‹ Étude critique sur Bossuet, avec une not. nécrol. et une préfChapitre 22 sur 48 · BOSSUET ET M™^ GUYON · texte numérisé non relu

BOSSUET ET M™^ GUYON

Quatre mois après la mise du Moyen court à VIndex, dont on lui enseigne, hélas! que la sentence est sans portée en France, M"'^ Guyon est amenée à voir à Paris Nicole qui lui dit que ce petit livre est plein d'erreurs, mais, examen fait, ne peut lui en montrer aucune. Il cherche à lui donner pour confesseur le père de La Tour de l'Oratoire, c'est-à-dire à la faire entrer dans le parti janséniste, et il échoue. Il fait alors un livre contre elle; et c'est à ce moment, le 7 septembre 1691, que ce Protée aux douze pseudonymes, apologiste intarissable de Jansénius, auteur à demi, puis traducteur et glossateur des Provinciales, re-^oit de Bossuet ce certificat : « Je finis... en priant Dieu qu'il vous conserve pour soutenir la cause de son Eglise, dont vos ouvrages me paraissent un arsenal ». Après qu'un laquais gagné a donné à M""* Guyon « un poison fort violent » dont, malgré les remèdes, elle souffrira « encore sept ans et demi ' », c'est sa réputation qu'on tend à empoisonner de nouveau. Boileau de l'archevêché que Sainte-Beuve nous montrera dans « un groupe de jansénistes honnêtes de la fin — entre Bossuet et M. de Noailles - », — « devint, dit-elle, un de mes plus zélés persécuteurs... On mit tout en œuvre pour me décrier, et l'on crut que pour rendre ce qu'on appelait ma doctrine, suspecte, il fallait décrier mes mœurs. On n'oublia rien pour y parvenir : et après avoir persuadé

1 Vie, IIP partie, ch. xr, 9.

« Port-Royal, t. V, p. 509.

Mgr l'évoque de Chartres du péril prétendu de l'Eglise par des histoires sans (lu, il ne songea plus qu';\ persuader M"'"^ de Maintenon, et ceux de la cour qu'il savait Otre de mes amis, de la nécessité de m'abandonner, parce que j'étais mauvaise, et capable de leur inspirer de mauvais sentiments. M"" de Maintenon tint bon quelque temps... Elle se rendit à la fin aux instances réitérées de Mgr l'évêque de Chartres, et de quelques autres qu'il employait à la conduite de Saint-Cyr '. » Ceux-ci étaient des Lazaristes, de ces disciples de saint Vincent dont Fénelon écrira au Pape, en 1704, qu'ils « semblent inclinei graduellement » vers le jansénisme ^

Dans ces circonstances, l'abbé de Fénelon, qui connaissait M"'" Guyon mieux que personne, et qui savait sa foi aussi pure que ses mœurs, devait naturellement lui chercher un appui et un guide chez son propre maître et ami, Tévêque de Meaux. « On ne peut guère douter, dit Bausset, que ce ne fût Fénelon qui » inspira « à M""' Guyon l'idée de s'adresser à Bossuet pour lui exposer tous ses sentiments, lui confier tous ses écrits les plus secrets et se soumettre à sa décision ^ ». Cette soumission lui était facile. Elle savait que Bossuet ayant lu, il y a plus de huit ou dix ans, le Moyen court et son Explication du Cantique des Cantiques avait trouvé « fort bons » l'un et l'autre. A cette heure le duc de Chevreuse conduisant Bossuet chez elle, « ce prélat, écrit-elle, en parlant du Moyen court., me dit qu'il l'avait lu autrefois, aussi bien que les Cantiques, et qu'il les avait trouvés fort bons ». Bossuet n'a garde de lui parler de la condamnation du Moyen court par Rome. Elle s'empresse alors de lui soumettre les Torrents spirituels, le plus élevé et le plus profond de ses écrits mystiques, que Rome n'a jamais censuré, écrivant au duc : « S'il y a quelque chose de trop fort dans les Torrents., je l'expliquerai, et si je me suis trompée dans ce que j'ai écrit, je suis ravie d'être redressée... Je voudrais que M. de Meaux me dit simplement ce qu'il trouverait en moi de mauvais, car je ne tiens à rien * ». Trop inno-

« Vie, III* partie, ch. xii, 6, 7, :o. - Memoriaîe dam legettdum, XI.

••* Histoire de Fénelon, 1. II, XV.

■* Lettre du 24 août 1695.

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cente, trop imprudente colombe ! Trop imprudent aussi l'abbé de Fénelon qui a livré la colombe à l'épervier ! Ils vont apprendre tous deux à connaître Bossuet.

M""* Guy on l'entrevoit la première. Devant elle et le duc de Chevreuse , jadis élève de Port-Royal, à qui il veut plaire peutêtre, il se révèle comme un autre Saint-Cyran. « Ce prélat, écritelle, nous dit des choses si fortes des voies intérieures et de l'autorité de Dieu sur les âmes que j'en fus surprise. Il nous donna même des exemples de gens qu'il avait connus, qu'il estimait saints, qui s'étaient tués. J'avoue que je lus épouvantée de tous les discours de M. de Meaux \ » Epouvantable quiétiste, en effet, devant la future prétendue quiétiste!

A ce fanatisme janséniste, non étonnant entre le Traité du libre arbitre pour le Dauphin et l'approbation des Réflexions morales de Quesnel, Bossuet joint une complète ignorance de la théologie mystique où il Va se poser en docteur suprême. « Ce prélat, écrira •Fénélon, sans craindre un démenti, convint au commencement des conférences (d'Issy) qu'il n'avait jamais lu saint François de Sales, ni le bienheureux Jean de la Croix, ni la plupart des auteurs mystiques, et qu'il voulut que Fénelon lui en donnât des recueils ^ » Et sa doctrine de la charité, le point capital ici, était-elle bien la bonne théologie commune ?

Mais ce qui préoccupait Bossuet, c'était moins la théologie que le maintien à la cour des jansénistes, ses aUiés et ses soutiens ; c'était la faveur du roi qu'il acquerra en discréditant en Fénelon un censeur odieux dont on pourra ainsi se déUvrer ; c'était le siège de Paris et la pourpre romaine à gagner par ses services. Il va mettre tout son génie non moins puissant pour l'artifice que pour l'éloquence à cette triste campagne.

Menacée par l'abbé Boileau d'un procès dont l'issue ne serait pas moins que le dernier supplice, M"^^ Guyon prie Bossuet de la « recevoir quelque temps dans son diocèse » . Ayant examiné ses écrits

*■ Vie, III« p., ch. XIII, 2.

2 Réponse à la relation sur le quiétisme.

pemlant <> quatre ou cinq mois », et continuant X approuver le Moyen court, en dépit de Konic, il la comnuinie à Paris. Elle « parvint, dit l'abbé 1-leury, \ satisfaire Bossuet sur tous les points, fl l'exception du pur amour, M. de Meaux ne voulant point admettre l'amour de Dieu pour lui-môme, sans aucun rapport à notre béatitude, mais seulement qu'une âme pouvait être assez parfaite pour trouver son bonheur dans la considération du bonheur de Dieu ' ». En quoi, d'accord avec les mystiques, elle avait raison, et Bossuet avait tort. Et c'est pourtant ce faux concept, où il voudra en vain amener Fénelon, qui sera la base de toutes ses attaques doctrinales, couvrant Y intrigue de cour si justement signalée par d'Aguesseau et la Palatine !

M™^ Guyon, parmi ses écrits, lui a remis l'histoire de sa vie, écrite sur l'ordre de son directeur, pour qu'il la redressât au besoin au sujet de ses expériences spirituelles, lui demandant « un secret de confession », et recevant de lui la promesse d'un secret « inviolable ». « Peu de personnes, lui écrit-elle, sont capables de comprendre jusqu'où vont les secrètes et amoureuses communications de Dieu et de l'âme... C'est à vous. Monseigneur, de voir si cette Vie peut être communiquée à d'autres qu'à votre Grandeur. » Elle lui écrira encore avec « un excès de simplicité », comme elle dit bien : « J'éprouve, Monseigneur, depuis quelques jours, une union très réelle avec votre âme... Consentez, s'il vous plaît, à tous les moyens dont Dieu voudra se servir pour régner plus absolument en vous qu'il n'a fait... Je me suis offerte à sa divine Majesté, pour souffrir tout ce qu'il lui plairait pour votre âme ». Et Bossuet, blessé cette fois au vif, et faisant subitement et pour toujours volte-face, de répondre à tant de droiture, de saint attachement, de touchant héroïsme : « J'ai reçu, Madame, la lettre que M. de Chevreuse m'a rendue de votre part... Je suis très reconnaissant de la charité que vous avez pour mon âme ; et je ne puis mieux vous en marquer ma reconnaissance qu'en vous disant^ en toute simplicité et sincérité, ce que je crois que vous avez à faire... La première chose dont il me paraît

* Cité par Gosselin, note à l'Histoire de. Fénelon, de Bausset, 1. II, ch. xi.

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que vous devez vous purifier, c'est de ces grands sentiments que vous marquez de vous-même... Vous devez déposer toutes prédictions, visions, miracles... Car tout cela est au rang des pâtures de l'amour-propre... Il 3^ aurait beaucoup à vous dire sur vos écrits. Je puis vous assurer qu'ils sont pleins de choses insupportables et insoutenables... Mais je ne m'y arrêterai pas quant à présent, puisque vous consentez qu'on les brûle tous ; ce qu'on fera s'il le faut * ».

Ce qui n'empêchera pas Bossuet, toujours « esprit adroit, complaisant, cherchant à plaire à tous ceux avec qui il est 2 », de parler tout autrement au duc de Chevreuse. « La vivacité de Mgr de Meaux, écrira M"'^ Guyon, et les termes durs qu'il employait quelquefois m'avaient persuadé qu'il me regardait comme une personne trompée et dans l'illusion. J'en écrivis sur ce pied à M"" le D(uc) de C(hevreuse), qui lui montra ma lettre... M. de Meaux lui répondit que les difficultés sur lesquelles il avait insisté, et quelques-unes sur lesquelles il insistait encore, ne regardaient ni la foi, ni la doctrine de l'Eglise : qu'il pensait différemment de moi, à la vérité, sur les articles dont il s'agissait ; mais qu'il ne m'en croyait pas moins cathohque : et que si, pour ma consolation et celle de mes amis, je souhaitais une attestation de ses sentiments, il était prêt de me donner un certificat par lequel il paraîtrait qu'après m'avoir examinée, il n'avait rien trouvé en moi que de catholique ; et qu'en conséquence il m'avait administré les sacrements de l'Eglise. M. le D(uc) de C(hevreuse) eut la bonté de me le mander de sa part ^ »

La doctrine et les mœurs de M""" Guyon ne continuent pas moins à être incriminées dans le public, ses calomniateurs étant évidemment ces sectaires depuis longtemps attachés isa poursuite, et si fort intéressés présentement à la perdre et à perdre Fénelon avec elle. Elle écrit à M™« de Maintenon « pour lui demander des commissaires moitié ecclésiastiques, moitié laïques pour juger sa doctrine et ses mœurs. Elle offrait de se rendre dans telle prison qu'il plairait au roi

• Mars, 1694.

* Image ou blason des Docteurs en 1664, dans Gérin, p 535. ^ Vie, nie partie, ch. xv, 1.

de lui indiquer »». Le jugement des m(euis par un tribunal mixte, où son triomphe certain va la grandir, est écarté. Pour la doctrine, on la remet au jugement de B ossuet, à qui, sur sa demande, l'évêque de Châlons, Noailles, et le supérieur de Saint-Sulpice, Tronson, sont adjoints. Elle demandealorsaBossuetde.se retirer à la Visitation de Meaux pour y vivre dans la retraite, sous la direction d'un confesseur par lui désigné. C'est là qu'elle apprendra de la bouche de la supérieure, et, par elle, de la bouche de Bossuet lui-mcMue, le plan machiavélique que poursuit le prélat, comptant avoir, pour salaire d'un double et plus que honteux forfait, « l'archevêché de Paris et un chapeau de cardinal ».

TRENTE-aUATRE ARTICLES d'iSSY. VIOLENCE DE BOSSUET ET AMBITION DÉÇUE

Les trois juges institués par le roi tiennent leurs conférences à Issy. L'archevêque de Paris, trouvant, non sans raison, qu'ils usurpent sur sa juridiction, car M™' Guyon est sa diocésaine, condamne alors, avec la plume de Nicole, le Moyen court et X Explication du Cantique des Cantiques ^ celle-ci condamnée, celui-là non condamné par Rome. Bossuet, atteint par cette leçon, déclare qu'il n'est pas question à Issy de juger M"^ Guyon, mais de fixer des points de doctrine ; et, pour se dédommager, il engage Nicole à publier sa Réfutation des principales erreurs du quiétisme. Les écrits de M""^ Guyon y figurent par des textes falsifiés ; et la Règle des associations à l'enfance de Jésus qu'on lui prête lui fait approuver les « mauvaises maxirnes » de Molinos et justifier « les plus horribles impuretés ». Fénelon prendra justement en pitié « M. Nicole qui a voulu décider d'un ton moqueur sur les voies intérieures », sans en avoir grande connaissance, et « sans respecter la tradition des saints ' ». A ce moment, le précepteur du duc de Bourgogne est surpris par une nomination foudroyante à l'archevêché de Cambrai. M™^ de Maintenon, tremblant pour lui et pour elle-même. Ta provoquée, et Louis XIV l'a faite, heureux d'éloigner de la cour un censeur redouté. Fénelon est associé en même temps par M™^ de Maintenon aux trois juges,

* Lettre du 7 mars 1696 à M™^ de Maintenon.

maintenant simples commissaires, d'Issy. De trente articles d'un exposé doctrinal de lîossuet, il fait corriger le vingt-neuvième, qui allîrme contre l'évidence*/"'' les auteurs viystiques n avaient jamais parle de certains états où les âmes se trouvent quelquefois. A ces trente laissant dans l'ombre les hautes expériences des mystiques, il en fait ajouter quatre autres, les remettant au jour. Il signe ainsi l'exposé doctrinal après Bossuet et Noailles, avant Tronson. Simple thèse de quatre théologiens privés se donnant l'air d'un tribunal !

Elle est datée du lo mars 1695. Le 16 avril, Bossuet publie une Ordonnance contenant les trente-quatre articles d'Issy, et portant condamnation des écrits de Molinos, de Malava, du P. Lacombe, du Moyen court et du Cantique de M™' Guyon, qu'il ne nomme pas, et la Règle des associés à elle frauduleusement prêtée par Nicole- Livre aux jansénistes, Noailles imite Bossuet le 25 avril ; et les diocèses de iMeaux et de Chàlons, ou quiétisme et quiétistes sont fort inconnus, s'étonnent à bon droit de ces Ordonnances et d'un double fracas épiscopal pleinement en l'air.

Mais c'est l'ouverture obligée de la campagne de Bossuet pour expulser Fénelon de la cour. On y trouve d'abord ce mélange de basses astuces et d'audacieuses brutalités qui doivent trop la caractériser. Ecoutons la pauvre dame Guyon. Le 15 avril, malade au lit, elle a protesté contre « la violence » dont Bossuet « use en son endroit », ajoutant : « je proteste de nullité de tous ces actes et de ceux qu'on me fera signer dans la suite, attendu que je ne suis pas libre ' ». Bossuet voulait lui faire signer qu'elle a eu les erreurs contre la foi que va condamner son Ordonnance.

« A quelque temps de là, dit-elle, ce prélat me vint revoir. Il me demanda de signer sa Lettre Pastorale et d'avouer que j'ai eu les erreurs qui y sont contenues... Pour vous faire voir ma somnission, lui dis-je, je veux bien écrire au bas de votre Lettre Pastorale tout ce que fy puis mettre. Après l'avoir fait, et qu'il l'eût lu, il me dit qu'il le trouvait assez bien ; puis, après l'avoir mis dans sa poche, il me dit : // ne s'agit pas de cela : Vous ne dites point que vous

' Œuv;es de Fénelon, t. X, p. 62.

êtes formellement hérétique^ et je veux que vous le déclariez... Je lui répondis : Je crois, Monseigneur^ que c'est pour m' éprouver que vous me dites cela ; car je ne me persuaderai jamais quun prélat si plein de piété et dljonneur voulût se servir de la bonne foi avec laquelle je suis venue me mettre dans son diocèse, pour me faire faire des choses que je ne puis faire en conscience. J'ai cru trouver en vous un père : je vous conjure que je ne sois point trompée en mon attente. — fe suis Père de l'Eglise, me dit-il : mais enfin, il nest point question de paroles. Si vous ne signiez^ ce que je veux, je viendrai avec des témoins ; et après vous avoir admonestée devant eux, fe vous déférerai à V Eglise, et nous vous retrancherons comme il est dit dans V Evangile. — Monseigneur, lui répondis-je ; je nai que mon Dieu pour témoin : je suis préparée à tout souffrir, et f espère que Dieu me fera la grâce de ne rien faire contre ma conscience, sans sortir jamais du respect que je vous dois... Les bonnes filles qui voyaient une partie des violences et des emportements de M. de Meaux, n'en pouvaient revenir ; et la mère Picard disait que ma trop grande douceur le rendait hardi à me maltraiter ; parce que son caractère d'esprit était tel, qu'il en usait ordinairement de la sorte avec les gens doux et qu'il pliait avec les gens hauts » .

Des scènes pareilles se renouvelleront, non sans d'étranges incohérences et de curieux aveux du possédé de l'ambition qui ne se possède pas lui-même. Il n'est « jamais » question de spiritualité dans les visites de Bossuet. « Lorsqu'il venait, écrit M"'^ Guyon, c était, disait-il, mes ennemis qui lui disaient de me tourmenter ; qu'il était content de moi. D'autres fois il venait plein de fureur me demander cette signature qu'il savait bien que je ne donnerais pas. Il me faisait menacer de tout ce qu'on a fait depuis. // ne prétendait pas, disait-il, perdre sa fortune pour moi ; et mille autres choses. Après ses feux il retournait à Paris, et il était du temps sans revenir. » « Lorsqu'il verra un parti qui conduit à la fortune, il y donnera quel qu'il soit », écrivait-on de lui, il y a trente ans, de lui dont on écrira dans huit ans : « M. Pirouette; car c'est ainsi que l'on nomme celui que la faveur fait pirouetter comme elle veut ^ ». La

1 Lettre du 8 mars 1903, du janséniste Germain Vuillart probablement. Archives nationales, M. 208.

versatiliu^ d'un ambitieux, oblige tic tourner au vent de tous les incidents, peut seule expliquer les contradictions subites que nous trouvons ici et que nous retrouverons bientôt en Bossuet. « Peu avant que je sortis de Meaux, écrit M"" Guyon, il témoigna à M. de Paris et à M. l'archevcquc de Sens, combien il était content de moi >'. C'est peu. Voulant plaire au duc de Chevreuse et à Pénelon dont il tient .\ faire le sacre, et ayant à craindre la révélation de ses odieux procédés vis-A-vis de M"'^ Guyon, voilà que le i"' juillet, à cette femme qu'il a déclarée formellement hérétique^ il délivre le plus honorable certificat, et dans l'acte de soumission à son Ordonnance il autorise cette terme déclaration : « Je n'ai eu aucune des erreurs expliquées dans ladite Lettre Pastorale, ayant toujours eu l'intention d'écrire dans un sens très catholique, ne comprenant pas qu'on en pût donner un autre ' ». C'est là-dessus que de son consentement très gracieux elle quitte, le 7 juillet, la Visitation, les religieuses joignant à son certificat l'attestation qu'elle ne leur a donné ^ucun sujet de trouble ni de peine, mais bien de grande édification, et lui écrivant : « Vous avez si puissamment gagné les cœurs de cette communauté par vos bontés et les exemples de votre vertu, qu'il nous est impossible de laisser partir M"^ Marc sans la charger de ces faibles témoignages ».

Il n'en est pas pour elle de leur évêque comme de leur pensionnaire. Le 2 juillet, Bossuet a achevé de les scandaliser. « Il nous prêcha, dit M"^ Guyon, le jour de la Visitation de la Vierge, qui est une des principales fêtes de ce monastère : il y dit la messe et souhaita que je communiasse de sa main. Il fit au milieu de la messe un sermon étonnant sur l'intérieur. 11 avança des choses plus fortes que celles que j'ai avancées. Il dit qu'il n'était pas maître de lui au milieu de ces redoutables mystères, qu'il était obligé de dire la vérité et de ne la point dissimuler : qu'il fallait que cet aveu de la vérité fût nécessaire, puisque Dieu le lui faisait faire comme malgré lui. La Supérieure le fut saluer après son sermon, et lui demanda : comment il pouvait me tourmenter, pensant ce qu'il pen-

* Dans Bausset, 1. II, § 26.

sait? Il lui répondit que ce n'était pas lui, que c'était mes ennemis. Je sortis peu après de Meaux '. »

En quel état est à cette heure l'âme de Bossuet ! Après soixante ans d'une vie si obstinément étrangère à toute vertu, le remords n'est pas éteint chez le chrétien, chez le pontife, chez le prédicateur si merveilleusement éloquent. Le fatalisme janséniste qui a fait dire à la Phèdre de Racine applaudie par Arnauld :

Le ciel mit dans mon sein une flamme funeste -,

fait échapper du sein de Bossuet, à l'autel même, et sous une inspiration qu'il ose prêter à Dieu, l'excuse ou la justification de CQite flamme funeste, qui sur tant de points divers, n'a cessé de l'agiter contre Dieu, contre son Eglise, contre lui-même. Il n'est pas maître de lui !

Le 10 juillet, Bossuet donnera à Fénelon l'onction épiscopale, dans la chapelle de Saint-Cyr, en présence de M""^ de Maintenon, du duc de Bourgogne et de ses deux jeunes frères : onction qui est aussi, hélas 1 celle d'une victime irrémissiblement condamnée.

Six jours après il écrit à M"'^ Guyon comme à une créature des plus dangereuses, nullement « en sûreté » du côté de la vindicte royale. Qui l'a fait changer et le jette subitement dans cette voie des éclatantes violences ? Il y a quelques semaines il laissait entrevoir dans ses letttres que les jansénistes lui reprochaient « de favoriser M"^ Guyon M) ; et M""^ Guyon écrira le 27 novembre : « J'ai vu que ce prélat... agissait le plus souvent contre ses propres sentiments par l'instigation de personnes malintentionnées, ce qui faisait que les choses ne prenaient point de fin ». Mais avec les jansénistes il y avait le roi lui-même, coopérant trop souvent avec ces sectaires qu'il abhorre, mais qui flattent et servent sa jalouse omnipotence. Il faut qu'on le débarrasse de Fénelon, surtout à présent que ce censeur a l'autorité d'un archevêque. M"'^ de Maintenon veut

* Vie, t. III, p. 221-224.

* Scène finale.

' Lettres des 29 mai et 3 juin, à l'évêque de Mirepoix, qui est de la secte.

rendre au roi ce service, et Bossuct est l'opérateur sur qui elle compte. M'""" Guyon écrit bien, parlant de son retour à Paris :

« A peine fus-je arrivée que M. de Meaux se repentit de m'avoir laissée aller de son diocèse. Ce qui le fit changer, comme on l'a su depuis, c'est qu'ayant rendu compte à Madiamcj de Waintenon) des termes dans lesquels cette atVaire était finie, elle lui témoigna qu'elle n'était pas contente de l'attestation qu'il m'avait donnée ; que cela ne finissait rien, et ferait même un efi'et contraire à ce que l'on s'était proposé, qui était de détromper les personnes prévenues en ma laveur. Il crut donc qu'en me perdant, il perdait toutes les espérances dont il s'était flatté. Il me récrivit de revenir dans son diocèse ; et je reçus en même temps une lettre de la Supérieure qu'il était plus résolu que jamais de me tourmenter : que quelque désir qu'elle eût de me revoir, elle était obligée de me faire savoir les sentiments de M. de Meaux conformes à ce que je savais. Ce que je savais c'est qu'iL établissait une haute fortune sur la

PERSÉCUTION qu'il ME FERAIT ; LT COMME IL EN VOULAIT A UNE PER- SONNE FORT AU-DESSUS DE MOI, IL CRUT QU'eN LUI ÉCHAPPANT, TOUT LUI ÉCHAPPERAIT. »

M™' Guyon, qui n'a garde de se remettre dans L-s mains — le lecteur a dit les serres • — de Bossuet, et qui place en lieu sûr le certificat qu'il lui a donné et qu'il réclame, voulant le remplacer par un autre, s'efiace, hors de Paris, dans une petite maison reculée du faubourg Saint-Germain.

A ce moment la haute fortune que poursuit Bossuet dans la persécution qu'il reprend de M"'' Guyon, et dans l'exécution, qui en est le but ultime, de Fénelon, lui échappe subitement. L'archevêque de Paris, le premier persécuteur de M"^^ Guyon, est foudroyé le 6 août d'une attaque d'apoplexie, seul avec sa favorite, la duchesse de Lesdiguières, en sa campagne de Conflans. Bossuet, sur qui tous les yeux se portent pour la succession, montre « la grande expectation du public sur l'archevêché de cette ville » ; il entrevoit son insuccès ; et il affecte de « dire avec David sur cette petite humiliation, si c'en est une : Bonum mihi quia humiliasti me ^ ».

' Lettre du 22 août à M^e Albert de Luynes, et lettre du 13.

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II' n'a point encore regagné assez M"^ de Mainlenon qui, depuis le retour, il y a vingt ans, de M™^ de Montespan à la cour, où le précepteur du Dauphin a eu une si noble pan, avait cessé toute relation avec lui. D'autre part, la mort de Harlai a jeté l'épouvante sur toute vie pouvant rappeler à Paris la sienne. <.<. Comme dans le choix des successeurs, écrira d'Aguesseau, on cherche toujours à éviter l'inconvénient dont on a été le plus frappé dans la conduite de leurs prédécesseurs, le roi dont la religion avait été souvent alarmée par le compte qu'on lui avait rendu de la conduite personnelle du dernier archevêque de Paris, voulut se mettre l'esprit en repos par le choix d'un sujet dont les mœurs pussent devenir le modèle de l'Eglise gallicane * ». Au curé de Versailles, Hébert, conseiller de M""' de Maintenon qui lui parle de Fénelon^ elle répond : « Vous save^ ce qui nous empêche de le proposer ; mais M. de Meaux etM.de Châlons nous restent ; auquel des deux vous arrêter ie^-vous ? — A celui qui refuserait, répond le curé, et certainement M. de Châlons n acceptera pas - ». Noailles refuse, en efFet^ et est nommé le 19 août. Le 24, M""' de Maintenon écrira : « Il fallait à la première Eglise du royaume un prélat de mœurs sans tache, d'un caractère modéré, doux, simple, d'une piété éclairée et solide; le roi a cru voir toutes les qualités réunies dans M. de Noailles' ». Eloge de l'élu où ne laisse pas de transpirer la critique de son concurrent'! Sans aller aux renseignements secrets que doit avoir le roi, est-ce que l'affirmation solennelle de Jurieu sur la réputation si éloignée d'être sans lâche de Bossuet, n'est pas pour arrêter Louis XIV à la recherclie d'un modèle de maurs à présenter à la France sur le siège de Paris r

» Œuvras, t. XIII, p. 163.

2 Bausse-1, Fénelott, 1. II, § 29.

3 Liltifs de M"' de Maintetion, édiiion de Labaumelle, 1752. Nous savons aujourd'hui Ljue les épreuves du texte imprimé ont passé sous les yeux des religieuse> de S.iini-Cyr qui ont fourni les lettres. Si le texte a été maintes fois retouché, lomme on faisait alors, le fond n'a pas été altéré. Ici c'est bien, ce semble ie p-ir btyle de M^e de Mainteron.

INSTRUCTION SUR LES ÉTATS d'oEAISON DE BOSSUET

Pour consoler un peu le prélat et entretenir ses espérances, le roi lui transmet, de Théritage de l'archevêque, le titre de supérieur du collège de Navarre, ce collège à lui si cher. Bossuet, visant donc au chapeau de cardinal, poursuit la manœuvre si chère à Louis XIV, qui doit aboutir] à l'éloignement de Fénelon et à l'anéantissement du parti religieux et noblement indépendant dont sa vertu est l'âme et le lien à la cour.

Lui, si étranger hier encore à la connaissance des auteurs mystiques, voilà qu'il se donne en maître et législateur de cette haute théologie. Il compose son Insiruction sur les états d' oraison, dont il ne doit pas publier ni même achever la seconde partie, la partie dogmatique, aux thèses trop risquées, mais dont il mettra au jour bien vite la Première partie où sont exposées les erreurs des faux mystiques de nos jours, celle qui importe à sa stratégie et met en batterie sa grande machine de guerre. Là, M""' Guyon va amplement figurer comme un monstre d'impiété et de fanatisme. Fénelon nous en détachera le portrait. Citons, en attendant ce mot, à propos du Cantique des Cantiques, indemne de toute censure de Rome : « On ne pouvait pousser plus loin la présomption et l'égarement » , et cet autre à propos du Moyen court : « ces sentiments font horreur ' ». Avec cela il montre au roi M'"^ Guyon, comme « une femme si dangereuse » qu'on ne peut la « laisser en Hberté » ; et le roi, le

1 Livre III.

BOSSUET ç

— ii;

27 décembre, la fait arrêter dans une petite maison du faubourg Saint-Antoine, où elle a cherché à se dérober aux persécuteurs, et la fait conduire à Vincennes. « En répondant à une lettre de M. de Meaux, va écrire M""^ de Maintenon à l'archevêque de Paris, le 2 janvier, je lui mandai que M°^ Guyon était arrêtée. Il me mande aujourd'hui qu'il en est ravi, et que ce mystère cachait bien des maux à l'Eglise. » Assurément, mais à l'Eglise janséniste : Bossuet l'avouera plus tard à la princesse palatine. « Ce fut un coup de foudre, écrira le janséniste Saint-Simon, pour M. de Cambrai, pour ses amis et pour le petit troupeau qui ne s'en réunit que davantage '■. » M™* Guyon à Vincennes, c'est, avec un peu de temps, Fénelon chassé de Versailles ; et c'est pour l'archevêque de Cambrai l'évêque de Meaux démasqué, (c Ce coup, dit Bausset, fut le plus sensible de tous pour Fénelon, qui avait la plus haute opinion de la vertu et de la piété de M"'^ Guyon, et acheva de rompre les liens qui l'unissaient encore à Fénelon '. »

A ce moment la Providence vient de condamner Bossuet à donner la mesure de sa conscience. Ecrivant le 25 décembre, au maréchal de Noailles, frère de l'archevêque de Paris, qui vient de monter sur le siège de Harlai, « Bossuet, se déclare très aise de voir un sairtt succéder à un saint ^ ». L' « archevêque corrompu, scandaleux, incorrigible » de Fénelon hier, est aujourd'hui, d'après Bossuet, un saint qu'il faut invoquer. Il y a plus ici qu'une effronterie inimaginable : il y a l'arrière-calcul d'écarter tout soupçon d'un évêque, fut-il écrasé par l'opinion publique. Bossuet qui fait un saint de Harlai plaide tout bas sa propre sainteté, trop aussi tombée en discrédit.

Son audace astucieuse ira jusqu'à lui fiire demander à Fénelon l'approbation, déjà obtenue de l'archevêque de Paris et de l'arche* vêque de Chartres, pour son Instruction sur les Etats d'oraison. Comme critique des mystiques pervers, à part ce qu'il ose '< im-

^ Mémoires, t. I, p. 129.

* Histoire de Bossuet, 1. X, § 10.

s R. P. Chérot, Etudes des RR. PP. Jésuites, 20 janv. 1898. La lettre a été. publiée dans \a Revue de Gascogne, 26 déc. 1895.

putcr (.l'horrible et trinfâme i\ M"" Guyon ' », ce livre est dans le vrai ; mais comme doctrine des saints mystiques, il est loin de là, et sur tous les points capitaux : la notion de la charité que Bossuet amalgame avec l'espérance ; l'oraison passive, dont il retire la liberté ; l'état passif ou d'éminente charité, qu'il confond peu doctement avec l'oraison passive ; enfin les suprêmes épreuves de la charité dans les saints dont les sublimes sacrifices lui semblent des extravagances. A3'ant à soutenir la vérité, l'orthodoxie à lui bien connue de M'"'' Guyon et sa vertu, et voyant clairement que Vapprobation que Bossuet lui demande n'est que pour arracher de lui une véritable rétractation sous un titre spécieux, Fénelon se refuse à la donner. Le 2 août 1696, il justifie son refus en lisant à Issy, chez M. Tronson, devant l'archevêque de Paris et l'évêque de Chartres, les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, un Mémoire auquel il mettra cet en-tête : Mémoire que je fis pour montrer que je ne devais pas approuver le livre de M. de Meaux, et que M. de Paris fit approuver par M""^ de Maintenon \

On lit dans ce Mémoire au sujet des cahiers de V Instruction de Bossuet, que Fénelon n'a pas voulu lire, mais qu'il connaît bien comme calomniant horriblement M"^ Guyon :

« Il n'y a point de villageoise qui n'eût d'abord horreur de ce qu'on veut qu'elle ait enseigné. Il ne s'agit pas de quelques conséquences subtiles et éloignées, qu'on pourrait, contre son intention, tirer de ses principes spéculatifs ; il s'agit de tout un dessein diabolique qui est, dit-on, l'âme de tous ses livres. C'est un système monstrueux qui est lié dans toutes ses parties et qui se soutient avec beaucoup d'art d'un bout à Vautre.

« Il est évident, dit-on, et il y aurait de la mauvaise foi à le nier, que M"'* Guyon n'a écrit que pour détruire, comme une imperfection, toute la foi explicite des attributs et des personnes divines des mystères de Jésus-Christ et de son humanité. Elle veut dispenser les chrétiens de tout culte sensible, de toute invo-

1 FÉNELON, Vingt questions proposées à M. de Paris, xi. - Œuvres de Fénelon, t. II, p. 248.

cation distincte de notre unique Médiateur... Elle soutient que, quand on fait d'abord un acte de foi et d'amour, cet acte subsiste perpétuellement pendant toute la vie, sans avoir jamais besoin d'être renouvelé ; qu'on est toujours en Dieu sans penser à lu-, et qu'il faut bien se garder de réitérer cet acte. Elle ne laisse aux chrétiens qu'une indifférence impie et brutale entre le vice et la vertu, entre la haine éternelle de Dieu et son amour éternel, pour lequel il est de foi que chacun de nous a été créé. Elle d^.'t'end comme une infidélité toute résistance réelle aux tentations les plus abominables... Cette inspiration qu'elle attribue à elle et aux siens n'est pas l'inspiration commune des justes; elle est prophétique, elle renferme une autorité apostolique au-dessus de toutes lois écrites... On assure que M""* Guy on n'a rien écrit que pour accréditer cette damnable spirituaUté et pour la faire pratiquer : c'est là l'unique but de ses ouvrages...

« Pour moi, j'avoue que je ne comprends rien à la conduite de M. de Meaux. D'un côté, il s'enflamme avec indignation, si peu qu'on révoque en doute l'évidence de ce système impie de M™^ Guyon : de l'autre, il la communie de sa propre main, il l'autorise dans l'usage quotidien des sacrements, et il lui donne, quand elle part de Meaux, une attestation complète, sans avoir exigé d'elle aucun acte où elle ait rétracté formellement aucune erreur. D'où vient tant de rigueur et tant de relâchement?

a Pour moi, si je croyais ce que croit M. de Meaux des livres de M™^ Guyon, et par conséquence nécessaire de sa personne même, j'aurais cru, malgré mon amitié pour elle, être obligé en conscience à lui faire avouer et rétracter formellement, à la face de toute l'Eglise, les erreurs qu'elle aurait évidemment enseignées dans tous ses écrits. Je croirais même que la puissance séculière devrait aller plus loin... Toute religion à part, la seule police suffit pour punir du dernier supplice une personne si empestée. S'il est donc vrai que cette femme ait voulu manifestement établir ce système damnable, il fallait la brûler, au lieu de la congédier, comme il est certain que M. de Meaux l'a fait, après lui avoir donné la communion fréquente, et une attestation authentique, sans qu'elle ait rétracté ses erreurs. »

Bossuct qui se sent démasqué par le refus de Tcnelon, si terriblement motivé, éclate presque ouvertement. Osant se poser en juge souverain de la foi, il dit à ses amis particuliers : Est-ce là cette soumission que M. de Cambrai m'avait promise pour rétracter toutes ses erreurs ' ? Ht Rome même ne doit condamner dans les écrits de Fénelon qu'une erreur glissée par une faute d'impression I Pour accroître l'irritation de Bossuet, voiLà que M""" Guyon est tirée de la prison de Vincennes en octobre, après avoir signé, le 24 août, un acte de pleine soumission à l'archevêque de Paris, son seul supérieur, et transférée dans une maison de Vaugirard où elle reste sous la direction spirituelle du curé de Saint-Sulpice. Fénelon, d'autre part, est en voie assurée de justification, s'étant engagé dans son Mémoire à rendre compte de sa doctrine au public, après en avoir soumis l'exposé à l'archevêque de Paris, à M. Trouson et aux théologiens les plus éclairés. La manœuvre pour le perdre n'aboutira donc qu'à la confusion de Bossuet.

' FÉNELON, Réponse à la Relaiion sur Je Quiétisme.

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