‹ Étude complète du christianisme a l'usage des catéchismes de persévranceChapitre 15 sur 50 · LXXV · texte numérisé non relu

LXXV

Le principe , la raison et la source de sa médiation fut avant tout sa foi. « Heureuse êtes-vous , parce que vous avez cru. » Aucune foi ne fut plus parfaite que la sienne; elle crut, sur la parole du Père que l'ange lui annonçait, qu'une merveille inouïe devait s'accomplir en elle; elle crut, quand toute la nature demeurait dans l'étonnement. Et ayant cru, elle conçut du Saint-Esprit. Par sa foi au message de l'ange, nous disent les saints Pères , elle a recouvré ce que l'incroyance de la première femme avait perdu ; elle a donc rendu la vie à ceux à qui la première femme avait autrefois donné la mort.

Principe de sa vocation, la foi en fut aussi le glorieux couronnement. Ses yeux voient un enfant qui pleure dans une crèche; mais sa foi aperçoit en lui Celui qui a fait les cieux; dans cet enfant nu elle reconnaît Celui à qui appartient la terre ainsi que toutes les richesses de la vie éternelle; elle a devant elle un faible enfant avec lequel elle s'enfuit devant les satrapes romains, et elle croit que c'est Celui dont

nous dit saint Augustin, elle enfanta le Christ dans son âme, bien avant que de le concevoir dans son sein. — Si toute l'ancienne loi était remplie de l'attente du Messie et l'appelait de sa foi ardente, combien plus ardente mille fois fut cette foi en Marie? — Quelle foi Marie donne aux paroles de l'Ange! — Avec quelle foi elle adore son Dieu sous la forme du petit pauvre de Bethléem! — Quelle foi à tous les enseignements de Jésus-Christ ! — Enfin , au Calvaire , et en face de la résurrection , et devant l'ascension glorieuse , Marie contemple tous les mystères ; elle les conserve dans son cœur, elle les médite avec la foi la plus haute et la plus pure qui fut jamais. — 2° Marie est appelée la « Reine des Patriarches , » et « des prophètes. » Plus qu'eux tous elle nourrissait en son âme Y espérance de ce Messie dont elle devait être la Mère. — Marie n'avait qu'une aspiration ardente , son espérance ne connaissait qu'un objet unique : Dieu , Dieu à posséder éternellement par la grâce , par le secours de sa miséricordieuse munificence. — 3° Que dire de la charité en Marie? Comment circonscrire dans notre faible pensée cet incommensurable océan d'amour? Marie vécut et mourut d'amour. L'amour fut tout ensemble son paradis et son calvaire. Qui nous dira les ardeurs de cet amour quand elle pressait sur son cœur ce Fils qui était son

les anges exécutent les ordres; un enfant inerte et muet, et elle adore en lui les trésors de la sagesse éternelle; c'est pourquoi « elle conservait toutes ces paroles dans son cœur, » c'est pourquoi au commencement de la vie publique de son Fils , elle disait en parlant de lui : « Faites tout ce qu'il vous dit. » Elle le voit mourir sur la croix et elle croit en lui comme au Rédempteur du monde, qui doit vaincre la mort par sa mort, et nous rendre la vie par sa résurrection. Qui a jamais cru comme la Reine des confesseurs? (Hett., Ap., in.)

Dieu? Qui nous dira son indicible martyre quand il fallut livrer ce Fils unique et uniquement aimé aux effroyables exigences d'une vie d'expiateur et de victime? — Mais en Marie l'amour de Dieu engendrait avec une force inouïe l'amour de l'homme. Jamais cœur humain n'aima plus l'humanité que cette Mère des enfants de Dieu.

3. Parlerons-nous de la vertu de religion en Marie? Que fit Marie durant sa vie entière qu'adorer, servir, vaquer au culte divin? — Ses prières étaient incessantes, sa fidélité aux prescriptions cérémonielles de la loi la mène à Jérusalem pour les fêtes , aux synagogues pour l'instruction. — Mais quoi! son âme était le plus auguste des sanctuaires, le plus sacré des tabernacles. Le Verbe y était prêtre éternel , et Marie priait , adorait, rendait grâces, implorait avec lui et par lui. — Laissée sur la terre, gémissante colombe, après l'Ascension de son Fils, Marie priait avec les apôtres, communiait de leurs mains, servait l'Église naissante de son travail et l'embaumait du parfum de sa piété.

4. La résignation , la soumission à la volonté de Dieu fut l'exercice de toute sa vie ; et sa grande parole : Je suis la servante du Seigneur (l) retentit de sa Conception immaculée jusqu'à son héroïque mort. Cette parole magnanime ne s'effraya ni des terreurs de la persécution, ni des détresses de la pauvreté, ni des épouvantes" du Golgotha. — Cette même devise marque son obéissance comme elle marque son humilité..

5. L'humilité de Marie ! qui en sondera les profondeurs? — Remarquons d'abord qu'elle entrait comme élément essentiel dans la rédemption du monde. La première Eve se perd par un audacieux et extravagant

(1) Luc, i, 38.

orgueil : la seconde Eve, Marie, se sauve par une héroïque humilité. — Remarquons de plus que Marie, unie parfaitement comme elle l'était avec Jésus-Christ , dut le suivre dans l'insondable abîme de ses anéantissements. — Aussi, voyons-la : plus Dieu l'élève, plus elle s'abaisse; elle s'épouvante au salut de l'ange; elle ne voit que sa bassesse quand Dieu et la cour céleste exaltent sa perfection. — Cette humilité de Marie n'est pas spéculative : sa pratique lui coûte tout une vie d'abaissement, d'humiliation, d'ignominie, d'injures. A la crèche , elle est chassée de partout comme trop pauvre ; au Calvaire elle est abreuvée de hontes comme mère d'un malfaiteur 1

6. En Marie la pureté d'intention ne fut obscurcie par aucune ombre d'amour propre , ni mélangée d'aucun retour d'intérêt et de vaine gloire. Marie voulait Dieu, allait à Dieu , ne cherchait à plaire qu'à Dieu, en se renonçant elle-même.

7. Quel mépris du monde en Marie! Son Fils devait maudire le monde : Marie le- méprisa, le délaissa et en fut dédaigneusement délaissée. Sa vie entière comme celle de Jésus était l'opposé de la vie du monde. Où le monde met son bonheur et sa gloire, Marie plaçait son mépris et son aversion. Le monde se plonge dans le plaisir, Marie fit de la douleur sa volupté. Au bien-être du monde Marie opposa toute une vie de dur travail , de pauvreté, de privations, d'austérités. — Le monde s'enivre d'orgueil et de richesse. Marie reste dans les angoisses du dénûment et subit les humiliations de la faiblesse. — Le monde est avide de curiosités et de spectacles ; Marie s'enveloppe de silence et se cache dans la solitude. — Le monde vit de causeries frivoles, de critiques malicieuses , de dénigrements homicides : Marie

converse en elle-même et nourrit son âme des œuvres et des paroles de Dieu. — Tout dans le monde abaisse les âmes vers la terre : Marie garde la sienne dans les hauteurs divines delà contemplation.

8. Sa patience lui fit supporter tous les genres de contradicteurs et d'ennemis, tous les chagrins de l'existence, tous les désastres de l'infortune. Sa mansuétude la rendit constamment aimable et souriante : rien en elle d'amer et d'irrité, rien de sombre , rien de brusque, rien de violent (1). — Si elle fut simple, inoffensive et douce comme la colombe, elle eut aussi la prudence du serpent. Eve s'était montrée follement présomptueuse avec l'ange apostat ; Marie traitant avec l'archange fidèle du rachat du monde montre une prudence consommée, qu'elle met au service de son inviolable virginité. — Parlerons-nous de la vertu de justice en Marie? Avec quelle fidélité se donna-t-elle à Dieu sans réserve ! Juste envers le monde, elle sacrifia héroïquement le Fils que Dieu destinait au salut commun. Et quand elle se rend à Bethléem pour obéir aux ordres de l'empereur Auguste, ne rend-elle pas « à César ce qui est à César? »

9. Sa miséricorde est inépuisable. — La source en est dans le cœur même de Jésus, océan d'amour. — Elle l'exerça durant sa vie mortelle : bonne, charitable, serviable à tous. — Elle l'exerce maintenant au ciel avec une profusion que l'œil humain ne peut mesurer. — C'est avec raison que l'Église l'appelle la Mère de la miséricorde.

(1) S. Bernard, Serm. de duodec. Stellis.

Le culte de Marie.

1. — 1. Est-il possible de traiter sérieusement cette question : Faut-il honorer la Mère de Dieu d'un culte spécial? Tout nous pousse, du ciel à la terre, au culte de Marie. — i° V exemple de Dieu : qu'a fait Dieu le Père , quand il a élevé Marie à une dignité aussi extraordinaire, quand il l'a rendue, par l'effusion prodigieuse de la grâce, apte à l'incomparable dignité de Mère de son Fils? Qu'a-t-il fait en la plaçant sur un trône d'où elle domine tous les saints et tous les anges? — L'Homme-Dieu obéit à cette femme bienheureuse; il lui fait dire par la voie de la prophétie que : « Elle est bénie entre toutes les femmes; » il lui rend toutes sortes d'honneurs sur la terre durant sa vie mortelle, au ciel durant sa vie glorieuse. — Dieu le Saint-Esprit forme d'elle l'humanité du Verbe; c'est en elle qu'il descend et qu'il repose ; c'est elle qu'il couvre de sa vertu ; c'est elle qu'il nomme « son Épouse. »

2. Les titres de Marie. — Telle est l'incomparable dignité de Mère de Dieu , que si Dieu pouvait créer un être plus parfait que Marie , il ne pouvait pas créer une dignité plus haute que la sienne. Marie, Mère de Dieu, restera donc la créature la plus élevée après Dieu. — A la dignité joignez la suréminente sainteté de Marie. — A cette sainteté joignez les dons de Marie. — A ces dons ajoutez la suite infinie des biens versés sur nous par l'entremise de Marie.

Page 1