OBSERVATION XIII
Prolapsus complet du rectum. Colopezie avec anus iliaque. Guérison. Jeannel. Rapport du professeur Verneuil. Bull. À cad. de mëd., 8 octobre 1539, n° 42 (Observation XXV de la thèse de Lyot).
Nay El..., 57 ans, blanchisseuse, santé antérieure excellente ; ni diarrhée, ni constipation, ni hémorrhoïdes ; accouchement à terme à 25 ans; travail naturel, suites de couches simples. La menstruation, régulière jusqu’à 30 ans, cesse à cette époque sans cause connue et sans accident.
En novembre 1888, cette femme marchant sur la route ressent subitement à l’anus une douleur si vive qu'elle s'arrête et se roule à terre. Elle constate au point douloureux une petite tumeur molle qui rentre facilement et saigne un peu. Rcçue pendant huit jours à l'hôpital de Carcassonne, «elle a de l’incontinence des matières fécales et de l'urine, ce qui ne lui était jam: is arrivé. Enfin, le 29 décembre 1888, ellc.entre à l’hôpital de Toulouse, où l’on fait les constatations suivantes : femme peu intelligente, minée par la misère et la souffrance, reste dans son lit sans faire de mouvements, non qu’elle soit paralysée, mais parce que les douleurs lombaires, nulkes dans le décubitus dorsal, surviennent aussitôt dans la position verticale, Ventre souple, indolent, en forme de besace.
À la région périnéale, on voit sortir de l’anus largement dilaté une tumeur rouge, saignante, piriforme, mesurant 10 à 12 centimètres de long et 8 centimètres de diamètre à sa base. Son sommet, dirigé en bas et en arrière, présente un orifice « üi laisse pénétrer le doigt, ct au niveau duquel se constituent les
ma deux cylindres intestinaux, l’un externe et l’autre interne, qui constituent la masse prolabée. Celle-ci augmente ou diminue de volume suivant que le malade est debout ou couché, qu'elle tousse ou qu'elle fait quelque effort ; mais, dans aucun cas, elle ne se réduit spontanément, conservant toujours 7 à 8 centimètres de longueur. On peut, à la vérité, par des pressions exercées méthodiquement, faire rentrer la masse dans le rectum et l'y maintenir, à la condition d'y laisser la main tout entière ; mais celle-ci retirée, le prolapsus se reproduit aussitôt. Pendant la réduction, on s'assure que le périnée ne présente pas de déchirure, mais qu’il est convexe en bas. On ne voit plus de pli interfessier. À l'entrée de la vulve cystocèle vaginale assez volumineuse ; tout près de cet orifice, on trouve le col utérin petit, dur, très mobile ; l'utérus prolabé est en rétroversion ; sa remise en place ne modifie nullement le prolapsus rectal. Le moindre attouchement exercé sur la muqueuse de ce dernier est douloureux et provoque des efforts suivis d'expulsion de mucosités. Le ténesme est donc continuel, sans qu'il y ait de véritables coliques intestinales. La malade, affamée, mange énormément ; aussi les selles, abondantes, diarrhéiques, involontaires, souillent-elles continuellement la région ano-périnéale et ses alentours.
Il y a également incontinence d’urine.
Le 9 janvier 1889,on employa les cautérisations au thermocautère. Le prolapsus fut attiré le plus bas possible au dehors et six raies de feu furent faites, parallèles entre elles et au grand axe de la tumeur, intéressant même le sphincter relâché. Les plaies se cicatrisèrent vite, mais le résultat fut nul.
Le 6 février 1889, M. Jeannel ouvrit le ventre par l’incision de Littre, mais l’'S iliaque avait perdu ses rapports et ne setrouvait pas dans le sinus formé par la fosse iliaque et la paroi abdomi-
to nale, il fallut pour la trouver aller jusqu’à la symphyse sacroiljaque gauche (1).
On put alors l’amener sans peine au dehors, et l’on constata avec satisfaction qu’une traction très douce exercée sur elle sufusait pour réduire rapidement et complètement toute la masse prolapsée.
On fixa très facilement l'intestin par le procédé de Maydi, qui consiste, comme on le sait, à passer à travers le mésentère une grosse sonde uréthrale recouverte de gaze iodoformée ; et, pour rendre plus sûre encore la formation des adhérences, on comprit deux appendices épiploïques dans les points de suture destinés à rétrécir la plaie abdominale.
Un pansement légèrement compressif fut appliqué sur le tout.
L'opération n'avait guère duré plus d’un quart d’heure.
Les suites furent très simples. Le 11 février, au cinquième jour, selle abondante par l’anus périnéal, sans réapparition du prolapsus.
Le lendemain 12, création de l’anus artificiel par incision pratiquée avec le thermocautère sur le sommet de l’anse intestinale herniée.
14 février, selle abondante par cet orifice.
Le 15, suppression de la sonde traversant le mésentère.
Les jours suivants, l'appétit renaît ; les digestions sont bonnes et les selles, plus ou moins copieuses, se font régulièrement par Panus iliaque. On n’observe d’ailleurs aucun accident de ce
(1) Au cas où l’on ne rencontrerait pas aisément l'intestin au niveau de ce point de repère, on pourrait, à la faveur de la dilatation extrême de lanus, y porter une grosse sonde qui remonterait dans le rectum et que chercherait les doigts introduits dans la plaie iliaque.