II. Le rayonnement de la grâce divine a été magni
(1) Bulle Inneffabilis.
fique en sa personne : il ne Fa pas été moins dans ses œuvres.
1. Les expressions telles que celles-ci qui reviennent constamment chez les Pères et les Docteurs : « Il fallait que le genre humain condamné à mort par une vierge fût aussi délivré par une vierge (1). » « Par une femme la mort, par une autre femme la vie; par Eve la ruine, par Marie le salut (2). » Ces expressions ouvrent, sur le rôle et la mission de Marie, une merveilleuse perspective et font d'elle la co-rédemptrice du genre humain. Son divin Fils l'associe au salut du monde. — Le très saint corps du Christ, victime pour le genre humain dans les douleurs et la mort du Calvaire , a été tiré de Marie. — L'âme de Marie ne fit qu'un avec l'âme de son Fils , et elle vécut des mêmes pensées et des mêmes sentiments que lui. — Au pied de la croix elle offrait à Dieu la victime divine avec une perfection que Dieu seul a connue. — Enfin n'oublions pas que dans l'œuvre de la rédemption , Marie n'a pas été un instrument inconscient et inerte, mais qu'elle y a volontairement coopéré.
2. Peut-on dire de Marie qu'elle est médiatrice? — Il faut poser avant tout cette vérité qu'entre Dieu et l'homme il n'y a qu'un médiateur qui est Jésus-Christ. — Cette réserve faite, rien ne s'oppose à ce que nous fassions de Marie une médiatrice puissante, une avocate toujours accueillie, « une toute-puissance en prières, comme l'appellent les Docteurs. Nous ayant donné le bien par excellence qui est Jésus-Christ, comment serait elle impuissante à nous obtenir les autres dons ?
(1) Saint Irénée, contra hxreses, lib. V, c. xix. (2) Saint Augustin, de Symbol, III, C. A.
3. Peut-on dire de Marie qu'elle fut prêtre, qu'elle fut pontife? Non sans doute si on l'entend du sacerdoce fondé par Jésus-Christ; mais, dans un sens très sublime Marie n'a-t-elle pas offert au Très-Haut la grande et sainte Victime? Que faisait-elle au pied de la croix sinon offrir son Fils , le fruit de son sein , à la gloire du Père et pour le rachat du genre humain (1)?
4. Reine des prophètes (2) , elle a porté dans son sein Celui qui « est la lumière éclairant tout homme venant en ce monde; » elle a salué les espérances messianiques, elle a chanté les générations chrétiennes; elle a connu l'immense gloire dont elle-même serait couronnée durant tous les siècles.
5. Marie est la mère des hommes. — Comme Eve renfermait toute l'humanité déchue , Marie renferme en elle toute l'humanité régénérée. — Mère du vrai corps de Jésus-Christ, elle est aussi la mère de ses membres, de son corps mystique , de cette immense église fondée en Jésus-Christ et qu'elle porta pour ainsi parler dans son sein. — ■ Mais si ces idées paraissent trop générales, re-
(1) « Elle s'avance portant dans ses bras la grande et éternelle Victime, et, pénétrant dans le sanctuaire, elle la dépose sur l'autel du Calvaire en ce grand jour marqué de toute éternité pour la rédemption du monde » (Hettioger, Apologétique , III, p. 565).
(2) Elle est le dernier prophète et la Reine des prophètes; car nonseulement le Verbe de Dieu se communique à elle, mais elle conçoit et porte dans son sein le Verbe fait chair; c'est pourquoi , saisie de l'Esprit prophétique, elle s'écrie : Voici que maintenant toutes les générations m'appelleront bienheureuse. Et, magnifique accomplissement de celte prophétie, trois fois par jour depuis des millions de jours, des millions de cœurs, au signal donné par des millions de cloches, disent tous ensemble par toute la terre : Ave, Maria! Elle a été l'unique témoin et le seul possible du mystère de l'Incarnation ; c'est de sa bouche que les apôtres l'apprirent pour en publier la merveille (Hettinger, Apol., ni).
portons-nous au Calvaire où, avant de mourir, Jésus- Christ nous donne authentiquement Marie pour mère : « voilà votre mère ! » Toute parole divine produit avec plénitude ce qu'elle -énonce : ces paroles de Jésus-Christ mourant, ce testament, cette donation, déposèrent dans l'humanité chrétienne un immense amour filial et en Marie un incompréhensible amour maternel. Et comment en douter la voyant pour nous sacrifier son fils Jésus; l'aîné pour les plus jeunes?
6. Marie est le bouclier, la forteresse, le triomphe de l'Église. — La force divine de l'Église, sa vie, son âme, c'est Jésus-Christ, que Marie elle-même a donné au monde- — Marie est, en Jésus-Christ et par Jésus-Christ, la triomphatrice du démon. En elle , le genre humain a repris la lutte. C'est entre elle et Satan que « des inimitiés ont été posées; » c'est parle Fruit de son sein que la tête du serpent a été écrasée. — Ne cherchons pas ailleurs la haine atroce que l'incrédulité et l'hérésie ont vouée à Marie.
Les vertus de Marie.
1. Jésus-Christ, dit l'Apôtre, « a illuminé la vie, » lui seul est venu nous apprendre quelle vie nouvelle , céleste, divine, digne de Dieu, méritoire du salut éternel nous devions mener sur la terre. — Le péché avait horriblement déformé notre nature; la philosophie humaine loin de la relever avait achevé sa dégradation ; le judaïsme projetait sur la perfection une lumière incomplète, froide, sans fécondité et sans vie : Jésus-Christ seul est le
Soleil de Justice qui éclaire « toute vérité , » fait fructifier toute vertu et épanouir tout héroïsme.
Nous plaindrons-nous de ce que Jésus-Christ n'étant pas seulement homme mais étant Dieu ce Soleil tout divin projette une lumière trop vive? Un autre astre plus doux se lève , qui , s'illuminant lui-même du soleil ne nous renvoie ensuite sa lumière que reflétée et amoindrie, pulchra ut luna. — Tout fidèle peut lire en Marie l'Evangile entier, la suite entière des préceptes et des conseils de Jésus-Christ. Marie est pour nous le miroir de justice.
2. Dans quelle perfection trouvons -nous en Marie les trois vertus théologales! — 1° La foi (1). Par la foi,
(1) Apud. Petay., De Incarn., n, 17. Cf. Basil. M., Hom. xxi. De nativ. Dom. opp., tom. I , p. 598. — Fide concepit Filiam (Augustin , Contr. Faust., Manich., xxrx, 4. Cf. Tract., x, in Joan., c. n). Inde felix, quia custodit verbum Dei. — Justin, Dialog., c. Tryph., n. 100; Iren., adv. Hxres., m, 22; v, 19; Terlullian., De carne Christ., c. xvn; Augustin, De symb. ad catechum., c. iv; Hesychius Presb. Hierosolym., De Laudib., B. M. V. — Bibl. PP., tom. XII, p. 667; Epiphan., Hseres.,