V. — Complications
Au cours de son évolution, l’épithélioma peut s'infecter; il peut occasionner des troubles fonctionnels de l'appareil visuel, et entraîner des lésions au niveau du globe oculaire; il peut aussi donner une adénopathie néoplasique.
4° L’infection est assez rare, et en général ne persiste pas. Cependant, d’après Morax, dans certains cas, et particulièrement dans celui des épithéliomas ulcérés en rapport avec le sac conjenctival ou les voies lacrymales, l'infection peut être très difficile à combattre. La lésion devient alors douloureuse et s'accompagne d’une adénopathie à caractère inflammatoire, qui disparaîtra après le traitement de l’épithélioma. |
2° Troubles fonctionnels. — Aucune douleur n’accompagne le développement du cancer. Lorsque les voies lacrymales sont intéressées, le larmoiement vient gêner le malade et
pourra altérer les téguments en créant une irritation eczémateuse. D'autre part, les voies lacrymales obstruées, on pourra avoir de la dacryocystite, et la lésion néoplasique pourra elle-même s’infecter.
3° Les complications oculaires viennent du fait de l’innoclusion palpébrale, due au développement du néoplasme. Celle-ci entraîne de la conjonctivite; la cornée peut présenter une érosion dans sa partie découverte, qui sera le point de départ d’une kératite à hypopion, amenant la perforation de la cornée et la panophtalmie, si elle n’est pas traitée efficacement. Le traitement devra viser, en plus de la guérison de l’épithélioma, la réfection palpébrale permettant l'occlusion qui assurera l'intégrité du globe.
Quand le cancer a envahi l’orbite, le globe peut avoir perdu sa mobilité, des troubles trophiques et infectieux peuvent aboutir à la perte de l'organe.
4° Quant à l’envahissement ganglionnaire, d’après la plupart des auteurs, il est rare et apparaît tardivement. Il y a cependant lieu d'examiner toujours les ganglions correspondants; ils sont pris très rarement quand l’épithélioma est du type basocellulaire, tandis que, s’il appartient au type spinocellulaire, ils sont envahis avec une fréquence relative d’après Nicolini, et il ne faudrait pas considérer les adénopathies satellites comme inflammatoires dans tous les cas. Après guérison de l’épithélioma, l’adénopathie inflammatoire disparaît, alors que l’adénopathie néoplasique suit son cours. Les caractères cliniques permettent le plus souvent de différencier facilement ces deux variétés d’'adénopathie. Dans le doute, une biopsie affirmerait le diagnostic. Pour Morax, l’envahissement ganglionnaire est exceptionnel; il n’a observé que 2 fois l’apparition d’une tumeur épithéliale secondaire au niveau du ganglion lymphatique préauriculaire.
NO VI. — Anatomie pathologique.
L'étude histologique permet de confirmer le diagnostic dans le cas de doute sur la nature de la lésion.
L'épithéliome est caractérisé par la pénétration dans le derme des cellules provenant de la prolifération de la couche basale de l’épiderme, la membrane basale ayant été rompue.
Nabias et Forestier ont étudié l’activité reproductrice des cellules. L’index caryocinétique permet de l’évaluer; un indice moyen est de 1/100 à 1/150 pour les épithéliomas malpighiens. Plus l'indice est élevé, plus la prolifération est active, mais on a montré que la tendance envahissante du cancer n'en dépendait pas toujours, et on a noté des néoplasmes à extension rapide, dans lesquels les caryocinèses étaient rares.
Les différentes variétés histologiques n’ont pas une égale radiosensibilité. Il convient donc de les reconnaître pour pouvoir leur appliquer Île traitement qui leur convient.
Il est classique de distinguer deux variétés principales spinocellulaire et basocellulaire.
1° Epithélioma spinocellulaire. — C'est le type histologique le plus rare, au niveau des paupières. Les cordons cellulaires nés de l’épiderme proviennent de la prolifération des bourgeons interpapillaires; ils s’enfoncent dans le derme, se ramifient dans la profondeur des tissus. Ces cordons sont divisés par ia prolifération conjonctive réactionnelle qui les enserre, et les sectionne en certains points en une série de lobules isolés dans le stroma conjonctif, d’où le nom d’épithélioma lobulé, donné à ce type par Cornil et Ranvier.
Les cellules sont de formes variées et présentent deux caractères importants : la présence de filaments d'union d’une part, et, d'autre part, leur évolution épidermique aboutissant à leur kératinisation et à la formation des globes épidermiques.