‹ Étude-critique sur l'Évolution des Idées relatives à la nature des Hallucinations vraiesChapitre 10 sur 16 · Souligné par nous · texte numérisé non relu

Souligné par nous

omis même dans un historique dont nous ne retenons que les idées générales. Rappelant cette notion physiologique que les centres corticaux sont des centres sensorio-moteurs, il admet que, dans les hallucinations motrices verbales, une excitation morbide des centres corlicaux du langage fait naïtre à la fois et l'image sensorielle des mouvements correspondant à la représentation verbale propre des éléments excités et l'impulsion rélative à ces mouvements eux-. mêmes. Cette dernière, suivant l'intensité de l'excitation morbide produit dans les nerfs et les muscles, destinés à la prononciation de la parole en question, des modifications d'innervation périphérique analogues à celles qui parviennent à la conscience quand le mouvement es exécuté, alors même qu'il n'a pas: eu lieu; à un degré plus intense, l'impulsion détermine des mouvements périphériques si légers et si courts que le malade seul peut les percevoir ; enfin, si l'intensité est encore plus forte, les mouvements deviennent perceptibles aussi pour l'observateur.

Jusqu'ici, rien qui n’ait été fort bien dit en premier lieu, dès cette époque, par M. Séglas, mais ce qu'il y a de particulièrement intéressant chez le psychiâtre italien, c'est l'extension qu’il a donnée à cette notion : « Ce que nous venons de dire sur la genèse des hallucinations motrices, fait-il remarquer, doit pouvoir être étendu à toutes les hallucinations en général. En effet, non seulement pour les centres dits moteurs mais aussi pour tous les centres corticaux en général, l'opinion qui tend

de plus en plus à être acceptée est celle qui admet que

ces centres, moteurs ou des sens spéciaux, ne sont que des centres sensorio-moteurs des diverses parties du corps aveclesquelles ils sont en relation fonctionnelle ; que chaque centre cortical est à la fois le centre de perceplion des impressions générales ou spécifiques de la partie du corps correspondante et le point de départ de l'impulsion pour le mouvement propre de cette même partie.

Cette idée entraine une modification de la conception générale des hallucinations comme fonction morbide des centres corticaux. |

Si l’état d’irritation spéciale capable de provoquer une hallucination se produit dans un des centres sensorio- -moteurs des membres ou de la face, elle donnera naissance à la perception morbide des mouvements, associée à des sensalions correspondantes cutanées el musculaires, c’est-à-dire à une hallucination motrice. Si cet état irritatif a son siège dans les centres des sens spéciaux, par exemple dans celui de la vision, outre la perception morbide sensorielle (hallucination visuelle), on aura encore la sensation des mouvements de l'œil correspondant à l’acte fonctionnel, puisqu'au même moment où l’excitation du centre cortical développe une perception visuelle, elle fait naitre en même temps par l’excitation des éléments moteurs connexes l'impulsion motrice correspondante vers les muscles de l'œil ‘accompagnée de l’image correspondante du sens musculaire; d'où l'image motrice qui accompagne la perception visuelle morbide. On explique ainsi, sans qu'il soit

besoin de recourir à l'hypothèse d'un courant senso- R. Mourgue | 8

— 38 — | riel centrifuge admise par quelques auteurs, le fait de la projection et de la localisation extérieure de l'hallucination, spécialement, visuelle, puisque, par J'excitation morbide du centre corlical visuel, se produit, par suite de l'excitation de seséléments sensorio-moteurs propres, un mouvement réel d'accommodation qui accompagne la sensation réelle ou la fausse sensation du mouvement correspondant, ce qui pour la conscience est tout à fait la même chose, et tout s’accomplit pour elle comme si la sensation. visuelle avait eu lieu réellement » (40, p. 587).

Malgré sa longueur, nous avons tenu à citer ce pas- ‘sage in extenso, parce que.c’est une modification apportée par l’auteur à la première expression de ses idées, à laquelle on n’a pas généralement apporté, en France, toute l'attention qu’elle mérite (1). :

La théorie primitive de Tamburini que nous avons vu critiquée en France par Joffroy peu après son apparition, devait être encore remaniée dans son pays d’origine et donner naissance à la plus récente des théories anatomo-physiologiques de l’hallucination : celle de Tanzi.. , ya en effet dans la manière dont Tamburini a conçu le phénomène qui nous occupe une impossibilité anatomique, dont on se demande comment elle à pu aussi longtemps passer inaperçue. Si les hallucinations

résultaient d'une activité morbide des soit-disant centres

perceptifs, du centre visuel par exemple, l'image pro-

jetée serait affectée d'hémianopsie dans la très grande

1. Il en est de même en Italie; Arturo Morselli, dans son Manuel de-

psychiâtrie, paru en 1915, omet complètement ce pointf'de la théorie de Tamburini,

majorité des cas ; car il n'y a pas lieu de penser que - l’excitant chimique : toxines pyrétogènes, alcool, etc., agit à la fois et symétriquement sur les deux hémis- -phères. Comment donc concevoir le schéma anatomique, en respectant cette condition ? Pour cela Tanzi accepte: ‘le postulat qui semble découler de l'observation clinique et que R Y Cajal présente comme une hypothèse plausible : la bilatéralité et la symétrie topographique: des centres perceplifs, l'unilatéralité des centres primaires el secondaires de mémoire (1). H faut donc supposer que-l'image extériorisée par l'hallucination pro - : vient du centre de mémoire, d’où, par une marche inverse de celle qui est habituelle, elle est transportée au centre de perception, au moyen des fibres mnémoperceptives. Parvenue à ce centre, elle y détermine la sensation visuelle, par exemple, avec ses deux attributs principaux : l'extériorisation et la croyance que l’image ést provoquée par un objet réel, placé hors de nous (42) Tanzi, dans son Trattato delle malattie mentali, donne un schéma qui fait bien comprendre cet exemple. On. saisit alors ce qu'il veut dire, lorsqu'il écrit que « l’origine de toutes les hallucinations véritables est transcor-

ticale » (43, p.125) 2 Tanzi insiste beaucoup sur ce fait que le phénomène hallucinatoire ne peut être confondu avec les processus de la représentation. « L'hallucination, dit-il textuellement, n'est pas une représentation spasmodique, mais

diffère de la représentation par la qualité et le siège »

LCR Y Cajal, Histologie du système nerveux de l'homme et des vertèbrés, édition française, t. II, p. 874 et suiv. Maloine, 1911. ©

— Go = (/bid.). Notons, en passant, que Tanzi, malgré son point

de vue anatomique, admet implicitement que les

données subjectives sont à la base de ses idées. « Etant

donnée la séparation du siège des processus de représentation et de celui des sensations, on peut concevoir qu'une hallucinalion étant subjectivement identique à une sensation, occupe la même portion de la corticalité et se partage entre les deux hémisphères » (/bid.).

« En somme, conclut Tanzi, it y a un point commun: entre la théorie classique de Tamburini et la présente : l'identité de siège, sinon d'origine, entre les phénomènes sensoriels et hallucinatoires. Sensations et hallucinations font donc « bon ménage » (1), dans les mêmes centres corticaux... De cette manière les hallucinations arrivent à acquérir une individualité propre. Par leur provenance transcorlicale, ce sont d'anciennes représentations (plus ou moins conscientes) ; par leur déterminisme pathologique, ce sont des associations aberrantes, extraordinaires, régressives ; par leur aspect subjectif et par leur siège cortical dans lequel se développe la partie culminante du phénomène hallucinaloire, les hallucinations ne sont pas autre chose que des sensations en tout sem-

blables aux sensations réelles et tout à fait différentes des représentations » (/bid.).

.. Ces théories anatomiques de l'hallucination, presque universellement acceptées par les neuro-psychiâlres, sont à rejeter, en.ce qui concerne leur schématisme grossier.

Elles ont, en effet, été édifiées avec le concept classique

1, En français dans le texte,

PAPE SPEARS Den

Page 1