INSTRUCTIONS AUX RELIGIEUSES. « MEDITATIONS. ÉLÉVATIONS
Les communautés religieuses du diocèse ont été soumises par lui, avons-nous dit, à la direction spirituelle du janséniste Soaneu. Tous deux ont bien le même esprit. Les instructions faites par Bossuet à ses religieuses, Carmélites, Augustines, Ursulines, Visitandines, Filles de Sainte-Anne, Filles de la Charité, instructions qu'il appelle « Elévations », se retrouvent en substance dans ses deux ouvrages célèbres, les Réflexions sur l'Evangile, intitulées Méditations par son neveu, et les Elévations à Dieu sur les mystères. Les Réflexions sont dédiées à ses Filles de la Visitation de Meaux, pour qu'on puisse appliquer à de pieuses méditations un quart d'heure le matin et autant le soir. Les Elévations sont composées de même pour les religieuses^ et également à l'usage des pieux fidèles. Partant de « l'être de Dieu », elles vont jusqu'à « la prédication du Sauveur » et rejoignent les Reflexions. C'est un cours complet et usuel de méditations. Il nippelle malheureusement les Réflexions morales sur le Nouveau Testament du corvphée des jansénistes Quesnel, livre que Bossuet appelle un trésor, un si saint ouvrage. Quand, après la mort de Bossuet, paraîtront \ts Elévations, les jésuites, dans leur journal de Trévoux, en contesteront l'authenticité, disant : « Les Elévations contredisent la bulle Unigenitus {condamnant cent une propositions du livre de Quesnel) sur tous les poims : elles sont dignes d'une main janséniste ». Mais il faudra se rendre en présence du manuscrit original déposé au greffe du Parlement. Les Méditations sur l'Evangile ne causeront pas un moindre scandale aux jésuites. Le P. Colonia
prétendra qu'elles sont « faussement attribuées à M. de Meaux » ; et le P. Patouillet produira dos extraits pour « justifier la conduite » des prélats qui « ont retiré ces Mcdiiations des mains des fidèles ». Ledicu y note telle « expression que l'on pourrait trouver hardie, et que néanmoins M. do Meaux répétait dans tous ses sermons à la ville et à la campagne et qu'il avait môme imprimée dans son Catéchisme, et dans ses Heures ». Elle trahit vraiment dans les Méditations une imagination plus gnostique que chaste '.
Pour les Ursulines de Meaux, Bossuet a soin de faire une traduction française de son commentaire latin sur le Cantique des Cantiques, commentaire versant, hélas! dans le naturalisme odieux de l'évoque novateur, de Mopsueste, et des nouveaux hérétiques. Il ne craint pas, dans une Instruction, de mettre la Bible entière — recommandant la traduction de V Ancien Testament de M. de Sacy, janséniste — entre les mains des « religieuses et communautés de filles du diocèse », sauf la lecture du JJvitique dont « on pourra » se dispenser; et il fait des « religieuses » des agents de propagation de « la lecture des livres de l'Ecriture » auprès des « autres âmes fidèles » , l'expérience ne devant pas tarder à lui montrer « que l'Ancien Testament » ainsi « permis sans discrétion » fait « plus de mal que de bien aux religieuses » elles-mèm.es. 11 leur déclare, d'ailleurs, qu'on peut lire « sans scrupule les Réflexions morales sur le Nouveau Testament » de Q.uesnel où la Bulle Unigenitus doit foudroyer l'hérésie morne. Dans un Discours sur l'acte d'abandon à Dieu, composé pour ses kvines amies, ses chères amies, les deux filles du duc de Luynes, religieuses de Jouarre^ élèves de Port-Royal — qui, d'accord avec les chefs jansénistes, ont rétracté secrètement leur signature mise au Formulaire d'Alexandre VII, et qui sont les intimes confidentes de ses Méditations et de ses Elévations au cours de la composition — il ira, sur la pente des doctrines désespérantes de la secte, jusqu'à écrire : « La damnation que je mérite... il faut m'y aban-
^ « C'est en parlant de l'Eucharistie, l'union corps à corps, comme il Texpliquait, et esprit à esprit, par où des libertins ne pourraient entendre à la lettre autre chose que ipsa copula » Ledieu, Journal, 17 nov. 1705, — Méditations sur V Evangile, xxive, xxvi^ jour.
donner » ; et il s'indignera de voir donner aux jansénistes, si expressément déclarés hérétiques par le Saint-Siège, le nom de secte. Malheureuses religieuses ravies à l'exemption ! Qui leur est le plus fatal de leur supérieur, le triste Soanen, ou de leur évêque ?
Ces écrits que Bossuet ne fait pas imprimer et ne livre pas à la critique publique, mais qui pénètrent dans les monastères et chez les personnes dévotes, sont faits pour porter au comble sa réputation d'homme spirituel comme de grand écrivain. Ils ont pour complément ses lettres de direction.