‹ Étude-critique sur l'Évolution des Idées relatives à la nature des Hallucinations vraiesChapitre 13 sur 16 · Souligné par nous · texte numérisé non relu

Souligné par nous

- R. Mourgue / 4

” est-un phénomène dont la conscience ignore les premières élapes et ne connaît que da dernière » (5, p. 187).

Le fait primordial pour G. Ballet est dome cet étal:de désagrégalion, notons qu’il ne dit pas de dédoublementt, nous en verrons tout à l'heure laraison. Ila recours :à «autres facteurs lorsqu'il s'agit d'expliquer pourquai, ‘ans certaines conditions, ce sont des hallucinations visuelles qui se manifestent tandis que, dans d'autres, ce sont presque exclusivement des hallucinations auditives. Dans ce cas G. Ballet a tout simplement recours à la théorie des réducteurs de Taine. Ainsi chez le malade atteint de psychose hallucinatoire chronique la réduction dans l’espace se fait d'une manière constante, empêchant l'automatisme psychique dé s'exercer dans la sphère visuelle ; il n’en est pas de même dela réduction dans le temps, d'où la possibilité des hallucinations auditives. 2

On comprend très bien ainsi, d'après le même auteur, les hallucinations visuelles survenant chez les tabétiques amaurotiques, en dehors de tout état toxique ou infectieux, ou encore le fait que l’hallucination visuelle de l’alcoolique se produise de PrRxrene à la faveur de l obscurité, etc.

À d'appui de sa thés Gilbert Ballet a publié d'assez nombreuses observations, en particulier de malades qui avaient cultivé, si on peut s'exprimer ainsi, leur tendance à la désagrégation, par des pratiques spirites.' Il ‘à aussi recherché le rapport du contenu des hallucinations présentées par ces malades avec le processus associatif qui les a engendrés en dehors du contrôle de

a conscience. .« Ainsi Mme Ka. , Cntréé récemment à a “clinique avec de diagnostic de psychose hallucinatoire chronique, se plaint qu'un soir, chez elle, on lui + fait sentir des odeurs de souffre », alors qu’elle” s'endormait, et en même lemps «elle nous raconte qu'avant de se coucher elle avait cherché une boile d'allumettes égarée qu elle voulait à sa portée pour 8 nuit... » (lbid., .p. 42-413).

‘Cependant on-ne ‘peut s'empêcher de 1emarquer que - Aa: désagrégation de la personnalité est un phénomène banal en pathologie mentale, et d’ailleurs très mal dé-

fini. Nous avons vu d'autre part que M. Séglas avait

posé implicitement la question en passantiet sans insis-

ter: M. Petit, dans sa belle thèse sur les Auwo-représen-

. dations aperceptives a mettement présenté le problème et

: distingue, de façon: fort ingénieuse, deux modalités \-d'expzession de l’automatisme mental : «1° Un automa-

-tisme primitivement synthétique, purement idéatif ou idéo-affectif qui, développant progressivement où brusquement des idées générales, des tendances, des sentiments (désirs ou craintes principalement), aboutit à la constitution d'une personnalité délirante, nouvelle... Telle serait la base psycho-pathogénique essentielle et primitive des formes pures des délires que l'on pourrait désigner sous le nom de délires de croyance proprement dits : délire d'interprétation et délire d'imaginalion… + Un automatisme primitivement analytique ou élémen- . taire, portant sur des éléments plus simples, non systématisés ou groupés primitivement, des processus psy-

chiques : tendances, volitions ou idées simples,

re

représentations simples, automatiques, aperceptives ou.

-hallucinatoires qui, surgissant pour ainsi dire isolées et sans lien apparent dans la conscience surprise du sujet, ne suscitent que secondairement des explications ou des

interprétations de la part du reste de la personnalité.

Ainsi pourraient, à notre avis; s'expliquer les phénomènes d’automatisme idéo-affeclifs simples que l’on

constate chez les obsédés , et les impulsifs, ou les faits d'automatisme hallucinatoire ou pseudo-hallucinatoire “observés chez les hallucinés dits conscients ou les malades atteints d'hallucinose » (32, p. 68-69).

Dans un des derniers articles qu'il a publiés G. Ballet s'est également occupé du même problème, qu'il ne semble pas s'être posé dans ses travaux antérieurs au sujet de la psychose hallucinatoire chronique. Il y a

plusieurs modalités de ce phénomène de la désagréga- :

tion de la personnalité, qui se rencontrent dans un grand nombre de maladies psychiques : «Ce qui est caractéristique dans chacune d’elles, c’est moins la désagrégation

elle-même que la nature, la forme de-celle-ci et son

évolution » (8, p. 43). À ce dernier point de vue Gilbert ;

Ballet distingue : les disjonctions des éléments consti- Æ

tutifs de la personnalité comme dans la démence pré-

coce (schizophrénie) ; les réfrécissements du champ de la

conscience avec tendance à l'orientation de l’automa-

tisme subconscient vers une idée fixe, comme dans

l'hystérie ; les désagrégations de la personnalité avec

tendance à l’exaltation de l’automatisme subconscient

(psychose hallucinatoire chronique). C’est celui-ci qui,

d'après le même auteur, rend compte, dans ce dernier

cas, des pseudo-hallucinations sous toutes ses formes, des hallucinations psycho-sensorielles des diverses sensi-

. bilités, des hallucinations motrices diverses et cénesthésiques, « étant bien entendu, ajoute Ballet, que le degré d'objectivation et d’extériorisation de ces diverses formes d’hallucinations, variable suivant les cas, et avec les diverses phases de la maladie, ne constitue pas des différences de nature » (Zbid\,

De cet exposé nous retiendrons surtout trois points : - 1° Au point de vue de la méthode, la théorie de la désa égation peut être caractérisée comme relevant de la psychologie fonctionnelle. Elle replace le fait à étudier dans le milieu où il se produit, au lieu de le considérer indépendamment des autres phénomènes qui l'accompagnent ; 2e Elle n'établit qu’une différence de degré entre les hallucinations vraies et les pseudo-hallucinations. Ici encore reparait l'hypothèse qui semble bien à la base de toutes les théories de l'hallucination, et qui veut qu'entre celle-ci et l'image il n'y ait qu'une dif-férence de degré, due ici à l'intensité plus ou moins grande de l'automatisme ; 3e Celte théorie tend à faire. de l’hallucination une simple modalité de l'interprétation - sur les données surgies des profondeurs, de l’in-

conscient et par suite un phénomène beaucoup plus intellectuel que sensoriel. C’est cette dernière tendance : qu'il nous reste à dégager.

D M. Blondel, auquel nous devons une remarquable étude sur la conscience morbide, a montré que, én particulier chez les sujets atteints de paranoïa, l'étrangeté et

l’incohérence de ces malades dérivait d’une perturbation : :

eee

des fonctions psychiques qui nous mettent: en rapport

avec nos semblables. L'activité psychique. supérieure est:

troublée au plus haut point. D'autre part l'analyse :psychologique de la perception a montré, dans le mécanisme de celle-ci, le grand rôle qu’y joue le jugement, autrement dit l'interprétation. Quand j'aperçois une orange posée sur une table, le phénomène purement sensoriel se résout en la vision d'une disque rouge; c està-dire d’une forme géométrique et d'une couleur. Jene vois pas une orange, j i{erprèle des sensations élémentaires. Cette activité interprétalive de l'esprit a été montrée par des expériences de psychologie expérimen- taletrès élégantes, qu’il nest pas indispensable pour notre sujet de rappeler ici.

M. Blondel s'appuie sur ces données de la psycho- / plus si on peut dire, l’importance énorme de l'interpré- __ tation, pour se demander &i les soit-disant troubles psycho-sensoriels des paranoïaques ne pourraient pas être ramenés à des interprétations. Il va mêmebeaucoup plus loin et il pose la question,, sans d’ailleurs la résoudre, de savoir si, dans les cas où une telle réduction est impossible, «une telle irréductibilité ne tien-

drait pas plutôt à. l'infirmité de nos moyens d'analyse

psychologique qu’à une réelle. différence de nature »

- La mème tendance: apparait dans une élude d'’ail-

leurs inachevée de M. Masselon (1), qui admet que dans:

ne

BTE À vrai dire le mémoire de cet auteur a surtout pour but de démon-

trer (travail qui-sé poursuit depuis Kandinsky et Hagen) que ce qu’on :

rit

logie et sur celles de la clinique, qui montrent encore

à GC) Lee la paranoïa, la démence paranoïde, la manie et la mélancolie, les hallucinations sont des interprétations, ne différant seulement que par les éléments sur lesquels elles opèrent. « L’hallucination scrt de la paronoïa ou plus exactement du tempérament paronoïiaque, comme en

sort le délire lui-même... Qu'il me suffise de rappeler

qu'il est essentiellement constitué par un trouble fon.

damentat du jugement » (49, p. 508). Pour M. Masselon

le trouble qui engendre l’hallucination auditive chez ces

malades est essentiellement un trouble des fonctions intellectuelles ; en un mot, il ne s’agit pas d’une hallucination véritable, mais d’une fausse hallucination. Nous qualifierons volontiers d'intellectualiste la tendance mauifestée par ces ‘deux derniers auteurs: elle : tend, comme on le voit, à méconnaîitre laréalité dela distinction opérée par Baïillarger entre l’hallucinalion vraie

ou psycho-sénsorielle et l'hallucination psychique. Il

n'entre pas, dans notre sujet, d'examiner dans quelle

mesure cette affirmalion, établie d’ailleurs sur des faits

‘inconteslables, est justifiée. Il nous faudrait, en effet,

pénétrer dans le domaine du diagnostic et de la séméiologie des troubles psycho-sensoriels. Or tel n’est pas le but que nous nous sommes proposé ici ; notre point de vue esl infiniment plus modeste: c’est celui de l’his-

torien.

‘entend vulgairement par hallucination correspond à une foule de phé-+ nomènes hétérogènes suivant les types cliniques qu'on envisage.

de

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