‹ Étude-critique sur l'Évolution des Idées relatives à la nature des Hallucinations vraiesChapitre 9 sur 16 · LATE · texte numérisé non relu

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sur l’aliénation mentale, et c'est. contre. cette tendance

qu'il a voulu réagir (33. p. 3). Pour luiles différents phé-

nomènes qui entrent dans la composition du. processus: morbide. de l'hallucination peuvent se résumer ainsi: (4° L'achvité spontanée des cellules de la couche optique; activité provoquée par des causes variées ; 2 L'irradia. tion de cette activité fictive vers les cellules de la, substance. corticale: 3° L'entralnement consécutif de ces mêmes cellules. corticales, qui meilent en œuvre ces matériaux erronés avec la même logique que s'ils étaient réels (53, p. 51). Si onfait abstraction du rôle hypolhétique prêlé à la couche optique, rôle sur lequel certains auteurs contemporains lendent à revenir, on, verra, par ce qui suit, combien la théorie exposée par M. Ritti. dans sa thèse, se rapproche davantage: de la. théorie de Tansi, la plus récente des théories cérébrales, que de.celle de Tamburini. Dans tous les casil n'est que

juste d'insister sur ce point que c'est le travail de M. Ritti

qui est la première forme prise à l'époque contempo-

raine par la théorie anatomique, puisqu'aussi bien on peut légilimement, comme on l’a vu, faire remonter celle-ciau carlésianisme. C'est qu'en eflet. au point de vue historique lamalomie pathologique a été pour là médecine générale la. première base objective, qui. parût lui permettre: de se constituer à l'état de, science’; il était tout naturel qu'il en, fût, de, même pour la psyéhiàtrie. En ce sens l& tentative où plutôt le programme. esquissé par Parchappe el, réalisé en partie par M. Ritti constituait un véritable progrès. Hufin histoire. de la médecine nous appremd. que: chaque période est,

caractérisée par un ordre de préoccupations dominantes,

que d’aucuns n'ont pas hésité à comparer, d’ailleurs de fe

facon superficielle, aux variations de la mode.

Une des raisons profondes du succès des théories ana-

tomiques a été aussi les désillusions que rencontraient L tous les auteurs qui essayaient de rattacher à une hypothèse satisfaisante l'explication de l’hallucination. En. 1874 une discussion sur ce problème avait eu lieu à la | À Société de psychiâtrie de Berlin ; Voici quelle était | (d’après lecompte rendu)la conclusion d' un des membres : « M. Lazarus ne peut attendre de la continuation de la discussiog aucun avancement de la question. Jusqu'à | | présent aucune des théories proposées n’est démonstra- | 4 tive ; il n’y a pas de recherche accomplie qui puisse résoudre la question encore ouverte. Lui-même (M. La- , zarus) n’a proposé aucune opinion définitive,, mais considère seulement comme résultat réel la position de la question » (29, p. 261).

Nous sommes d'autre part dans la période qui a vu , éclore les découvertes les plus importantes dans le domaine de la neurologie. C’est l’époque héroïque, sil’on * ; peut s’ exprimer ainsi, des localisations cérébrales. C'est ce qui avait frappé particulièrement Tamburini qui, en collaboration avec Luciani, le grand physiologiste italien, ! avait pris partà ces recherches. Aussi insistett-il partiéulièrement sur les localisations sensorielles. Nous em- 100 pruntons d'ailleurs les faits suivants à Tamburini lui 1 même (39). En 1876 Ferrier avait localisé chez le singe le centre cortical de la vision dans la circonvolution

angulaire et celui de l’ouïe dans la première circonvo-

L] ; ) lution temporo-sphénoïdale, Ayant excité ces points à l’aide de l'électricité il avait observé des mouvements

dans l'œil et dans l'oreille, qu’il avait interprété comme

dus à la production de sensations visuelles ou audi-

ives (1). Munk fut également conduit à placer le centre visuel dans le lobe occipital, le centre auditif dans le lobetemporal (2) Luciani et Tamburini lui-même avaient été amenés, par leurs expériences (3), à conclure que chez le singe et le chien, le centre visuel-cortical se trouve dans les circonvolutions pariéto-occipitales, le centre auditif dans les circonvolutions temporales supérieure chez le singe et dans la région correspondant à la troisième circonvolution externe chez le chien ; que la cécité et la shetitté produites par la destruction de ces centres sont une abolilion propre et réelle de la faculté sensorielle, Ces régions, ajoutaient-ils, ne serviraient

donc pas simplement de dépôt aux images mnémo-

niques des sensations, ce seraient des centres propres

de perception, ( Eye PAU

Dans le domaine de la clinique, Nothnagel *4) rapporte des observations cliniques et anatomo-pathologiques qui montrent chez l'homme l'existence de centres visuels et auditifs dans les régions pariéto-occipitales et temporales de l'écorce. Notons,en dernier lieu,

quoique Tamburini n’y insiste pas, que cet auteur avait

À. The function of the Brain, Lond., 1876.

2. Berlin khnische Woch., 1877 ; Verhandl. d. physiol. Gesellsch zu, Berlin, 1877-1878-1879, 3. Luciani et Tamburini, Ricerche sperimentali sull funzioni del cervello : centri psycho-sensori-corticali, Reggio-Emilia, st ‘4, Nothnagel, Topische Diagnostik der Gehirnkrankh. Beflin, 1879.

Le ere

dû être frappé par les expériences de Fritsch et Hitzig:

sur les centres moteurs corticaux des membres chez le:

- chien etlareproduction expérimentale de l'épilepsie jack-

sonienne par des excitations appropriées.

« Tous ces faits qui établissent d'une façon positive

l'existence de centres sensoriaux dans l'écorce cérébrale

c’est-à-dire de points où se concentrent toutes les

impressions venant de l'extérieur pour se transformer

en perceptions et s'y déposer sous forme d'images mné-

moniques vont nous expliquer, dit Famburini, la. genèse des hallucinations... De même qu'un centre moteur

: produit des mouvements désordonnés et intenses (mou-

vements épileptiformes), de mème l'excitation dun

centre sensorial doil produire des sensations patholo-

giques » (39, p. 141).

Voyons maintenant quels sont les faits qui, d’après

Tamburini, viennent à l'appui de- cette hypothèse de l'hallucinalion conçue comme «€ un élat irritatif des cenires sensoriaux de l'écorce ».Trois conditions doivent

être remplies pour qu'on puisse l'accepter : « 1° être-en.

harmonie avec les faits physiologiques ; 2 être ap-

puyée par les faits cliniques ; 4° expliquer tous les cas des hal'ucinations apportées par les partisans des origines périphérique, centrale où mixle, » Pour ce qui est, du premier point, Tamburini semble accorder une grande imporlance non à un fait Mais à une wnlerprétation d'expérience, que nous avons déjà citée. Tamburini dit en éffet textuellement : « Nousajouterons seulement qu'une telle: doctrine, qui paraissait nécessaire même quand la physiologie n’avait encore apporté aucune preuve: en sa

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! — 31 — faveur. ,se trouvait déjà en germe dans l'interprétation donnée par Ferrier à propos desmouvements de l'oreille

| et de l’œil amenés par l'irritation électrique, des zones sensorielles superficielles : pour: lui, c'était par suite: de { la production. de sensations subjechves (optiques. ou auditives) projetées à l'extérieur que l'animal tournait les | yeux ou, inclinait les, oreilles comme pour ‘des impres: sions réelles » (/bid.),

2 Les faits analomo-pathologiques, de l'aveu même de notre auleur, sont foin d'être nombreux et démonstratifs. Il est vrai qu'il s’agit de phénomènes transitoires, —les lésions ne devant être que purement irrilatives,

: + . . ÿ 3 He ok Tamburini cite cependant le cas de Gowers, dans lequel

DU Y eut des ballucinations de Ja vue, et où la zone visuelle corticale fut trouvée lésée à l'au topsie ; les hoi-

| lucinalions de l'œil gauche étaient prédominantes, comme les lésions du même côté. Il cite aussi un cas

| personnel d'une malade qui avait eu des hallucinations intenses dé-tous les sens: et qui avait « un ramollisse- | ment de l'écorce de là deuxième circouvolution frontale | étendu jusqu'à l'origine de la première temporale — outre d'autres lésions importantes du cerveau et du “plusieurs viscères » (4id.) (1). Sans doute, depuis 1881, date à laquelle il fit connaitre: ses idées en France par l'arlicie, duquel nous empruulons ces délails, Fam | Puriri & pu’ recueillir:de nouveaux cas, mais rmporlait

| dei faîre remarquer quelle pénurie de l'ails, au porut de

- 4. Soulignéyan nous. : . hnièirs

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vue clinique, était à la base de sa théorie. D'ailleurs lui-même le reconnait, lorsqu'il écrit : « Nous pouvons dire hardiment que l'étude des rapports entre les hallucinations et leurs lésions est encore à commencer. On conçoit combien il est difficile de pouvoir trouver aujourd'hui des faits cliniques qui les mettent en évidence... Les faits cliniques peu nombreux que nous avons pu recueillir militent donc en faveur de notre théorie, et nous croyons ne pas nous tromper en affirmant que des recherches ultérieures, soigneusement faites sur l'écorce cérébrale, chez des individus qui ont présenté des hallucinations comme symptôme constant et prédominant, confirmeront pleinement le rapport sur lequel nous appelons l'attention ; d’ailleurs la chose est déjà prouvée pour les lésions de caractère destructif » (Ibid.). Ê |

3° Ce qui parait beaucoup plus séduisant dans les idées de Tamburini, c’est la solution apparente qu'elle semble fournir des difficultés présentées’ pour les autres théories. Ainsi une personne dont l'esprit a toujours été sain ou l’est redevenu peut avoir des hallucinations visuelles ou auditives, tandis que l'intelligence reconnaît parfaitement l'erreur ; un tel fait, prétend l’auteur italien. est inexplicable avec la théorie périphérique ou la théorie psychique. « La nature compliquée, élevée, intellectuelle pour ainsi dire du phénomène exclut l'origine péripherique.' L'’intégrité ne se concilie pas avec la seconde théorie; si, au contraire, on place le point de départ dans les centres sensoriaux, On conce-

vra que les hallucinations puissent avoir toute l'appa-

eg = — nn

pe CR RS rence d'impressions réelles et que l'intelligence en reconnaisse la fausseté » (Zb1d.).

Tamburini n'est pas plus embarrassé pour expliquer les faits d'illusions en rapport par exemple avec des lésions de Ja .rétine ou du nerf optique; en effet pour lui les illusions ne sont qu'une manière d’être des hallucinations dans laquelle l'excitation au lieu d'être autochtone, part de l'extérieur, et est simplement transformée et dénaturée par le centre malade.

| En résumé : « Tous les faits relatifs aux hallucinaions qui peuvent être difficilement expliqués par les autres théories le sont facilement avec celle-ci. En se fondant sur les conquêtes récentes de l'anatomie, de la physiologie et de la clinique, elle admet comme cause fondamentale un élat d'excitation des centres sensoriels corticaux, c'est-à-dire de ces points de l’écorce cérébrale où se perçoivent les impressions reçues par l'intermédiaire des différents organes et où sont dépo sées les images mnéoniques sensorielles » (/bid.).

Nous n’avons pas l'intention, bién entendu, d’exami-

ner dans quelle mesure sont justifiés les emprunts —

que Tamburini a fait au domaine de la physiologie ; —

qu'il nous suffise de rappeler qu'il semble bien démontré que les localisations effectuées par les physiologistes sont des localisations de sensations primaires et encore faudrait-il s s'expliquer longuement sur le sens nouveau qu'on donne aujourd’hui à ce terme de localisation. Aucun fait ne permet actuellement de parler de localisation de perception et quant à la localisation di ima-

ges muémoniques. sensorielles elle est plus que dou-

: por 34 cite teuse après les travaux (surtout ceux de M. Pierre Marie) ‘qui ont présidé, dans ces dernières années, à la révision de la question de l’aphasie (1). Sans doute nous n'avons pas à en donner la démonstration, qui demanderait un gros volume,‘ car nous ne reliendrons pour le moment de l'exposé que nous avons

fait de la théorie de Tamburini, que deux points, qui

nous semblent ressorlir de cet exposé lui-même : : 1° cette-

théorie Fépose Sur une base psychologique insuffisante, en ce sens qu ’élle ne comporte pas, ‘chose primordiale en la circonstance, l'étude préalable de l'état mental des malades présentant des |hallucinations ; 2° faute de

s’être livré à cette analyse préalable, Tamburimi semble

bien s'être contenté de traduire en un langage anätomophysiologique hypothétique, la même hypothèse psychologique sous-entendue dans presque toutes les théories de l’hallucination, à savoir : que l'hallucination est une image acquérant une intensité telle qu’elle passe à l’état de sensation. Lélut l'avait déjà dit: « L'hallucination est la transformation de la pensée en sensation ».

Aussi bien Joffroy n’hésita pas à dénoncer le simplisme de la théorie de Tamburini, qui eut beaucoup de succès, à cause du langage anatomique qui faisait illusion et fait encore illusion à beaucoup de psychiâtres. Voici comment il s'exprime dans une leçon, publiée en 1896 dans les Archives de neurologie: «Si une lésion cérébrale détruit un centre, elle se traduit alors symp-

1. Rappelons que, dès 1896, M. Bergson, dans son livre Matière et Mémoire, en s'appuyant sur les observations alors publiées, était arrivé aux mêmes conclusions sur ce point particulier.

di

ru

ls

Re tomatiquement par la suppression de la fonction : sielle ne fait que l'irriter, elle modifie son fonctionnement, donne lieu à une exagération ou à une perversion de la fonction : à de la contracture, à des convulsions, à des mouvements choréiques s'il s'agit d'un centre moteur, à des sensations lumineuses, à de l'amblyopie, à des

bourdonnements d'oreilles, à des sifflements, à des four-

millements, à des engourdissements, sil s’agit des

centres de la sensibilité visuelle, auditive ou tactile ; mais Jamais le cervèau élant normalement constitué, la lésion ne donnera lieu à tune hallucination (D: En d'autres termes, il me suffit pas, pour produire ‘uné haïllucination, d’activer un centre sensoriel par une

lésion irritative, quelque chose de plus est nécessaire,

‘il faut que ce centre soit modifié, il faut qu'il soit pré-

paré d’une manière originelle ou acquise, il doit avoir cette disposition anormale qui le rend hallucinogène; et c’est pour cela qu'iln’y a pas de lésion produisant d’emblée des hallucinations comme on pourrait parfois être tenté de le croire... » (24, p. 108-409).

La même année, au Congrès de Nancy (août 1896), M. Séglas, tout en conservant la théorie de Tamburini « dans ses grandes lignes » faisait les plus expresses réserves sur son caractère par trop simpliste (36, p.56).

Cependant Tamburini, après les premiers travaux de

M. Séglas dont nous parlerons plus loin, avaït fait

subir à sa théorie quelques modifications qui nous

paraissent d’une trop grande importance pour être

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