I. Opérations s'adressant à l'anus
Parmi les opérations s'adressant à l'anus, nous ne retiendrons que les procédés de Dupuytren, de Roux et Robert, de Duret et de Schwartz. (Ces deux derniers procédés sont mixtes, c'est-à-dire qu'ils s'adressent à l'anus et au rectum.)
Cependant, il nous faut dire deux mots de la thérapeutique adjuvante à ces procédés, mise en usage pendant tout le cours de ce siècle. Nous ne citerons que pour mémoire les bandages divers servant à maintenir les prolapsus rectaux, mais nous devons parler davantage des excitants de la contractilité du sphincter.
a) La noix vomiqae, administrée à l'intérieur, jusqu'à la production de phénomènes tétaniques, a donné de bons résultats chez les adultes, mais elle est presque totalement abandonnée, ainsique la strychnine
employée par la voie endermique (vésicatoire en arrière de l'anus pansé avec un centigramme de sulfate de strychnine.)
b) L’électricité mise en honneur par Duchenne, de Boulogne, est encore fréquemment mise en usage, comme moyen adjuvant, pour aider le sphincter à recouvrer sa contractilité.
c) L’ergotine-en injections sous-cutanées au 1/6°, a bien perdu de sa vogue.
Arrivons maintenant aux procédés vraiment chirurgiCAUX :
1° Procédé de Dupuytren. — Dupuytren enlevait de deux à six plis rayonnés (Hey enlevait des replis muqueux), au moyen de ciseaux courbes. Les plaies ovalaires ainsi produites, qui empiétaient même sur l'anus, laissaient des cicatrices douloureuses. Le plus souvent, ce procédé se montrait inefficace. Aussi, n'est-il plus employé aujourd'hui.
2° Procédé de Roux et Robert. — Roux et Robert avivaient un triangle cutané ayant son sommet dans la direction du coccyx et comprenant dans sa base une partie de l'orifice anal. Ils faisaient des sutures profondes avec une grande aiguille courbe, les maintenaient avec des chevilles et ajoutaient des sutures superficielles. [Is eurent plusieurs succès par ce procédé.
Ces deux dernières méthodes s'adressent exclusive-
ment à l'anus et à la peau qui avoisine. Elles ne sont plus employées de nos jours.
Nous allons décrire maintenant des procédés qui s'attaquent à la fois à l’anus et au rectum et qui sont de date récente, les procédés de Duret et de Schwartz.
3 Procédé de Duret. — En 1887, M. Duret, de Lille, sur un malade qui présentait un prolapsus compliqué d'ulcère rebelle, fit l'opération suivante :
Il rétrécit en même temps l’anus et l’'ampoule rectale en enlevant sur la paroi postériéure du rectum un lambeau muqueux triangulaire dont la base comprenait une partie du sphincter, et réunit les bords du, triangle par des sutures superficielles et profondes (Obs. V).
Le prolapsus complet, long de 8 centimètres, était guéri et la guérison se-maintenait deux ans après. Ce procédé est une véritable recto-périnéorrhaphie postérieure.
4° Procédé de Schwartz. — En 1889, M. Schwartz, sur un aliéné du service du docteur Féré, pratique la recto-périnéorrhaphie antérieure, en combinant son intervention avec les pointes de feu.
L'opération fut faite ainsi :
Après une application de six raies de feu dans le grand axe de la tumeur, le prolapsus fut réduit et maintenu par un tampon.
Un avivement muqueux et cutané fut pratiqué alors dans une ctendue de 4 centimètres de longueur sur la
PRE même hauteur. On adossa ensuite exactement les surfaces cruentées au moyen de quatre sutures profondes faites au moyen de forts fils d'argent et de quatre sutures superficielles au crin de Florence.
L’anus était donc rétréci et reporté en arrière. Treize mois après, le malade restait complètement guéri (Obs. ID).
Il. — OPÉRATIONS S'ADRESSANT AU RECTUM.
Ces opérations ont pour but de provoquer une diminution du calibre de l'intestin. Les deux premiers procédés que nous décrirons : cautérisation ignée (1°) et acide nitrique (2°) donnent ce résultat et fixent en outre la muqueuse aux autres tuniques intestinales.
Le troisième procédé (3°) rétrécit le calibre du rectum et en diminue la longueur. Il peut occasionner des rétrécissements dangereux.
Le quatrième procédé, ou procédé de Lange (4°), rétrécit l’'ampoule rectale, sans intéresser la muqueuse.
1° Cautérisation ignée. — Le thermocautère est employé, pour les prolapsus complets, dans les mêmes conditions que pour les proplapsus myqueux. La technique opératoire est la même.
La rétraction, lorsque l'on fait des cautérisations linéaires parallèles à la longueur du rectum, agit plus en longueur qu’en largeur.
Ce procédé est mis en usage au début de tous les
traitements des prolapsus complets simples, d'apparition récente.
2° Acide nitrique.— Employé encore par Allingham, Delens, Phocas (Obs. Il), la cautérisation à l'acide nitrique est appliquée d'une façon modérée sur la muqueuse du prolapsus seul.
On réduit alors et on tamponne soigneusement avec du coton.
Ce procédé amène souvent des rétrécissements ; de plus, son emploi nécessite de grandes précautions, car on ne peut pas toujours limiter exactement l’action de l'acide.
3° Abrasion partielle de la muqueuse. — Hey excisait des replis muqueux ovalaires, Curling enlève: deux lambeaux ovales de muqueuse de chaque côté du rectum ; Heen, en 1890, résèque un lambeau annulaire de la muqueuse du rectum, haut de 2 pouces 1/2, et réunit par. des sutures les lèvres de la plaie (Obs. IX).
Ces procédés d’abrasion partielle donnent souvent des hémorrhagies très fortes et amènent des rétrécissements très prononcés.
4° Procédé de Lange. — Ce procédé consiste à aborder le rectum par sa face postérieure et à le rétrécir par des plicatures longitudinales.
Voici comment, en 1884, Lange, de New-York, exécuta son procédé sur un malade porteur d'un volumineux prolapsus rectal :
Le malade fut placé dans la position génu-pectorale. Lange fit une incision sur la ligne médiane pour mettre à nu le rectum. Ii réséqua le coccyx pour pouvoir rétrécir plus haut le calibre du rectum et en fronça la partie postérieure par des sutures qui déterminèrent la formation d'un pli qui'faisait saillie dans la lumière de l'intestin (Obs. is
De tous ces procédés, la cautérisation ignée a seule conservé beaucoup de partisans: :
Quand on s'adresse à un prolapsus récent, réductible, d'une longueur modérée, alors que le périnée n’est pas affaibli, la guérison est souvent obtenue par les pointes de feu, surtout si l’on a soin de surveiller les selles du malade et de prévenir la diarrhée.