‹ Étude critique sur la méthode oratoire dans Saint AugustinChapitre 4 sur 14 · AVANT-PROPOS, XIII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS, XIII

Platon avait réduit L'orateur au rôle de moraliste, Augustin veut que le moraliste chrétien, se laissant emporter sur les ailes de la chanté et de l'amour divin, ne craigne plus de rivaliser désormais avec les plus grands artistes de la parole antique.

Platon avait méconnu la moralité de la rhétorique, il l'avait maudite en haine des rhéteurs et des sophistes. Augustin retrouva ses titres que la philosophie n'avait pu détruire : il la rétablit dans sa dignité naturelle, et grâce à lui le christianisme aura sa rhétorique comme la liberté avait eu la sienne chez les Grecs, comme la grandeur romaine avait eu la sienne au temps d'Auguste; et au XVIIe siècle l'œuvre d'Augustin semblera encore neuve et féconde aux Arnauld, aux Fénelon, aux Fleury, et à tous les grands esprits de cette mémorable époque.

Car il est permis de croire que Bossuet, quoiqu'il n'ait pas parlé expressément des doctrines oratoires d'Augustiu, les adopta comme tout ce qu'avait produit le génie de Tévêque d'Hippone. Oui, en matière d'éloquence comme en matière de foi, Augustin, pour répéter ici les paroles d'nu grand critique, donna des idées à Bossuet1; et qui

1 M. Villemain. De l'Éloquence chrétienne dans le IV<' siècle.

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sait si l'orateur du grand siècle ne venaitpas de

relire le 4(' livre de la doctrine chrétienne quand il disait magnifiquement : 1° « Le fond de saint « Augustin c'est d'être nourri de l'Ecriture^ d'en « tirer l'esprit, d'en prendre les plus hauts princi- « pes, de les manier en maître et avec la diversité « convenable; après cela, qu'il ait des défauts « comme le soleil a ses taches, je ne daignerais « ni les avouer, ni les nier, ni les excuser, ni les « défendre. »

Eu résumé, ce que je veux montrer, c'est la transformation, c'est le progrès de la rhétorique appropriée aux idées nouvelles que le christianisme avait répandues dans la société. Laissons donc de côté les détails purement techniques, et qui se rencontrent partout; je me bornerai a exposer et à commenter les principes les plus féconds et en quelque sorte l'esprit vital qui anime les travaux que saint Augustin a laissés sur l'art de persuader.

Je ne m'interdirai pas d'expliquer ses préceptes par sa pratique : ses sermons, sa correspondance, et même des fragments de ses traités dogmatiques, me serviront, s'il le faut, à interpréter sa parole.

1 Bossuet. Défense de la tradition et des saints Pères, IV, IX.

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Mais, avant d'arriver à la question qui fait l'objet de ee travail, je dois faire connaître dans quel étal l'élève des rhéteurs trouva cette rhétorique chrétienne qu'il devait constituer ; il est bon aussi de rappeler les circonstances historique qui purent influer sur son éloquence et par suite sur les idées qu'il se forma de la rhétorique.

Ces deux questions résolues, il me sera facile de montrer que la doctrine oratoire de saint Augustin reposait sur des bases assez larges pour suffire à tous les développements ultérieurs de la civilisation chrétienne, en même temps qu'elle répondait parfaitement aux besoins moraux du IV' siècle : elle contient en effet fort peu de règles, mais beaucoup d'observations, beaucoup de principes généraux ; les règles ne font qu'entraver l'orateur, elles disposent de lui; au contraire, il dispose des principes, et en tire ce qu'il veut.

Puisse mon but paraître assez sérieux et assez élevé pour qu'on me pardonne de n'avoir étudié dans saint Augustin que le rhéteur, de n'avoir considéré de ce beau et religieux génie que le côté qui peut sembler profane à ceux qui n'ont pas lu les traités dont je vais parler. Mais dans saint Augustin tout mène à Dieu, sa rhétorique

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