‹ Étude critique sur la méthode oratoire dans Saint AugustinChapitre 7 sur 14 · CONTRE LE GRAMMAIRIEN GRESGONIUS · texte numérisé non relu

CONTRE LE GRAMMAIRIEN GRESGONIUS

Après le concile général tenu à Carthage, l'an 405, et qui avait eu pour but de faire exécuter les constitutions d'Honorius contre les Donatistes, ceux-ci ne se tinrent pas encore pour battus ; ils protestèrent contre des ordonnances qui les forçaient de rentrer dans le sein de l'Église catholique ? et appuyèrent leurs protestations de révoltes sanglantes. Comme toujours, lesCirconcellions y jouèrent un rôle actif; ils attendaient les prêtres catholiques, les meurtrissaient de coups, et leur brûlaient les yeux avec de la chaux détrempée dans du vinaigre.

Le diocèse d'Hippone, plus que tout autre, fut exposé aux violences de ces brigands nomades-

Augustin fut obligé de recourir à l'autorité séculière de Cécilien, gouverneur de Numidie, pour mettre les siens en sûreté. Mais en même temps, il demandait instamment une conférence théologique avec les évoques donatistes. C'est dans ces circonstances qu'un grammairien du parti des schismatiques , Cresconius , adressa à Augustin une longue lettre où il défendait Petilianus, son évoque. Ce dernier, quelque temps auparavant, avait, dans un traité de controverse, entassé les injuries et les calomnies contre le fils de Monique; celui-ci lui envoya une réponse aussi accablante par la douceur et la modération qui y régnent, que par les raisons théologiques réunies contre l'hérésie. C'est là qu'il disait : «"Mes frères, aimez « les hommes, tuez les erreurs. Présumez de la « vérité sans orgueil , combattez pour elle sans « violence ; priez pour ceux que vous reprenez, « priez pour ceux que vous persuadez. »

Cresconius pensa que Petilianus, d'un caractère fougueux et irascible, n'avait rien de ce qu'il fallait pour répondre à une lettre si chrétienne et si contenue. Quoique simple laïque, il crut qu'il ferait mieux que son évoque. C'était une grande témérité à lui, peu instruit des choses de la religion, comme il le reconnaît lui-même,

Page 1