‹ Étude complète du christianisme a l'usage des catéchismes de persévranceChapitre 16 sur 50 · La pratique de VÊglise. — Le culte de Marie n'est · texte numérisé non relu

La pratique de VÊglise. — Le culte de Marie n'est

pas l'invention anonyme de quelques âmes pieuses; il est voulu, ordonné, sanctionné par l'infaillible Église de Jésus-Christ. Dès la première heure, dès les temps apostoliques , dès les catacombes , les plus authentiques monuments nous montrent l'Église entière aux pieds de la Mère de Dieu. — Après la paix conquise, son culte se fait magnifique ; les temples s'élèvent, les basiliques se couvrent d'or, les chants retentissent, le culte de Marie est partout, et partout célébré avec une splendeur digne de cette Reine du ciel.

4. La voix de V antiquité. — Depuis les premiers docteurs jusqu'à nos jours, les louanges les plus explicites, les panégyriques les plus ardents, sont sortis de la bouche et de la plume, ou plutôt de la foi et du cœur des Pères de l'Église. Nos louanges actuelles sont, non pas des innovations enthousiastes et téméraires , mais l'écho fidèle d'une séculaire tradition.

5. L'immense universalité des fidèles. — Admettre que depuis tant de siècles Dieu laisse le monde catholique tout entier errer dans un culte qu'il désapprouve est une pure absurdité. Or, tel est bien le fait qui s'offre à nos yeux. « Tant que les générations des hommes se succéderont, elles accompliront la prophétie de la Vierge : « Voici que toutes les générations m'appelleront Bienheureuse. » Chaque matin sa louange s'éveille dans des millions de cœurs, et des millions de langues l'exaltent sur la surface de la terre. Telle était Marie au milieu de l'Église naissante, à Jérusalem, telle elle est encore et telle elle demeurera dans tous les âges (1). »

(1) Voici l'un des plus grands crimes et des plus grands malheurs du protestantisme : il répudie et il insulte Marie, Mère de Dieu. « Dans une réunion de protestants, même de ceux qui ont encore de la foi,

II. Mais autant le culte de Marie est légitime et nécescessaire, autant, à cause de sa splendeur même, il est indispensable d'en fixer la nature et les limites.

1. Dieu seul peut être adoré. — Nous adorons Jésus- Christ qui est Dieu. Son corps est adorable; son cœur est adorable parce qu'ils sont hypostatiquement unis à la Divinité. — Indirectement nous adorons la croix, non pas en arrêtant au bois notre adoration , mais en la faisant monter jusqu'au Dieu qui s'y est identifié. — Ce culte d'adoration dont Dieu seul peut être l'objet s'appelle le culte de latrie (adoration).

2. Aux saints nous ne pouvons adresser qu'un culte de dulie comme à des serviteurs de Dieu. Nous les prions , nous les louons , nous les remercions , sans les adorer jamais.

3. Or, où placer le culte de Marie? 1° infiniment audessous de l'adoration due à Dieu, 2° bien au-dessus du culte des autres saints.

on s'exprime sur le compte de la sainte Vierge avec une irrévérence faite pour blesser le sentiment chrétien. Ils n'ont pas un mot de respect pour celle que l'Ange a saluée, à laquelle son Fils mourant a témoigné son amour, et donné le titre de sa Mère à l'heure même qu'il invoquait son Père céleste, pour Celle que le ciel a honorée du nom de pleine de grâces, et sur qui le Père a reposé son regard dès l'éternité, puisque dès l'éternité il avait décrété l'Incarnation de son Fils. Ils donnent un démenti à l'Espril-Saint qui a fait entendre par l'organe de la Vierge cette belle prophétie : Voici que désormais toutes les générations me proclameront bienheureuse. Un sentiment profond nous dit que, qui veut honorer le Fils ne doit pas manquer de respect à la Mère. Cette voix de la nature, le protestantisme la méconnaît, lorsqu'il semble craindre que le respect témoigné à la Mère ne diminue Y honneur dû à Noire Seigneur, seul Médiateur et Sauveur (Hetting., Ap., ni).

Notre culte envers Marie sera un culte d'hyperchlie; vénération plus profonde, amour plus ardent, admiration plus enthousiaste , dévouement plus entier, obéissance plus filiale, servage plus absolu. — Autant Marie l'emporte sur les saints et les anges , autant son culte l'emportera sur le culte que nous leur rendons (1).

(1) La religion et la morale empruntent au culte de Marie les plus puissants motifs; l'art et la poésie n'ont pas de plus beau sujet que cet idéal, et c'est en le reproduisant qu'ils remportent leurs plus glorieux triomphes. Car il comprend tout ce que la terre peut concevoir de sublime et de divin, d'aimable et de gracieux. Toutes les situations de la vie, tous les degrés de civilisation, il les pénètre de sa salutaire influence; depuis le dôme majestueux qui s'élance dans la région des nuages, jusqu'à l'humble image de la Madone qui protège la chaumière du pauvre ou se cache dans le creux d'un chêne dans la forêt; depuis les plus éclatantes fleurs de la poésie, guirlandes précieuses suspendues aux autels par le génie, depuis les litanies, formules de prière si primitives, si antiques dans le christianisme et si profondément psychologiques, jusqu'à VAve Maria que bégaie l'enfance; le culte de Marie est partout; et qui peut dire quelle puissance il a eue pour tirer les peuples des bas-fonds de la vie sensuelle, mondaine et terrestre, pour les faire sortir des grossièretés du matérialisme, pour les ennoblir, les spiritualiser, les moraliser! La Vierge! Mais c'est pour l'âme une si délicieuse vision , une beauté si pure , si supérieure à tout ce qui est terrestre, que toute autre beauté pâlit à côté d'Elle (Hetting., ApoL, m).

La grâce.

Dieu nous donne à la fois une grâce habituelle et une grâce actuelle. — Si nous voulions faire comprendre ce que ces grâces, jaillies de la même source, ont à la fois de commun et de différent , peut-être y arriverions-nous par la comparaison suivante.

Un roi tire de son infinie misère et de sa grossière ignorance un pauvre , le plus pauvre , le plus obscur de ses sujets. Il l'appelle à la cour, il le fait vivre de sa vie, il le fait prince du sang. Ce n'est pas là un don transitoire, un bienfait passager, c'est un état. Ce pauvre a changé d'état; il est prince, il est héritier du trône. Tant qu'il ne déméritera pas il sera ce que l'adoption royale l'a fait. — Voilà la grâce habituelle.

Suffit-elle à ce pauvre devenu prince? Non ; car il faut maintenant qu'il agisse en prince. Tâche ardue! exigence difficile! pensées, langage, sentiments, œuvres, grandeur, magnanimité d'âme, tout en lui doit fuir la roture et revêtir la distinction des rois. — Il y parviendra par les secours de conseil , de force , de sagesse , de direction que lui donnera son père adoptif dans les mille cir-

constances où ces secours lui seront nécessaires. — Voilà la grâce actuelle.

La grâce habituelle ou sanctifiante.

I. Ce qu'est la grâce habituelle ou sanctifiante. — Nous en donnerons d'abord la définition, puis nous nous efforcerons de pénétrer « dans ses inscrutables richesses (1). »

La grâce est un don surnaturel et purement gratuit, que Dieu nous fait en Jésus-Christ , et par lequel il nous rend participants de sji propre existence.

Chaque mot de cette définition cache un abîme; chaque partie renferme pour nous d'infinis trésors de grandeur et de gloire.

1. Un don surnaturel. — Nous sommes donc, en Jésus-Christ et par la grâce , élevés à un ordre de choses qui dépasse la nature. Nous sommes faits plus grands que l'humanité. Une vie plus haute, une lumière plus transcendante, des œuvres surhumaines, des sentiments, des aspirations, un langage, qui ne sont plus de la terre, des mérites qui dépassent les récompenses terrestres, en un mot une destinée supérieure et absolument divine, deviennent notre sublime partage. Saint Paul , et avec lui toute la Révélation, voulant définir cette élévation de la nature humaine, nous appelle des êtres célestes (2) .

(1) Epnes., m, 8.

(2) I Corinth., xv.

Par notre naissance naturelle , nous sommes faits « des êtres terrestres : » par une seconde et mystérieuse naissance, nous sommes faits, « des êtres célestes, » de terra terrent, de cœlo cœlestes.

Cette élévation est-elle possible? pouvons-nous franchir les bornes de notre nature et participer à un ordre supérieur? qui peut douter que Dieu, créateur des êtres, ordonnateur des règnes, puisse à son gré élever qui il lui plaît à une vie et à des actes dépassant sa nature? Voici une fleur que j'aime , avec laquelle je voudrais converser, dont je voudrais obtenir la correspondance de la pensée et de l'amour. Si j'avais la puissance créatrice, j'élèverais cette fleur jusqu'à moi; je lui ferais part de ce que je suis moi-même; je la rendrais pensante et aimante ; je lui donnerais le regard qui comprenne le mien , le langage qui me réponde. Tout en restant fleur, cette fleur aurait un être nouveau , supérieur, surnaturel. — Ainsi a fait Dieu pour l'homme. Il a, par la grâce, surajouté à son être naturel un être divin. Il l'a rendu capable de s'élever par-dessus sa nature jusqu'à la participation de la divinité.

Par là, nous voyons la nécessité de la grâce. Si je ne transformais pas cette fleur, si je ne lui donnais pas un être nouveau qui est le mien, jamais elle ne pourrait entrer en communication directe et vivante avec moi. Si Dieu ne commençait par nous donner dans la grâce un être nouveau, surnaturel, divin, jamais nous n'arriverions à le voir en lui-même , à le posséder tel qu'il est.

Sans doute, ce phénomène est invisible, comme l'âme qui en est le premier sujet. Mais, de même que le vent invisible en lui-même se montre dans ses effets , la grâce invisible se fait voir dans l'humanité chrétienne à des

signes multiples et extraordinaires (1). Contemplez, non pas seulement les saints, mais les simples fidèles. Les actes de leur intelligence, de leur volonté, de leur cœur; leur foi, leurs vertus, leurs luttes, leurs victoires, tout en eux est plus haut que la nature, tout appartient à un ordre de choses surnaturel et divin.

2. Un don purement gratuit. — Énoncer, ici, c'est prouver. — Dieu ne nous devait pas l'existence, comment nous devrait-il l'être surnaturel , qui couronne si divinement en nous la nature? — Quand Dieu tire du néant une créature , il lui donne tout ce que réclame sa condition d'existence. Mais qui oserait dire que Dieu lui doit ce que sa nature ni ne réclame , ni ne comporte en ellemême? — Enfin, n'oublions pas ce qu'est la grâce. La grâce, c'est l'exaltation d'un être intelligent jusqu'à la nature et la vie de Dieu; c'est le fini élevé jusqu'à l'infini par une communication toute ineffable ; l'atome , la poussière, glorifiés jusqu'à vivre de la vie même du Très- Haut. — Jamais un être créé, quelque parfait qu'on le suppose, ne méritera de posséder Dieu, et d'être en quelque manière transfiguré en un être divin. Si Dieu fait ce chef-d'œuvre de munificence , s'il dispense une pareille grâce, cette grâce sera absolument gratuite et imméritée.

3. Que Dieu nous fait en Jésus-Christ. — La grâce sanctifiante qui nous déifie découle directement de l'Incarnation , selon ce mot magnifique de saint Léon le Grand : « Dieu s'est fait homme pour faire de nous des dieux. » Suivons ce beau mystère. En Jésus-Christ, Dieu élève la nature humaine jusqu'à la plénitude de la vie divine; Jésus-Christ n'est pas seulement divin, il est Dieu; c'est

(1) Ev. Joan., m, 8. — 1 Corinth., xn, 4-12. — I Cor., xut. 1. 13

Dieu même « agissant corpc-rellement. » Dieu et l'homme ne font qu'une seule personne divine : telle est l'union hypostatique (1).

Or, le complément du mystère de l'Incarnation est notre incorporation en Jésus-Christ. Nous formons avec lui un même corps mystique ; dont il est la tête et nous les membres. Que s'ensuit-il? Que de lui la vie divine s'écoule en nous. Nous vivons de sa vie; c'est le Christ qui vit en nous ; « non , s'écrie saint Paul , ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi (2). » Une vie divine circule en moi, qui ajoute à mon être naturel un autre être surnaturel et divin.

Ainsi nous sont expliquées tant d'expressions employées par Jésus-Christ et les écrivains sacrés inspirés par lui. Parlant de nous, Jésus-Christ disait : « Ils vivront de moi (3). » Et encore : « Je suis venu pour qu'ils aient la vie et une plus abondante vie (4). » Et encore: « Je suis la vigne et vous êtes les branches (5), » vous vivez donc de ma vie , je suis en vous comme une divine sève qui vous fait produire des fruits divins. « Nous sommes, dit le grand Apôtre, incorporés à Jésus-Christ (6); » « nous sommes en lui une nouvelle créature (7) , » créature céleste, surnaturelle, divine. C'est par lui que le divin entre en nous, nous emplit, nous transfigure en des êtres nouveaux , et que « nous sommes pleins de toute la plénitude de Dieu (8). »

(1) Coloss., u, 9.

(2) Galat., u, 20.

(3) Joan., vi, 58.

(4) Joan., x, 10.

(5) Evang. de saint Jean, xv, 5.

(6) Aux Ephésiens , m, 6.

(7) Ad Corinth., v, 17.

(8) Ephésiens, m, 19.

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