‹ Étude critique sur Bossuet, avec une not. nécrol. et une préfChapitre 36 sur 48 · LITURGIE GALLICANE DE MEAUX · texte numérisé non relu

LITURGIE GALLICANE DE MEAUX

Nous venons de voir que Bossuet veut faire adopter par l'Allemagne la liturgie parisienne née d'hier, ou telle autre liturgie gallicane pareille, au lieu de la liturgie romaine. Bravant la bulle de saint Pie V et le péché mortel attaché à sa violation, selon le mot de Suarez, grave peccaiiim esset ^, l'évêque de Meaux va fabriquer pour ses diocésains une liturgie de ce genre et la leur imposer.

Au mois d'août 1702, Ledieu, parlant du chanoine de Paris Chastelain qui a travaillé au Bréviaire de Harlai, écrit : « Vendredi 4, coucher à Germigny, où M. l'abbé Chastelain est aussi venu, étant parti avec nous de Paris : c'est pour travailler au nouveau bréviaire et prendre avec lui (Bossuet) de bonnes mesures pour avancer l'exécution de ce dessein... Nous avons commencé, M. l'abbé Chastelain et moi, à travailler au calendrier de notre nouveau bréviaire ». Tous les saints fêtés à Meaux comparaissent donc à la barre de ces messieurs : tels y gagnent, tels y perdent, tels sont réformés sans merci, comme « saints douteux, ou peu connus ». On retranche plutôt qu'on ajoute. L'abbé Bossuet « propose toujours de nouveaux changements, M. de Meaux l'écoute », et « je vois, écrit Ledieu, le 28 février 1703, le moment que nos premiers projets vont être renversés ». On aboutit cependant, le 20 mars, à une entente. « Ce soir, dit Ledieu, M. de Meaux a achevé d'entendre la revision

1 Di Reli^ioiic, tract. VI, 1. IV, DcHoris canonicis. cap. xi, n" 3.

<lu calendrier jusqu'à la fui, M. Phclipeaux présent; et Ton a mcnic repasse tous les endroits qui faisaient quelque peine ; sur quoi M. de Meaux a conclu suivant les premières idées, hors trois choses qu'on laisse à la délibération du chapitre : la Visitation et saint Martin avec leurs octaves ; les trois fêtes de saint Mathias, de saint Barthc'lemy et de saint Thomas, que l'on propose de rétablir fêtes d'obligation pour l'unilcrmité du culte entre tous les Apôtres, en retranchant celles de saint Sébastien, saint Joseph, sainte Madeleine, sainte Anne, saint Laurent,- saint Louis et saint Nicolas, et quelques saints ou translations de peu d'importance. Au reste, M. de Meaux prend peu de plaisir à toute cette résolution ». En effet, le 25 juin, il va rejeter « le propos d'un voyage de Meaux pour mettre ce travail (du Bréviaire et du Missel) en train, en prenant avec lui et son chapitre une résolution finale ». C'est qu'il tient à rester à Paris pour diverses raisons trop peu louables, à Paris où il doit mourir, absent depuis un an et demi de son diocèse. Mais il mourra ayant toujours à cœur le « Bréviaire qu'il voulait faire ».

Ce Bréviaire sera fait par son chanoine théologal, qui l'a canonisé en face, du haut de la chaire^ le fameux janséniste Treuvé. Le Missel « en conformité avec le Missel de Paris », et que Ledieu présentera à l'archevêque « comme étant... de l'esprit de teu M. de Meaux », fera scandale. Ledieu a obtenu du nouvel évêque « qu'il y sera fait des rubriques pour répondre Afiien par le diacre, par l'enfant et par chaque fidèle aux paroles de la consécration * ». C'est l'abolition de la loi dans l'Eglise latine du secret des Saints mystères. L'évêque, dont la religion a été surprise, s'empressera, par un mandement du 22 juillet 1710, de condamner ces Amen. Il évitera ainsi les justes foudres de Rome que « l'esprit de feu M. de Meaux a de nouveau provoquées ».

' Ledieu, 26 juillet 1709.

LU

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