TECHNIQUE DEFINITIVE DE MAC BURNEY
« L’incision de la peau se fait comme je l’ai déjà décrite. La section du grand oblique et de son aponévrose doivent correspondre. On prendra grand soin de séparer ces tissus sur la même ligne, säns couper aucune fibre transversale. Cela se fait facilement. Lorsqu’avec des écarteurs, on récline fortement les lèvres de l’incision du muscle grand oblique, une surface considérable du petit oblique apparaît ; ses fibres traversent un peu obliquement l'ouverture formée par ces écarteurs. À l’aide d’un instrument mousse, tel que la poignée d’un scalpel, ou des ciseaux fermés, on sépare alors les fibres du petit oblique, sans en couper, sinon une par hasard, et sur une une ligne parallèle à leur direction, c’est-à-dire selon une per-
pendiculaire à lincision de l’aponévrose du grand oblique. On introduira alors les écarteurs mousses l’un après l’autre, et on réclinera les bords. Le fascia transversalis apparaît bien étalé, et on l’incise sur la même ligne. Enfin, on sectionne le péritoine.
Deux paires d’écarteurs sont nécessaires : les uns tiennent ouverte la plaie superficielle de part et d’autre, les autres écartent les lèvres de la plaie, de la superficie à la profondeur. Une ouverture considérable est ainsi constituée, par où, dans des cas convenables, on peut facilement saisir le cœcum et enlever l’appendice. Après son ablation la plaie du péritoine, dirigée transversalement, est alors suturée, de même que celle du fascia transversalis. Les fibres du petit oblique et du transverse se rapprochent dès que les écarteurs sont enlevés ; avec deux points de catgut fin, on peut faire une fermeture plus complète. On suture l’aponévrose du grand oblique, d’un bout à l’autre de la section avec du catgut. Après l’opération, on verra que la disposition en réseau de la paroi musculaire et tendineuse, à laquelle la paroi abdominale doit sa résistance, est rétablie d’une manière presque aussi parfaite que si aucune opération n'avait été faite.
« En pratiquant cette opération, j’ai remarqué plusieurs avantages.
« Tout d’abord les fibres musculaires et tendineuses sont séparées mais non sectionnées, si bien que la contraction musculaire ne peut pas tendre à écarter les bords de la plaie, mais plutôt à les rapprocher énergiquement. Sauf pendant l’incision cutanée, la
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perte de sang est presque nulle. Le fascia transversalis étant écarté, par les écarteurs, de la couche musculaire profonde, on peut le suturer facilement et complètement; ainsi assure-t-on une résistance plus considérable à la paroi reconstituée. Comme on n’a sectionné ni fibres musculaires, ni nerfs importants, la douleur est presque inexistante. Cette opération demande plutôt plus de temps que l'opération habituelle, et un nombre d’assistants plus important pour les quatre écarteurs employés pendant une bonne partie de l'intervention. L'ouverture du péritoine n’est pas grande, mais on peut l’augmenter, si besoin est, en continuant à séparer les fibres du petit oblique et du transverse, et à disciser les fibres du tendon conjoint sur la même ligne, avec des ciseaux. Dans la direction perpendiculaire, la séparation des fibres musculaires peut être poursuivie jusqu'à la crête iliaque.
« J'ai fait cette opération sur quatre malades, tous étant opérés à froid. La première opération eut lieu à l'hôpital Roosevelt, le 18 décembre 1893. II n’y a pas encore suffisamment de temps, pour justifier, par les résultats obtenus, l’amélioration apportée par ma méthode, en comparant ces résutlats avec ceux que les méthodes anciennes ont obtenus. J'attends cependant de ces cas un résultat plus satisfaisant au point de vue de la résistance de la paroi abdominale. Je présente actuellement cette méthode, que d’autres, je l’espère, seront amenés à essayer.
« Cette méthode me paraît contre-indiquée dans les cas suivants : appendicites suppurées, ef qui né-
cessitent un traitement avec pansements de gaze volumineux ; appendicites non suppurées, qui exigent au cours de l'intervention une dissection large à l’intérieur de la cavité abdominale.
« C'est une opération qui n’est pas facile ; elle ne doit pas être tentée par ceux qui n’ont pas la pratique des appendicectomies, et j’attire encore l’attention sur ce point que son exécution nécessite deux aides supplémentaires pendant une partie de l'intervention, et cela à cause des écarteurs. »