CHAPITRE IV
Classification anatomique.
Nous venons de voir que Ja symptomatoiogie, l’étiologie, et la psychologie étaient insuffisantes pour servir de point de départ à une bonne classification des maladies mentales. Il nous reste à étudier la classification anatomique, qui se base sur la nature des lésions cérèbrales. Il ne suffit pas, en effet, de dire que l’âme, dans l’usage de son libre arbitre, est troublée ou empêchée par un état anormal de l’organisme ; il ne suffit pas non plus de décrire cet état.
Le point intéressant est de savoir si, une affection mentale étant donnée, il est permis d'affirmer qu’à cette affection correspond une lésion cérébrale localisée ou diffuse. Cet idéal est-il atteint ? Il faut faire à ce sujet quelques restrictions. L'étude de l’anatomie et de la physiologie du système nerveux ont certainement fait de très grands progrès depuis quelques années. Il n’en est pas moins vrai que nous 1gnorons encore une grande partie des phénomènes inti-
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mes qui se passent dans le cerveau. La classification anatomique se présente donc à nous comme la classification de l’avenir. C’est la seule qui soit veritable ment scientifique et c’est dans son sens que doivent se diriger tous les efforts C’est donc à elle que nous nous arrêlerons. LR
Comme l’a dit si judicieusement M. Voisin: « Toute elassification rationnelle devra reposer surtout sur l'anatomie pathologique. Je ne crois pas avoir fait une autopsie d’alièné sans trouver des lésions, soit cérébrales, soit extra-cérébrales; les unes visibles à l'œil nu, les autres au microscope. C’est ainsi que l’on peut réaliser des progrès; c'est par l'emploi du microscope et l’étude de la physiologie expérimentale que l'on peut faire avancer la science qu'est l’aliénation mentale. »
Nous citerons comme exemple de classification anatomique, celle de M. Luys, et nous terminerons par l'exposé de la classification de M. le professeur Rémond. La classification de M. Luys repose sur la physiologie du système nerveux.
« Nous allons prendre, dit-1l, au début de son travail, comine point de départ de notre système, la cellule cérébrale avec toutes ses propriétés dynamiques et la considérer tantôt dans ses phases d’éré thisme poussées à leurs limites extrêmes(excitations, manies), et tantôt dans ses phases de torpidité les plus avancées qui représentent la période de dépression de l’activité nerveuse. » |
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Se basant sur les expériences physiologiques , M. Luys établit que les cellules nerveuses n’existent que grâce à l’afflux sanguin qui arrive jusqu’à elles. Lorsque cet afflux est normal, le cerveau fonctionne normalement. Lorsqu'il est trop abondant, il y a hypérémie et excitation cérébrale proportionnelle (Manic). Inversement, lorsqu'il y a une diminution dans lapport du sang aux éléments nerveux, il y a ralentissement dans l’activité de ces éléments (lypémanie).
D'autre part, ces troubles circulatoires par excès où par défaut, peuvent être dus à une hyperplasie interstitielle de la trame celluleuse qui, troublant mécaniquement la continuité des voies circulatoires, amène 1c1 l’hypérèémie chronique avec dilatation passive des vaisseaux, et là, l’ischémie, le ramollissement progressif par suite de l'oblitération des voies circulatoires (paralysie générale, idiotie).
Tels sont les principes sur lesquels M. Luys établit sa clessification des maladies mentales.
À. — Troubles psychopathiques transitoires.
40 Hyperémies 7... MS BUS : Manies.
LUEUR CS PAPER : Lypemanies.
3° Etats dans lesquels la dépres- | :
j NA \ Lypémanies anxieuses.
sion et Pexcitalion existent er : À À | Délires mélancoliques.
HN ÉMENMIENDN SPA TE sr er
4° Etats dans lesque!s la dépres- | NP OTREE ; Ma Manie périodique.
sion et l'excitation +e succè-. FR |
: Folie circulaire
Ant. ,s.se.ss.ssssssssen
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B. — Troubles psychopathiques dus à des lésions fixes. Paralysie générale (sclérose du lissu de névroglie).
C. — Arrêts de développement de l’encéphale, Imbécilité, idiotie.
D. — Intoxications.
E. — Hallucinations.
Telle est la classification de IM. Luys. Nous ne la critiquerons pas. Pour ce faire, ilfaudrait connaître, mieux que nous ne les connaissons à l’heure actuelle, les phénomènes de l’activité cérébrale qui, comme nous l’avons dit, ne soni pas encore suffisamment élucidès pour que l’on puisse affirmer rien de précis à leur sujet.
Nous nous contenterons de signaler cette particularité que M. Luys considère les hallucinations à un point de vue tout à fait nouveau. Il en fait un processus tout particulier, une entité morbide, comme la paralysie générale.
L’halluciné vit et meurt halluciné.
Quant à la démence, il ne la considère pas comme étant identique avec elle-même. C’est le degré ultime de toute psychopathie, mais ce n’est pas une entité.
Nous terminerons notre travail sur les classifications, par un exposé du classement des maladies mentales proposé par M. le Professeur Rémond.
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Classification de M. le professeur Rémond.
La classification de M. le professeur RÉMOND repose sur l’anatomo pathologie et les altérations des élements constitutifs du système nerveux.
Le système nerveux comprend la moelle et le cerveau. La moelle qui commande à toute la vie végétative, comprend un certain nombre de centres nerveux sous la dépendance desquels se trouvent places les organes de la vie végetative et qui fonctionnent sans que l'individu en ait conscience. La conscience n'apparait que lorsque l’organe souffre et fonctionne mal. La conscience, dans ce cas particulier, est la manifestation d’un état imparfait d’un groupement cellulaire. Dans la moelle, on à donc une série de centres nettement différenciés les uns des autres; chacun de ces centres fonctionne pour le compte d’un organe sans avoir besoin du concours des centres voisins.
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À mesure que l’on monte vers le cerveau, cette différenciation diminue et quand on arrive au cerveau, on se trouve en présence d’un organe composè comme la moelle de centres gris et de fibres d'association formant la substance blanche, seulement apparaît alors une différence au point de vue fonctionnel. À chaque centre gris cérébral, incombe bien une fonction nettement déterminée. Mais un de ces centres ne peut entrer en jeu sans influencer plus ou moins les autres centres. Pour qu’il y ait un bon fonctionnement cérébral, il faut cette espèce de coopération des centres réunis par leurs fibres d’association. Voilà ce qui se passe lorsqu'on a affaire à un système nerveux sain. Il faut envisager maintenant quelles sont les affections qui peuvent atteindre le tissu nerveux, êt voir quelles en seront les consequences.
Or, les maladies de la moelle peuvent se grouper sous trois chefs :
Les polyomyélites (affections de la substance grise);
Les leucomyélites (affections de la substance blanche);
Les myélites totales.
Poursuivant sa comparaison entre le système médullaire et le système central, M. le professeur Rémond rattache toutes les maladies mentales aux trois grands groupes de lésions qui peuvent atteindre le cerveau, à Savoir :
1° Les polyo encéphalites ou maladies de la subs-
D due tance grise, qui comprennent la plus grande partie des affectious mentales ;
2° Les leuco-encéphalites ou maladies de la substance blanche {fibres d'association) ;
3° Les encephalites totales.
La plus simple des polyo-encéphalites est le cauchemar. À Ja suite d’une légère intoxication alimentaire, par exemple, le cerveau, excité par les toxines qui se trouvent dans la circulation, fonctionne avec une intensité inaccoutume2.
Les images emmagasinées se présentent sans ordre. Après un fonctionnement intra-cérebral pur, si l’'empoisonnement augmente, la zone psycho-motrice est excitée à son tour et entre en jeu. Le malade s’agite. À un degré de plus, on a l’état délirant qui apparait le soir chez les febricitants. Chez un typhique, par exemple, les toxines secrétées s'accumulent dans l'organisme pendant la journée et provoquent du délire vespéral.
A un dégré de plus, enfin, on aura un délire permanent.
Ainsi, sous l'influence de poisons, les cellules grises peuvent fonctionner d’une façon anormale. Nous en avons un exemple dans l’alcool, dont l’action peut aller de l’ébrièté légère jusqu’au delirium tremens. De même agiront tous les autres poisons, soit qu'ilsviennentde l'extérieur (cocaïne, morphine, etc.), soit qu'ils aient une origine endogène (toxines).
Mais tous ces états ne sont pas permanents. Ce sont
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des insuffisances cellulaires nerveuses passagères. Voilà donc une première subdivision des polyoencéphalites dans laquelle trouveront place la manie et la mélancolie, qui sont des formes d’aliénation mentale passageres. Tout ceci suppose des cellules normales antérieurement à l’affection et une cause extérieure agissant.
Mais on peut avoir affaire à un sujet dont le système nerveux est défectueux. Tel sera le cas d’un enfant né de parents alcooliques, syphilitiques, ou en état de misère physiologique et dont la tare nerveuse est une manifestation du mauvais état de santé des ascendants. Chez ces individus, on aura des insuffisances cellulaires nerveuses à rechutes.
Chez ces individus cérébralementinsuffisants onrencontreégalementles épileptiques, leshystériquesetles neurastheniques qui ne sont pas à proprement parler des aliénes, mais qui ont d’autant plus de chances de faire des aliènés que leur névrose est plus intense.
Enfin, on a en dernier lieu les Znsuffisances cellulaires nerveuses définitives où le cerveau est atrophié et incapable de fonctionner. On rangera dans cette classe, les imbéciles et les idiots.
Telles sont les trois subdivisions des polyoencéphalites. Elles comprennent comme on le voit la plus grande partie des maladies mentales,
Examinons maintenant les Leuco-encéphalites ou altérations primitives des fibres d'association. Les Leuco-encéphalites ne comprennent qu’une sousclasse : Les Paranoïas. L'étude du système nerveux