EXPLICATION DES MAXIMES DES SAINTS SUR LA VIE INTERIEURE DE
FcNELON
Fénelon compose aussitôt, avec sa merveilleuse facilité et sa protonde connaissance des auteurs mystiques, son Explication des maximes des saints sur la vie intérieure. Là, en quarante-cinq articles portant le titre Faux, il expose et condamne énergiquement les erreurs et les impiétés des quiétistes, et en quarante-cinq articles mis en regard avec le titre Vrai, il leur oppose les doctrines des saints et leurs vénérables expériences. Les témoignages textuels accompagnaient d'abord son texte^ l'éclairant et le soutenant. Noailles, désirant la brièveté, les fit écarter. Le livre ainsi grandement réduit^ après qu'il a été retouché au point que Noailles ne trouve à Fénelon « qu'un défaut, celui d'être trop docile », est jugé par lui un livre correct et w/f/é. Pour plus de sûreté, il demande qu'il soit examiné en présence de Fénelon par Pirot, l'examinateur habituel des livres et des thèses de théologie, et le théologien de Bossuet. Après trois séances de quatre ou cinq heures chacune pour écarter les moindres difficultés, « M. Pirot finit par déclarer que ce livre était tout d'or : et (l'archevêque) écrivit, quelques jours après, à Fénelon et à M. Trouson, que M. Pirot était charmé de cet exameji ' ».
Fénelon ne voulait faire paraître son livre qu'après celui de Bossuet, tenant par égard à lui céder le pas. Mais il y avait à prévoir
* Bausset, fénelon , L III, § 4.
un nouvel acte de violence, et que l'évcque de Meaux n'obtint de Louis XIV le refus du permis royal d'imprimer imposé alors mûme ;\ un évèque. Bossuet n'a-t-il pas osé écrire à un ami de Fénelon ces lignes que l'archevêque a sous les yeux : « Je sais d'une manière X n'en pouvoir douter que M. de Cambrai veut écrire sur la spiritualité... Je suis assuré que cet écrit ne peut causer qu'un grand scandale... Cela est d'un si grand scandale que je ne puis en conscience le supporter? » Le Privilège du roi pour l'impression du livre de Fénelon a bien été délivré le 17 décembre. Mais ce Privilège attaché à VHistoire critique du Vieux Testament de Richard Simon n'a pas empêché autrefois Bossuet de faire mettre le livre imprimé au pilori. Les amis de Fénelon, les duc de Chevreuse et de Beauviliiers, alarmés du péril, font, du consentement de l'archevêque de Paris, que Fénelon a « laissé le maître absolu de l'empêcher », imprimer son livre en toute hâte. L'achevé d'imprimer est du 25 janvier 1697. Quatorze fautes grossières témoignent, à l'Errata, de la précipitation de l'imprimeur ; et l'Errata même ne contient pas la radiation si nécessaire de ces mots, à propos de Jésus-Christ, trouble involontaire, intercalés par erreur dans le texte, sur une note marginale d'une main étrangère, sollicitant une addition de l'auteur : mots qui forment une proposition erronée que Fénelon déclarera jusqu'à la mort n'être point sienne. L'archevêque de Paris qui a approuvé de vive voix le livre, n'ose y joindre son approbation écrite craignant Bossuet et tout le parti janséniste auquel il est malheureusement inféodé.
Un mois après le livre de Fénelon, paraît, en mars, celui de Bossuet, flanqué des approbations de l'archevêque de Paris et de l'évêque de Chartres, qui ne craint pas de dire, parlant de Fauteur contre Rome des Quatres Articles de 1682 : « Monseigneur l'évêque de Meaux, toujours attentif à défendre l'Eglise contre toute nouveauté... La vérité catholique, dont ce grand prélat s'est toujours montré, si utilement pour l'Eglise, le zélé défenseur ». Ce sont les deux champions d'un livre dont le dernier mot est la plus atroce et la plus inconséquente des calomnies contre une sainte femme, et le but, le bannissement du plus vertueux prélat du royaume.
Un duel de deux ans, le plus célèbre de l'histoire, va s'ouvrir entre l'évêque de Meaux qui jette le gant, et l'archevêque de Cambrai. Arrêtons-nous ici un instant devant l'agresseur et le plus acharné des combattants pour le bien mesurer. Connaissons de près Bossuet en cette année 1696 qui vient de s'achever, et en cette année 1697 qui vient de s'ouvrir.