‹ Étude-critique sur l'Évolution des Idées relatives à la nature des Hallucinations vraiesChapitre 12 sur 16 · Souligné par nous · texte numérisé non relu

Souligné par nous

;°2 Jdems, 1;

phénomène non moins remarquable. Il arrive que la

production de la pensée, qui chez nous n’a pas d'autre

signe que la pensée elle-même, s'accompagne de la sensation d’un bruit qui en fait comme une pensée parlée, sans le secours des organes de la voix. Le malade qui l'éprouve, en même temps qu’il pense, entend ses pen= sées ; et de ce qu'il les entend, il conclut que les personnes qui l'entourent les entendent aussi ; de là, pour lui, un grand sujet d'inquiétude et de tourment.

Quand il a des pensées simples ou des pensées parlées, dont les -unes émanent distinctement de son individualité tandis que les autres ne lui paraissent pas venir de lui-même, le malade fait des dialogues, des causeries, des disputes : c’est le cas de la plupart des . hallucinés. a

Pour expliquer ces deux individus dans une seule personne (1), j'avais imaginé de les placer chacun dans un lobe du cerveau » (27,:p. 182 et 184).

Ainsi que nous le verrons c'est l’essentiél de la théorie qui à été soutenu, de nos jours, par Gilbert Ballet ; notons cependant que ces idées sont restées chez Leuret à l’état isolé et que les passages que nous avons cités sont les seuls à notre connaissance, où elles se trouvent exprimées. |

G’est incontestablement à Moreau (de Tours) que revient le mérite d’avoir étudié, de façon très pénétrante, l’état de conscience tout à fait particulier au

- GOUrS duquel apparaissent les hallucinations. Nous Jui

devons en effet deux notions, dont l'étude a été reprise

45 Souligné par nous.

LG

de nos jours par les psychiâtres de langue germanique :

celle des états crépusculaires (31, p: 190) et celle de la pensée aulistique, pour employer la terminologie de Bleuler.

C'est qu’en effet Moreau (de Tours), suivant une excellente méthode sur laquelle J.-P. Fabret a beaucoup insisté, a recherché le fonds mental qui sert de substratum aux hallucinations: par là même, il s’est placé au point de vue pathogénique : « L'origine première, la cause essentielle des hallucinations est une, invariable, toujours identique à elle-même. Elle réside dans un état particulier de l'organe intellectuel: c'est en développant cet état qu’une foule d'agents intérieurs et extérieurs, physiques et moraux, peuvent devenir la cause,

mais la cause purement forluite, indirecte des hallucina-

tions; sans cela, ces agents, quels qu'ils soient, sont

radicalement frappés d'impuissance.

Cette cause essentielle, est-il besoin que nous la nom-

mions ? C’est celle de tout phénomène morbide de l’entendement, c'est l'excitation » (31, p. 172).

Qu'est-ce que Fercitation ? C'est, sous un terme banal, une notion dont on a beaucoup parlé dans la littérature psychiâtrique contemporaine : « J ‘emploie à dessein ce mot dont nous avons fait usage précédemment, afin que l'on comprenne bien que nous n'y atta chons d'autre sens que. celui de dissociation des idées (1), sans rien préjuger de la nature et de la cause de cette

dissociation » (/äid., p.225, note 1). Cet état de disso—

cation; que Moreau (de Tours) qualifie dans un passage

1; Souligné par nous.

Ro: Do CR

de son ivre (1bid., p. 190) d'état crépusculaire n’est pas autre chose pour lui qu'un état de demi-sommeil, qui | prend naissance dans des conditions particulières à (influence des narcotiques, de la faim, de la soif, etc.) et qui est caractéristique de Faliénation mentale. 4 Les liens qui nous rattachent au monde extérieur se relà-

chent, se brisent ; la conscience de nous-mêmes s'affaiï blit, et nous passons de la vie réelle à celle de l'imagination ; insensiblement, les objets qui n'existent que par : cette dernière faculté nous impressionnent comme la réalité même, comme cela arrive dans un songe ; répétons-le encore, nous rèvons tout éveillés; nous confondons ensemble les perceptions de la vic'réelle avec les perceptions de la vie imaginaire » (bid., p. 313).

C'est dans cet état qu'apparait le phénomène hallucinatoire. Celui-ci, pourrait-on dire, alors n'est qu'un cas particu! ier d’un mode plus général d'activité cérébrale : « De ces données générales, il résulte : 1° qu il n'existe pas... à proprement parler, d hallucinations, mais bien un état hallucinatoire; 2° Il faut voir dans les halluci-. ; nations un phénomène psychologique très complexe qui

u'est, pour ainsi dire, qu'un côté, une face de l'activité de l'âme vivant de la seule vie intra-cérébrale » (/bid.,

p. 351). Et ailleurs : « L'état hallucinatoire n'est pas seulement, comme on l'a dit un fait anormal de la à la faculté perceptive. Il comprend l'intelligence tout eutière réfléchissant, comprenant, jugeant, exprimant ses craintes, ses désirs, ses espérances, son désespoir, n'ayant plus conscience de ses propres ‘actes, privée de son moi, se dédoublant, pour ainsi dire, dé telle sorte

qu'une parlie d’elle-même puisse entrer en relation

d'idées, en conversation avec l’autre partie » (/bid.,

Baillarger avait bien vu aussi que l’hallucination ne

peut se développer que lorsque la personnalité du sujet

subit un trouble particulier qu’il à comparé, dans cer-

tains passages de ses écrits, sans d’ailleurs insister, à

l'état de réve: Ajoutons d’ailleurs qu'il ne s’agit là que

d’une simple analogie, car, contrairement à ce que pen-

‘sait Moreau (de Tours), les images du rêve et l’halluci- -

nation sont pour lui deux phénomènes tout à fait dis-

tincts : « Quand les malades, après leur guérison, dit-il,

rendent compte de ce qu’ils ont éprouvé, il leur semble qu'ils sortent d'un véritable état de rêve. Lorsque les hallucinations débutent, elles sont souvent accompagnées d’un état spécial auquel j'ai donné le nom d'état

d'hallucination. Les malades perdent momentanément.

conscience de tout ce qui les entoure et ils tombent :

dans une sorte de rêve » (2, p. 438).

Ce n’est qu’en 1876 que l’on voit reparaître cette

notion de la dépersonnalisation, à propos du sujet qui:

nous occupe, dans les Leçons sur les maladies mentales, que Ball professa à la Faculté de médecine de Paris : « L'un des faits les plus étranges et en même temps les mieux constatés qui se rattachent à l'étude des hallucinations, est ce trouble singulier du sentiment

. de lidentité qui porte quelquefois le maïade à douter

de sa propre existence et qui l’amène souvent à reconnaître deux personnes différentes en lui, deux intelligences, deux volontés absolument distinctes et quelquefois

Dr Are l diamétralement opposées. Entre ce dédoublement de — la personnalité, dont certains sujets nous offrent l’exem- : ple, et ces longues conversations pendant lesquelles un interlocuteur imaginaire reproduit les idées, les senti- ments et jusqu'aux souvenirs les plus intimes de l’halluciné, il n'y a qu'un pas à franchir ; et c'est en écou- __ tant sa propre voix, pour ainsi dire, que le malade croit entendre une personne étrangère... » ; et un peu plus loin, il cite l'observation d'un malade qui disait : « Je me sens couché avec un auire moi-même, qui me parle sans être interrogé et répond à mes pensées sans me laisser le temps de les exprimer » (4, p. 90-91 et 95-96). -

Mais ici encore, Ball n’attache à ce fait qu'une impor-

-— tance secondaire, tout comme Leuret, ou plutôt il n’en fait pas le facteur essentiel de la pathogénie des hallu-

cinations.

Avec l'apparition du beau livre de M. Séglas, Leçons cliniques sur les maladies mentules el nerveuses, - publié en 1895, mais dont le contenu avait été professé | à la Salpètrière de 1887 à 1894, le problème est pré-

senté avec une précision clinique que nous n'avons pas

encore rencontrée. Pour M. Séglas il faut faire une distinction essentielle: celle des malades présentant des hallucinations sensorielles et des malades présentant des hallucinations psychomotrices. Ce n'est que dans ce dernier cas qu'on observerait. celte désagrégalion de la personnalité déjà signalée par Leuret el Ball: « Examinez, dit-il... mème dans les cas les plus accentués,

les persécutés qui n'ont que des hallucinations senso-

rielles. Tout se passe en dehors d'eux. Alors même qu'ils perçoivent des voix dialoguées de sens contraire, qu'ils entendent des défenseurs répondre à-leurs persécuteurs, bien qu'il y ait là comme deux synthèses mentales en présence, la personnalité n'est guère atteinte. Comme le dit justement Cotard, ils continuent à objectiver l'automatisme dans le monde extérieur. Ils assis tent, toujours identiques à eux-mêmes, au combat qui. leur semble se passer hors d'eux-mêmes. Leur délire nous les montre comme des anormaux dont la personnalité évolue ou se lransforme dans un sens déterminé, logique en’ quelque sorte. Elle peut subir quelques atteintes superficielies et transitoires, mais elle ne se dédouble pas au sens précis du mot » (35, p. 379-380). En un mot, s'il ne se produit pas chez les persécutés sensoriels de trouble de la personnalité, c'est parce que l’hallucination sensorielle est en rapport direct avec le fond intellectuel de l'individu lui-même. Même dans le cas de l'écho de la pensée, si le malade ne se rend pas compte du caractère subjectif du phénomène, il n’en continue pas moins cependant à s’attribuer à lui-même cette pensée qu'il entend répéter : « Ils me prennent, dit-il, et répètent ma pensée » (Ibid, p. 381).

Îl y a cependant des persécutés qui, de facon indéniable, présentent un dédoublement de la personnalité ; ce sont ceux, d’après M. Séglas, qui présentent des hallucinations motrices communes ou verbales. Encore faut-il que ces phénomènes présentent une certaine.

intensité et une certaine fréquence. Voici l'explication

théorique très intéressante qu’en donne M. Séglas : SE \

LES LE si nl né ets

| — I — « Les hallucinations motrices, en effet, s'adressent au Sens cœnesthésique qui constitue, comme vous savez, la base fondamentale de la personnalité, et cela parce qu'elles intéressent le sens musculaire, un des éléments de la cœnesthésie » (1) (/bid., p. 383).

M. Séglas oppose nettement la manière de s'exprimer des malades présentant l'écho de la pensée qui disent: «on me prend, on me vole ma pensée » malades présentant des hallucinations sensorielles, aux expressions qu'emploient ceux chez lesquels prédominent les hallucinations psycho-motrices. Ceux-ci présentent rapi-

dement de la désagrégation de la personnalité et s'expriment à la troisième personne : « //s ou même on parle par malangue, ils me font dire telle ou telle chose, mais je ne les ai pas pensées ». .« Ges expressions diverses, ajoute M. Séglas, montrent bien qu'ils ne considèrent pas ces symptômes comme se rattachant à leur « moi », ne les font pas rentrer dans le schéma de la personnalité individuelle, et, tout en reconnaissant pour une part leur caractère intérieur, leur attribuent cependant une existence indépendante »{/bid., p. 384). Ajoutons, pour être fidèle à la pensée de l'auteur, - que la distinction rapportée ci-dessous n’a rien d’absolu et qu'entre les formes motrices et sensorielles il

existe toute une série de cas intermédiaires.

4. Un peu plus loin le même auteur reconnaît cependant que c’est le phénomène, moteur en lui-même et à lui seul qui est important, puisqu'il cite le cas remarquable d’une malade qui, depuis sept ans, décrivait une foule d’impressions viscérales diverses, avec une grande richesse de néologismes et dont la personnalité était intacte (/bid.,

Reste une dernière question, que M. Séglas n’a indi-

quée qu’en passant et qui cepeadant semble primordiale, du moins au point de vue de l'analyse psychologique et

de la pathogénie: Quelle est la nature de ces troubles

de la personnalité ? Notre auteur se contente de rappe-

ler que le problème a été posé par M. Pierre Janet, qui, d'ailleurs, lui aussi, n’a fait que l’énoncer sans proposer d'hypothèses : « Ainsi que le fait remarquer le même auteur, le malade sent le développement d'une autre personnalité en lui-même, il parle sans cesse de possession, tandis que l'hystérique la plus dédoublée, la plus possédée en réalité, ignore le plus souvent cette division de son esprit » (/bid., p. 599).

M. Gilbert Ballet semble bien revenir aux idées de Leuret et de Ball, en cé sens qu’il considère la désagrégation de la personnalité comme inhérente à toute espèce d’hallucination : « L’hallucination, dit-il, quelle que soit sa forme (sensorielle, psychique, psycho motrice), dans quelque état qu’on la rencontre, physiologique comme dans l’état hypnagogique intermédiaire au sommeil et à la veille, pathologique et d'origine toxique comme chez l’alcoolique, infectieuse comme dans le délire fébrile et

la confusion mentale, mal déterminée, quant à sa nature

comme chez certains délirants chroniques, l’hallucination

est un phénomène de représentation mentale lié à la désa-

grégalion temporaire ou durable de la personnalité » (7, p. 414). AN

À l’état normal, fait remarquer M. Gilbert Ballet, il arrive qu'on soit poursuivi par une image quelconque,

visuelle ou auditive par exemple, tout à fait étrangère à

PAT OT fr

‘nos préoccupations du moment. Il y a bien, si on veut, automatisme psychique, mais celui-ci n'en reste pas moins soumis au contrôle de la conscience : « Que cette faculté de contrôle vienne à disparaître à son tour, les rapports de la conscience avec le subconscient sont rompus, il y a dissociation de la personnalité, et cet état, qui représente l’ébauche dé ce qu'on rencontre dans les états seconds de l’épilepsie et de l’hypnotisme, donne à la représentation mentale des caractères d’« objectivité » « d’ertériorilé », qui font d'elle une hallucination » (1). Vis à-vis de cetle représentalion mentale ainsi « objectivée », le sujet se comporte comme devant un « objet » réel: il « s'adapte » par un acte d'attention involontaire, automatique, qui s'exerce aux dépens même de l'attention volontaire plus ou moins troublée - et qüi rapproche encore le phénomène hallucinatoire de la perception vraie. | Cette attention autaumatique peut ne pas se traduire extérieurement, c'est ce qui a lieu d'habitude dans l'hal- : lucination hypnagogique ou, au contraire, engendrer chez l’halluciné des attitudes spéciales, comme chez le - : persécuté qui est aux écoutes, chezl’alcooliqueau regard - terrifié, chez le mystique en extase » (/bid., p. 412). =. Dans une communication qu'il a faite autrefois à Linstitut Général pychologique, M. G. Ballet avait résumé l’essentiel de sa théorie dans cette formule saisis- . sante: « La représentation mentale est un phénomène

- dont la conscience suit toutes les élapes, l’hallucination

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