‹ Étude critique sur Bossuet, avec une not. nécrol. et une préfChapitre 32 sur 48 · LES JANSÉNISTES P0LIT1Q.UES · texte numérisé non relu

LES JANSÉNISTES P0LIT1Q.UES

Cependant l'abbé Bossuet est rentré de Rome ; et il est monté au Capitole à Versailles, recevant du roi^ en présence de toute la Cour, le plus tavorable accueil. Sous la main de son oncle, il ne tarde pas un instant à se mettre à l'œuvre pour l'exécution d'un complot dont le mot d'ordre était, il y a dix ans passés, sous la plume d'un janséniste réfugié à Rome, l'archiprêtre de Dacys, Dorât, offrant au roi sous condition les services du parti : « Chasser la Compagnie de Jésus ' ». Le neveu a mandé en mars 1699, de Rome, à l'oncle : « L'archiprêtre est excellent ». Il écrit le 26 octobre à un autre de ses complices, le chef et l'ânie du parti janséniste à Rome '^ , Maille, autre réfugié français, devenu professeur d'histoire à la Sapience, une lettre qui figure, ainsi analysée avec la clet des noms de guerre, dans les papiers du cardinal Fabroni, l'ami de Fénelon :

« L'abbé Bossuet, qui était de retour de Rome, alla visiter Maximin (l'archevêque de Rouen, Colbert), et Martin (l'évêque de Beauvais, le cardinal de Janson). Maximin ■* est plus que jamais dans les bons sentiments : sur tout prêt à dire pour les jansénistes et contre les jésuites^ mais Martin est toujours politique ; et parce quil est politique,

* Lettre au Vicaire capitulaire de Pamiers, Cerle, en 1689. Bibliothèque de la Triniié-des-Monts, K. K. i. 12, n" 31.

* Lettre de 171 1 du P. Daubenton, jésuite, correspondant de Fénelon,

' Je mets en italique ce qui parait être le texte même de l'abbé Bossuet.

il est un peu retenu sur le sujet des Peintres (c'est-à-dire des {Jésuites, qui alors n'étaient pas trop bien à la Cour par le grand crédit que messieurs le cardinal de Noailles ', l'archevêque de Reims et l'évêque de Meaux y avaient : et ils étaient tous unis contre les Jésuites). « On propose le dessein des jansénistes politiques ^ qui est de se déguiser et de condamner les Cinq Propositions, mais de bien établir la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas. La grande industrie des soldats (c'est-à-dire des jésuites) est de discréditer leurs adversaires en les accusant de jansénisme. On ne pourra faire entendre en rien Michel (c'est-à-dire M'"'= de Maintenon) qu'en condamnant le jansénisme aussi bien que les jésuites. En agissant de la sorte on attaquera avec succès les artisans (c'est-à-dire les jésuites) sur leur morale, V amour de Dieu, etc. : par là nulle ressource ^

« On ne sait ce que c'est que l'affaire des Perles ou âits Portes, qui est de la dernière importance pour décréditer les peintres {\es jésuites). Gérard (grand vicaire de Mgr de Meaux appelé Phelippeaux) a fort encouragé là-dessus, mais cela dépend de la Boutique (des amis de Rome). Il faut que Hilaire (cardinal Casanate) se signale et quon nait aucun ménagement ^

« L'abbé Bossnet, depuis son retour de Rome, n'a pas c -c^re vu Urbain (cardinal d'Estrées). ToMf est d accord sur le fait de Perrin (cardinal de Bouillon). Mais sur celui des peintres (des jésuites) et de Gilbert (le P. de la Chaise), Urbain (cardinal d'Estrées) et Martin (cardinal de fanson) sont à ménager, aussi bien que Théodose (l'archevêque de Sens), Didier (l'évêque d- Meaux) et Gérard (son grand vicaire Phelippeaux) seront de l'assemblée du clergé *. »

fansénistes politiques 1 C'est le titre dont se targuent les deux Bossuet, oncle et neveu, ne faisant qu'un, pour se faire accepter et valoir auprès des jansénistes francs qui s'accommoderont mal de

^ Noailles n'était pas encore cardinal en 1699. L'analyste a écrit un peu plus tard.

* Pour les jésuites .

3 II s'agit, sans doute, des cérémonies chinoises. Un gros orage va se déchaîner contre les jésuites à ce sujet.

■* Bibl. vaticane, 8375, n" i.

leur machiavélisme. C'est le duplicata bien cynique du mot échappé i Boileau en présence de la lettre pastorale amphibie de l'archevêque de Paris, où le baume joint à la plaie, est de Bossuet : Voilà Jansénius condamnéy et le jansénisme sur le pinacle !

Bientôt va s'ouvrir la campagne de ces jansénistes raffinés se disant plus aptes que les autres au grand œuvre : attaquer avec succès les artisans, les exécrables jésuites. « On ne pardonne rien aux peintres, écrira le 14 décembre l'abbé Bossuet à Maille. Les artisans ne tiennent que par Gilbert (le père de la Chaise) et par leur puissance. Us souffrent cruellement de voir V union du novice (cardinal de Noailles), de Didier (évêque de Meaux) et de So:{yme (archevêque de Reims). »

Noailles, « un simple religieux dans la monarchie jansénienne ' », doit attendre deux ou trois ans pour s'appeler Dom Antoine de Saint-Bernard ; il n'est encore que le novice. Bossuet s'appelle Didier ^ du nom d' « un des grands hommes de l'Université qui écrivirent contre \cs Mendiants » au xiii" siècle -, et que saint Thomas a mis au nombre des hérétiques. Le Tellier a le nom du fameux prêtre cénobite, Sosyme, qui rencontra dans le désert la pénitente Marie l'Egyptienne, la communia et l'ensevelit, nom particulièrement cher aux Solitaires de Port-Royal. Ce triumvirat épiscopal des jansénistes politiques commence à Paris ses savantes manœuvres.

« Le samedi 23 (janvier 1700), il (Bossuet) eut le matin un rendez-vous chez M. de Reims, et l'après-midi il partit pour Versailles. Le soir, la conversation roula sur la morale des Casuistes. Il eu parla comme un homme plein de desseins contre ce poison, et je ne doute pas, ajoute Ledieu, que ce ne fut un etîet des entretiens précédents avec les prélats... Le dimanche 24... il ajouta que cela (la venue de Jésus-Christ au monde pour apporter le remède à la corruption de la doctrine par les Pharisiens et les Docteurs de la loi) lui faisait penser que Dieu préparait un grand remède à son Eglise en ces derniers temps, où la morale était entièrement corrompue. » Bossuet et Le Tellier, entraînant Noailles, vont donc sauver l'Eglise

VLeoendre, Mémoires,^. 264.

* MoRERi, Didier, Lombard.

en la purifiant ^^ /« 7noraIc entièrement corrompue des jésuites. Quels nouveaux Christs, quels réformateurs de la morale que ces anges de vertu, Didier et Sosyme !

Bossuet, ayant ordonné prêtre le i8 avril son neveu, après vingttrois jours passés au séminaire, )'a nommé son grand vicaire^ et, le 13 mai, Ta fait nommer député du second Ordre à l'Assemblée générale du Clergé qui va se tenir le 25 à Saint-Germain. Le 22, l'abbé ayant pris à Notre-Dame le bonnet de docteur... l'oncle et le neveu vont ensemble exécuter avec acharnement leur dessein des jansénistes politiques. Les lettres de l'abbé Bossuet à Maille sous les yeux, le P. Daubenton, jésuite, assistant de France auprès du général, écrira à Fénelon : « On y découvre tout le manège de l'assemblée de 1700, le dessein de pousser à bout les jésuites et d'épargner les jansénistes '. »

* Lettre de 171 1.

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