‹ Étude critique sur la vie & l'œuvre de Saint PatrickChapitre 21 sur 24 · LÉGENDES ET MIRACLES · texte numérisé non relu

LÉGENDES ET MIRACLES

Pour expliquer le grand nombre des légendes qui se sont groupées autour de la personne de saint Patrick, il est essentiel de se reporter par la pensée à l’époque où elles ont été formées et dans le milieu où elles ont été accréditées. Plus que les autres encore, les peuples qui n'ont pas été atteints par la civilisation ont soif de tout ce qui est mystérieuxet surnaturel; et d’un autre côté le christianisme, mettant l’homme en communication directe avec Dieu, devait plus qu'aucune autre religion favoriser les tendances de la race celtique, naturellement portée à l'exagération et au merveilleux. Le peuple a toujours aimé à entourer ses grands hommes d’une sorte d'auréole de mystère ; les Brehons célèbres de l'Irlande avaient leurs légendes traditionnelles, dont quelques-unes nous sont rapportées.dans la glose du Senchus Mor. « Quand Sen mac Aige déviait de la loi de nature, des taches de sang apparaissaient sur ses joues »; « quand Æachtena prononçait un faux jugement, les fruits tombaient des arbres pendant la nuit, et les vaches refusaient leurs veaux, aussi reçut-il le

nom de « Tulbretach »; Morann avait une chaîne autour du cou qui se serrait d'elle-même quand il rendait une sentence injuste (1) ». Le mobile qui préside à la formation de ces légendes est partout le même; c’est le désir de rehausser le prestige d’un héros et de donner plus d'autorité à sa personne.

Il en fut ainsi pour Patrick; sa puissante éloquence, l’habilité avec laquelle il déjouait les artifices des sorciers, la simplicité de ses accents quand ii s’adressait directement à son Père céleste, étaient bien propres à frapper les foules de respect et d'admiration et à lui donner un prestige surnaturel D'ailleurs, la nouvelle religion supprimait tous les mystères dont s’entouraient les prêtres du paganisme ; il fallait bien que l'esprit superstitieux du peuple trouvät un aliment quelconque.

Quant aux biographes de saint Patrick, plus instruits et plus cultivés, ils se faisaient néanmoins l’écho des traditions populaires ; c’est à la foule que leurs ouvrages étaient destinés, et une vie sèche etstrictement historique du grand apô-

re n'aurait trouvé ni sympathie ni crédit parmi leurs contemporains.

Un grand nombre de miracles attribués à saint Patrick sont certainement le produit exclusif de l'imagination ; d’autres, au contraire, ne sont que l’exagération. dans lesens merveilleux, d’un fait accompli par l’apôtre. Dans le premier cas, on peut indiquer comme sources : [.—la prétendue ressemblance du missionnaire irlandais avec Moïse, une des figures de l’Ancien Testament les plus en honneur auprès du peuple ; Tirechan dit expressément : « En quatre choses, Patrick fut semblable à Moïse: 1° il entendit l’ange lui parler d'un buis- Son ardent; 2 il jeûna 40 jours et 40 nuits (2) ; 8° il vécut 120 . ans ; 4° personne ne sait où reposent ses os (3). » Ajoutons les | quelques traits suivants pris au hasard et qu'il serait facile de multiplier : Patrick déjoue les enchantements des mages

) Ancient Laws of Ireland, tome 1, Loi de Saisie, p. 23.

) Josselin dit que Patrick jeûna 40 jours pour imiter Moïse.

À (3) Colleclanea, ch. 54, Analecta Bolland., 11, 67.

par des enchantements supérieurs ; il fait jaillir une fontaine dans un endroit désert; il a reçu de Dieu mème une verge (le bâton de Jésus) dont il se sert pour renverser les idoles; le roi Laoghaire, comme le Pharaon d'autrefois, se précipite sur ses chars à la poursuite de Patrick, et sa suite est anéantie par un prodige céleste, etc., ete. — IT, La plupart des miracles attribués à Jésus par les évangélistes. Nous rangeons dans cette catégorie: les guérisons miraculeuses (lépreux, aveugles, paralytiques), les résurrections qui sont en grand nombre, surtout dans les vies postérieures, enfin sa puissance sur la nature (il apaisse une tempête: il entre dans le palais du roi, les portes étant fermées, etc.)

Dans le second cas, nous remarquons que beaucoup de légendes se rapportent à la conversion de chefs illustres et sont faites pour lui donner du relief, tandis que d’autres sont nées du besoin de trouver l’origine de certains noms donnés aux églises et consacrés par la tradition. Parmi ces dernières, une des plus curieuses est sans nul doute celle qui a trait à Clucyn Fiacal (Æcclesia dentis). Josselin raconte qu’en se baignant dans le fleuve Dabhall, saint Patrick perdit une de ses dents ; ses disciples la cherchèrent pendant toute la journée, désirant en faire une relique. Sur le soir, la dent fut découverte ; ele brillait, lumineuse au fond de l’eau. Quelque temps après ajoute l’auteur, une église s'élevait sur les bords du fleuve en mémoire de ce prodige.

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