‹ Étude critique sur Bossuet, avec une not. nécrol. et une préfChapitre 27 sur 48 · BASSES MANŒUVRES DE L AIGLE DE MEAUX · texte numérisé non relu

BASSES MANŒUVRES DE L AIGLE DE MEAUX

Les Remarques sur cette Réponse, que Bossuet ne peut se retenir de donner au public, seront « un ouvrage bien au-dessous de la Relation pour le charme et l'intérêt ' ». Elles amèneront une seconde Réponse de Fénclon qui n'est pas moins que la première un chefd'œuvre. Sur la question des faits, la victoire lui reste, infligeant trop à Bossuet la confusion. Quelle confusion ! Fénelon rappelle qu'il est dénoncé au peuple, au diocèse de Cambrai par la charité de Bossuet, comme un imposteur, un impie, un hypocrite. Et à quelles bassesses est descendu ï Aigle de Meaux ! « Souffrez, dit Fénelon, qu'en passant je rapporte ici un fait remarquable. Dès que je veux faire un ouvrage qui ne serve qu'à ma défense nécessaire à Rome, et qui ne se répande point ailleurs, ou bien que je fais un premier essai d'un ouvrage par un recueil d'épreuves, malgré toutes mes précautions, vous trouvez moyen d'enlever mes feuilles et de les avoir aussitôt que moi. Le plus souple des hommes, et qui remue de si grands ressorts par toute la terre, ne peut se garantir des émissaires de l'innocent théologien. Non, Monseigneur, un innocent théologien n'est point si éveillé. Ne dites plus : Je nen sais pas tant; vous n'en savez que trop, et il y paraît bien. »

La composition dits Remarques de Bossuet a été précédée, le 7 septembre, de ces lignes à son neveu : « Ma Réponse... est jugée ici

* GossELiN, Histoire littéraire de Fénelon. Ecrits sui le quiétisme, XXX.

à Compiègne, où est la Cour) très nécessaire... Le roi est étonné de la hardiesse à mentir de ce prélat ». Elle a été accompagnée, le 14, de celles-ci datées de Compiègne encore : « M. de Cambrai est un homme sans mesure, qui donne tout à l'esprit, à la subtilité et à l'invention ; qui a voulu tout gouverner, et même l'Etat, par la direction, ou rampant ou insolent outre mesure ». Au milieu de ses emportements Bossuet livre par écrit à son neveu, comme il vient de faire de vive voix à la princesse palatine, le secret de toute l'affaire du Quiétisme. D'Aguesseau qui a dit : « Cette grande affaire n'a pas été moins une intrigue de cour qu'une querelle de religion », aurait pu dire que la querelle de religion n'a été que le manteau de V intrigue de cour. Il fallait à tout prix chasser de la cour Fénelon menaçant par la direction de la régénérer. On ne visait que là.

Donnons une simple mention à trois opuscules que Bossuet a publiés en août entre la Relation et ses Remarques, contre le gré du Nonce, impuissant à arrêter sa fureur d'écrire et son manque de r«-speci dû au Saint-Siège occupé à juger ce que le prélat ne cesse de décider. Ce sont : Mystici in iuto, Schola in tuto, Quiclismus redivivus, avec addition en septembre, à Schola in tuto de quelques pages, Quastiuncula de actibus à charitate imperaiis. En fait, avec Bossuet, les Mystiques et VEcole, ne sont nullement en sûreté. Il est contre eux, ils sont contre lui. Si la moitié des examinateurs absout Fénelon, tous condamnent Bossuet. « Tous les dix examinateurs, va écrire le 1 1 novembre Chantérac à Langeron retiré à Cambrai, sont convenus dans cette doctrine, que la bonté de Dieu en lui-même est seule l'objet formel de la charité, et que le motif de la béatitude n'est ni essentiel, ni nécessaire, ni inséparable des actes de la charité. Aucun d'eux n'a balancé là-dessus, et même ceux qui sont opposés au livre de M. de Cambrai se font honneur d'être opposés en cela à M. de Meaux *. »

^ Le P. Perrone dira du sentiment de Bossuet repris par Bolgeni : « Contre ce sentiment, se sont insurgés d'ardents adversaires^ le chanoine Muzzarelli, etc., comme étant une nouveauté très pernicieuse ». Mazella de Virtutibus, Romx- 1879, P- 691.

« 11 a paru à plusieurs, dit Mazelia, depuis cardinal, que Bossuet, dans la cha

Icnelon ne laissera aucune dei. attaques de Bossuct sans réponse. Il reste évident que Bossuet détruit la charité. 11 erre sur ce point qu'il a dit lui-même être le point décisif... le point qui renferme seul la (h'cision du tout.

Dans cette extrémité, où il a compromis le roi lui-même, lui répondant de la condamnation du livre de Pénelon à Rome, et le lui faisant condamner par sa lettre au Pape et ses prescriptions barbares, Bossuet a recours X cette triste manœuvre si souvent employée contre Rome, celle des signatures, bien ou mal obtenues, d'une partie des docteurs de Sorbonne, et mises au compte de la Sorbonne elle-même. Son théologien Pirot, qui a appelé le livre des Maximes des saints un livre tout d'or, en a tiré, en copiant la Déclaration des trois évêques, douze Propositions auxquelles il a appliqué les qualifications de fausse, erronée, impie, blasphématoire. On a fait signer le i6 octobre cette censure par soixante docteurs. Mais comment? <i Voici, écrira, le 23', Fénelon à Chantérac, un nouvel événement par lequel on veut entraîner Rome malgré elle... M. de Meaux a été de porte en porte lui-même, dans la plupart des communautés séculières et régulières de Paris ; après quoi M. de Paris y a envoyé deux chanoines... pour faire souscrire les théologiens de ces maisons à une espèce de censure toute dressée dans les termes les plus rigou* reux... On les a tous pris en un seul soir, à la hâte, chacun chez soi ; et cependant on leur a fait dire très faussement : Donné en Sorbonne •».

Le génie artificieux et audacieux de Bossuet ne peut s'arrêter, « On parle, a écrit de Rome, le 13 septembre, Chantérac à Fénelon, d'un sermon que le P. de La Rue, jésuite, a fait le jour de saint Bernard, où M. de Meaux était. Il avait passé quelques jours avec ce prélat à Germigny, et ils étaient revenus ensemble pour le sermon, et s'en retournèrent de même. Dans ce discours si préparé, il fit plutôt l'éloge de M. de Meaux que celui de saint Bernard, et ajouta

leur de la dispute, est tombé dans l'extrême opposé (à l'erreur des semi-quiétistes', niant non seulement l'état, mais encore l'acte par lequel on aimerait Dieu peur sa bonté seule, sans regard à nous, par amour donc de bienveillance et d'amitié, non de concupiscence », p. 604..

d'une manière qui parut si affectée, qu'on ne saurait pas douter que ce ne fût un dessein prémédité, l'iiistoire d'Abailard et d'Héloïse, et ensuite de Rufin et de Mélanie. Les amis mêmes du P. de La Rue en sont sensiblement affligés, et en parlent avec tout le mépris possible, comme d'un fou sans prudence et sans charité ». Le P. de La Rue récidivera plus ou moins le 15 octobre; et le 24 novembre Bossuet transmettra à son neveu les extraits qu'on lui a communiqués de « la sainte Thérèse du P. de La Rue ». Les Jésuites étant assez déclarés pour Fénelon, si bien qu'il a écrit le 30 août à Chantérac : « Je vous conjure de voir le père général des Jésuites et de lui dire que je suis plus que jamais content de ses Pères, et aussi de sa Compagnie », c'est le tour que Bossuet leur joue. Fénelon le qualifie ainsi le 12 septembre, ayant des nouvelles du sermon sur saint Bernard : « Le procédé... de M. de Meaux pour le P, de La Rue est horrible ».

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