‹ Étude critique du test préhypophysaire d'AronChapitre 63 sur 64 · V. — VALEUR DU TEST · texte numérisé non relu

V. — VALEUR DU TEST

Il est des cas dans lesquels le test préhypophysaire s'inscrit logiquement dans un tableau clinique où d’autres symptômes, d’autres tests de laboratoire concordent pour attribuer à l’hypophyse un rôle important. Mais même dans ces cas simples (acromégalie, maladie de Cushing, syndrome adiposo-génital, certains goîtres) le test préhypophysaire n’apporte qu’un appoint pour le diagnostic ou fournit seulement une hypothèse de travail. Il faut toujours entreprendre d’autres explorations. |

Ainsi, dire : goitre avec réaction d’Aron augmentée, ce n’est pas poser un diagnostic complet, ce n’est pas établir de manière suffisamment précise ni l’état des fonctions thyroïdiennes, ni celui du fonctionnenement hypophysaire. Le métabolisme basal est-il diminué ? Alors, il est probable que le trouble est primitivement thyroïdien; est-il augmenté ? C’est la fonction thyréo-stimulante hypophysaire qui est primitivement touchée. é

C’est donc en définitive de la précision avec laquelle nous parvenons aujourd’hui à mettre en évidence les troubles thyroïdiens que dépendra l'exactitude et le caractère complet du diagnostic, ainsi que l’efficacité du traitement.

On peut voir que, dans les 112 observations résumées dans cette thèse, sauf dans quatre cas peut-être. le métabolisme basal avait toujours été évalué. Mais si l’on accorde à l’hypophyse un rôle de contrôle sur

toutes les glandes endocrines, l'étude de son fonctionnement ne peut être séparée de celle du fonctionnement des autres glandes. En conséquence, nous avons essayé de confronter le plus souvent possible le test d'Aron avec d’autres tests endocriniens.

Nous avons utilisé pour la surrénale le dosage du glutathion qui, on le sait, est diminué dans les insuffisances; l'enregistrement de la fatigabilité au moyen de l’ergographe. Le dosage de la calcémie a donné des indications sur le fonctionnement parathyroïdien. Malheureusement, ces tests ne sont pas aussi précis que le métabolisme basal. Nous nous sommes servis aussi des épreuves qui prétendent évaluer la teneur du sérum en chacune des différentes hormones. Lorsqu'une matière albuminoïde étrangère est introduite dans un organisme vivant, il se développe un mécanisme ‘de défense complexe dont l’élément essentiel est la production de substances destinées à agir chimiquement sur la matière protéique étrangère et à la détruire. Cette destruction se réduit surtout à une désintégration des grosses molécules en de plus petites et plus nombreuses. La concentration moléculaire augmente et parallèlement l'indice de réfraction. Tel est le principe de linterférométrie, dont la technique a été fixée par HrrsCH, qui admet la spécificité d’un indice différent pour chaque hormone. Cette épreuve a ses partisans, elle a aussi ses adversaires. Il semble qu’elle donne parfois des résultats s’accordant assez bien avec ceux du test d’Aron. Nous avons employé aussi le test électrique de l’angle d’impédance : il paraît surtout utile dans les cas d’hypoou d’hyperthyroïdie. La valeur de l’angle d’impédance dépend de la capacité électrique du corps ; elle est pratiquement constante chez un sujet donné et d’un sujet à l’autre, elle est augmentée chez les hyperthyroïdiens. Enfin, l’endocrinogramme est fondé sur le

fait que la vitesse de constitution de la bande de Stokes dans le spectre de réduction de l’oxy-hémoglobine dépend du taux hormonal du sang.

Il était intéressant par ailleurs de chercher à explorer l’hypophyse par d’autres voies que par le test d’Aron. Nous avons disposé de radiographies de la selle turcique. Sur de bons clichés, pris la tempe sur le châssis, avec une ampoule centrée sur le milieu de la ligne conduit auditif externe-bord externe de l'orbite, les contours de la selle turcique tranchent nettement sur la tache claire du sinus sphénoïdal. Nous avons cité chemin faisant des cas de troubles hypophysaires où le test d’Aron et les résultats radiologiques concordaient. Ce mode d’exploration, s’il montre une déformation, est utile; négatif, par contre, il est sans valeur.

L’injection d'extraits hypophysaires totaux aux batraciens provoque chez ceux-ci un changement de couleur des téguments qui deviennent plus foncés. Cette modification serait en rapport avec la fonction chromophorodilatatrice du lobe intermédio-postérieur. ZONDEK et KROHN ont injecté un extrait de celobe et ont obtenu chez les poissons une teinte rouge des téguments. Ces questions sont à l’heure actuelle très discutées et il paraît pour le moins prématuré de se servir de cette action dans un but diagnostique.

Ce n’est pas seulement par comparaison avec ces méthodes que le test préhypophysaire prend une certaine valeur. Maïs nous espérons avoir prouvé que dans certains cas, en clinique, il était intéressant de le pratiquer. Nous ne saurions trop insister pourtant sur le fait que toujours il doit être interprété et mis en parallèle avec la clinique. Une réaction troublée sans aucun signe clinique est dépourvue de toute siginification. D’autre part, on concoit aisément qu’il existe des affections préhypophysaires dans lesquelles le test reste muet : il peut s’agir de troubles hormo-

naux isolés, distincts des fonctions thyréo- et gonadostimulantes; il peut s’agir de troubles de ces fonctions masqués peut-être par la présence d’anti-hormones. Enfin, des troubles non hypophysaires ont pu entrainer des modifications secondaires dans la sécrétion de cette glande, modifications très complexes au milieu desquelles il est difficile, en l’état actuel de nos connaissances, d'attribuer une signification exacte à augmentation ou à la diminution des stimulines que nous étudions.

La valeur générale du test préhypophysaire est

donc, à notre avis, d’une portée beaucoup plus restreinte que ne le prétend le promoteur de la méthode. Il a ses erreurs. Il a ses limites.

Il doit dans tous les cas, répétons-le, être interprété avec beaucoup de soins. Il n’explore, pensons-nous, que la fonction thyréo- et gonado-stimulante de l’hypophyse. soit que les deux hormones jouent un rôle efficient dans le tableau clinique, soit que leur taux ne soit modifié qu’accidentellement au cours de troubles plus complexes.

Eriger ce test en TEST PRÉHYPOPHYSAIRE, c’est trop lui demander. Il faudrait réserver ce nom à une épreuve qui nous permettrait de préciser le fonctionnement de l’ensemble du lobe antérieur. Nous doutons que ce test puisse être imaginé quelque jour tellement le domaine de la physiologie hypophysaire paraît étendu, tellement les fonctions de l’hypophyse semblent différentes l’une de l’autre.

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