‹ Étude critique sur Bossuet, avec une not. nécrol. et une préfChapitre 11 sur 48 · PREMIERE CAMPAGNE CONTRE RICHARD SIMON · texte numérisé non relu

PREMIERE CAMPAGNE CONTRE RICHARD SIMON

A ce moment Bocsuet va donner aux chefs jansénistes une preuve de son particulier dévouement, et commencer contre un de leurs plus puissants adversaires une campagne impitoyable de vingt-cinq ans, qui doit se poursuivre après sa mort.

Au printemps de 1678 on achevait l'impression d'un livre qui ouvrira un champ tout nouveau aux études bibliques, ÏHistoire critique du Vieux Testament de l'oratorien Richard Simon. Il allait paraître muni de l'approbation du syndic de la Sorbonne, Pirot, le censeur des livres, du permis d'imprimer du supérieur général de l'Oratoire, Sainte-Marthe, et du privilège du roi. C'est au roi qu'il est dédié, le P. Lachaise, son confesseur, et un autre jésuite, le docte P. Verjus, ayant approuvé la dédicace. Messieurs de Port- Royal n'y étaient point flattés, et leur fameux Nouveau Testament dit de Monsy recevait un coup droit, avec l'annonce de bien d'autres. <( S'il m'était permis, disait l'auteur dans sa Préface, de toucher par avance quelque chose du Nouveau Testament, je pourrais montrer quelques défauts qui se trouvent dans les traductions qui en ont été faites depuis peu en notre langue par deux savants théologiens, ce qu'on ne peut attribuer qu'au peu de réflexion qu'ils ont fait sur l'histoire du texte qu'ils traduisaient. Ils n'ont pas cru, par exemple, qu'en retranchant du chapitre m, de saint Luc, la seule particule, Or, ils favorisaient le sentiment des anciens hérétiques Marcionites,

qui ont j-irctcndii que les ileiix premiers chapitres de saint Luc avaient été ajoutés à son Hvangile, etc. » Sur quoi un protestant écrira : « Ces deux théologiens qu'il ne nomme point, sont M. Arnauld et le P. Amelottc de l'Oratoire, qu'il n'a pas jugés capables de ùire une bonne version de l'Ecriture. Aussi dit-on que M. Arnauld et tout son parti ont été les^irincipaux acteurs pour faire supprimer ïliistoirc criliqiic, ixlm d'empêcher que la seconde partie qui regardait le Nouveau Testament ne fût donnée au public '. »

Voici comment Arnauld, présent encore en 1678, à Paris, d^où il s'évadera l'an prochain pour éviter la justice de Louis XIV, s'est vengé de Richard Simon, et s'est précautionné contre lui, en prenant pour agent Bossuet. Le chancelier Le Tellier, averti par Arnauld son ami, a tait saisir chez l'imprimeur les dernières feuilles de l'ouvrage, et a chargé Renaudot, collaborateur d'Arnauld et censuré en 1671 par Richard Simon, de les soumettre non à l'archevêque de Paris que cela regardait, mais à l'ancien évêque de Condom, leur ami commun, tout prêt, à l'encontre de l'archevêque, à les bien servir. « Ce livre, écrira, le 19 mai 1702, Bossuet, allait paraître dans quatre jours, avec toutes les marques de l'approbation et de l'autorité publique. J'en fus averti très à propos par un homme bien instruit^ et qui savait pour le moins aussi bien les langues que notre auteur. Il m'envoya un index et ensuite une préface, qui me firent connaître que ce livre était un amas d'impiétés et un rempart de libertinage. Je portai le tout à M. le Chancelier le propre jour du Jeudi Saint. Ce ministre, en même temps, envoya ordre à M. de la Reynie de saisir tous les exemplaires... Et après un très exact examen que Je fis avec les censeurs, M. de la Reynie eut ordre de brûler tous les exemplaires, au nombre de douze ou quinze cents, nonobstant le privilège donné par surprise et sur le témoignage des docteurs. »

« Amas d'impiétés ! » c'est un échantillon des qualificatifs que

' Ri'ponse de Pierre Aiitbruii, ministre du Saint Evangile, à l'Histoire critique du Vieux Testament composée par le P. Simon de l'Oratoire de Paris, Rotterdam, 1685,. in-8°, p. 6.

Bossuet appliquera un jour aux écrits,même les plus irrépréhensibles, de Fénelon. Je ne veux point absoudre de ses fautes le très docte oratorien. Elles ont fait mettre son livre à l'Index. Mais il faut dire qu'il se proposera toujours de les corriger dans une édition nouvelle faite d'accord avec l'autorité ecclésiastique. Si cette édition n'a pas lieu, c'est que la secte janséniste deviendra maîtresse du siège de Paris avec Noailles, dont Bossuet est l'ami e;t l'organe. Bossuet, qui va accepter une trop louangeuse dédicace prêtée par d'Ablancourt à Richard Simon, ne cessera d'être son impitoyable persécuteur, et de traiter ce prêtre orthodoxe et pieux, autant qu'érudit sans rival en sa partie, comme le plus dangereux des hérétiques. Quant à présent, pour son « amas d'impiétés i) prétendu, Richard Simon se voit chassé de l'Oratoire.

Page 1