à la Genèse, se termine aux derniers oracles de l'Apocalypse; prophétie qui renferme et explique toutes les autres; prophétie immense qui n'est autre que celle du Messie, Sauveur du monde, Roi des siècles, Jésus-Christ. Nous en verrons tout à l'heure la suite sublime, quand nous étudierons l'Homme-Dieu qui en est l'objet.

(i) Daniel, n.

(2) Ézéchiel, xxi.

(3) Jérémie, xxvn.

(4) Isaïe, 44, 23.

La suite de la Révélation.

Dieu a parlé au monde, Dieu n'est pas resté isolé dans sa gloire, il s'est communiqué à ses créatures raisonnables; il n'a pas cessé de les instruire, et, afin que sa présence et sa parole apparussent dans un éclat inimitable, avec d'incommunicables signes, il a enveloppé sa Révélation de la lumière du miracle et de la prophétie. "Voilà le fait immense désormais acquis. N'ayons plus maintenant qu'à en jouir en en déroulant toute l'histoire.

La Révélation primitive.

I. La Révélation, commencée avec Adam, se poursuit à travers toute l'époque patriarcale.

C'est la Révélation primitive.

Dieu, dès l'origine, donne au monde trois dépôts sacrés : 1° des croyances; 2° un code de morale; 3° une religion et un culte extérieur.

1. Avant tout la Révélation primitive renfermait des vérités à croire.

1° L'homme devait croire en un Dieu unique, créateur du monde, Providence, Maître, Juge souverain, rémunérateur et vengeur. — 2° Il devait croire à l'existence et à l'immortalité de l'âme. — 3° Aux peines et aux récompenses de la vie future. — 4° A la chute et à la déchéance de l'humanité , suite du péché d'Adam. — 5° Enfin et surtout l'homme devait s'élever, par la foi, au Messie promis par Dieu et qui devait, dans la suite des âges, racheter et sauver le genre humain.

Tels sont les points de la Révélation primitive. Ils sont consignés dans l'Ecriture. Mais nous les retrouvons aussi, quoique souvent altérés, dans les traditions de tous les peuples. En se séparant du berceau commun chaque famille les emporta, les conserva avec un soin religieux et les transmit d'âge en âge. C'est ce dépôt des traditions primitives que l'antiquité profane entoura partout de sa vénération. « Attachez-vous, disait Aristote, à ce qu'il y a de premier; c'est là le dogme paternel qui a pour origine la parole même de Dieu. » Socrate enseignait que les premiers ancêtres « plus rapprochés de la divinité nous avaient transmis par la tradition ce qu'ils tenaient d'elle. » Platon rapporte l'oracle de Nemphis qui reprochait aux Grecs de ne pas se nourrir assez « des opinions anciennes transmises par l'antique tradition. »

Et que renfermait ce dépôt des vérités primitives où tous les peuples avaient puisé? Partout nous retrouvons la croyance à la création, à l'innocence et au bonheur primitif de l'homme , à sa prévarication , sa chute , son châtiment. Partout aussi se retrouve l'annonce d'un Rédempteur futur; partout le commerce de Dieu avec les hommes; partout la croyance aux esprits supérieurs. — Par

ces vérités la religion et le culte véritables se conservèrent. Longtemps les peuples sont restés monothéistes : l'idolâtrie n'est venue qu'avec leur corruption , et toujours le sacrifice sanglant leur est resté. L'homme, même à travers les folies impures du polythéisme, gardait le sentiment de sa chute, la nécessité d'apaiser Dieu irrité, et de figurer par le sang des sacrifices le grand Sacrifice du Rédempteur futur.

2. Aux vérités à croire , la Révélation primitive ajoutait des devoirs à pratiquer. Dieu avait gravé dans le cœur de l'homme, sur « les tables de chair (1) » de son cœur les articles de cette loi qui , plus tard sous Moïse , allait devenir le Décalogue. Dans la Révélation primitive, ce code sacré avait été appelé par Dieu la Loi de vie. Adam et Eve en avaient été faits dépositaires et devaient la transmettre à leurs descendants. Aux devoirs gravés dans la conscience s'ajoutait la prescription pour l'homme de tendre à sa fin surnaturelle. L'homme, de plus, était dès l'origine soumis au repos sacré du septième jour sanctifié et consacré par Dieu dès la création du monde (2). — L'un des devoirs les plus sacrés était pour les parents de transmettre les vérités et les prophéties primitives. La tradition était alors le moyen de transmission , et tout porte à croire que, outre la parole, outre les monuments multipliés par les patriarches en souvenir d'événements considérables, ils avaient aussi consigné par écrit la plupart des dogmes et des préceptes de la Révélation.

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