ENUMÉRATION ET EXPOSÉ DE CES VIES
$ 12°. — Colgan nous donne dans son quatrième appendix (Pars 11) la liste des Vies de saint Patrick qui ont été écrites jusqu’au xvu° siècle. Parmi les trente auteurs que comprend cette liste, beaucoup sont inconnus et quelques autres ne sont parvenus jusqu’à nous que dans des fragments disséminés en divers ouvrages.
A partir du xu® siècle environ, les données sur saint Patrick ne varient plus; jusqu'à cette époque, au contraire, c'est-à-dire pendant la période qui s’étend du vi au xx siècle, les biographies que nous possédons paraissent avoir puisé à des sources différentes; l’on rencontre dans chacune d’elles des données originales à côté de traditions évidemment communes. C'est ce qui en rend l’étude intéressante et indispensable pour celui qui veut se faire une idée exacte de l’œuvre et de la vie de Patrick.
Voici les noms des biographes de l’apôtre cités par Colgan; nous donnons en regard les dates qu’il leur assigne, nous réservant la critique des Vies que nous avons pu consulter.
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Conressionide Saint Patrick) sr ets 432.
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Le nombre de ces auteurs ne doit pas nous étonner. Josse-
lin, l’auteur de la 6° des Vies données par Colgan (fin du xrr° siècle), parle dans son prologue de nombreux écrits en style
barba
HEC TON PAT Ici eee a multis illiteratis multi-
pliciter dictata ob confusionem et obscuritatem stili nec patet
Nous indiquons par des caractères italiques les Vies dont nous
nous sommes servi pour cetie étude.
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nec placet pluribus ». Plus loin ($ 186). il dit que soixante-six livres ont été écrits sur saint Patrick; et il cite les cinq auteurs suivants: Benignus, saint Mel, saint Linnan, saint Patrick, filleul de l’apôtre, enterré à Glascow, et saint Evinus (partim Hybernico partim latino sermone).
L'auteur de la Tripartite (Wz/a vix, 1, $ 71), antérieur à Josselin, mentionne huit biographes, et ne parait pas en çonnaître d’autres. Ce sont :
Columba Kille,
Ultanus, fils d'O’Conchariarius,
Adamnanus Nepos Tinereï,
Enanus,
Kiranus de Belach-duin,
Ernedus, évêque de Clochore,
Colmanus de Huamasen,
Collatus, évêque de Druini-Relgeach.
La troisième Vie de Colgan parle de 60 ouvrages sur Patrick, mais sans citer un seul nom.
Celles de ces vies qui passent aujourd'hui pour les plus importantes et qu'il nous a été possible de consulter sont les suivantes :
En première ligne, les ouvrages attribués à saint Patrick lui-même, à savoir : la confession et la lettre à Coroticus.
Bien que ces écrits ne nous fournissent que peu de détails . historiques, ils sont d’une importance capitale pour déterminer le caractère personnel de l’apôtre. Nous n’examinerons cependant les questions relatives à leur authenticité qu'après avoir passé en revue les autres ouvrages que nous allons énumérer et qui paraissent postérieurs.
Le livre d’Armagh nous donne deux Vies tout récemment publiées d’une façon critique et complète :
La vie attribuée à Muirchu Maccumachtheni et les CoZlectanea Tirechant.
Colgan dans son second volume (771as fhaumaturga) nous fournit sept biographies de saint Patrick; ce sont, en suivant l’ordre de l'éditeur :
Vita prima (1), Hymne sur saint Patrick attribuée à Fiecus. suivie de Gloses qui contiennent des données indépendantes ;
Vita secunda (mn), auctore, ut videtur. sancto Patricio Juniore aliove Patricii discipulo ;
Vita tertia (u).ex vetustis membranis Bibrugensibus in Bavaria, attribuée par Colgan à Benignus, disciple de Patrick ;
Vita quarta (iN), ex veteri codice Pergamenst;
Vita quinta (N), auctore Prob;
Vita sexta (Nr), auctore Fosselino Monacho Furnesio ;
Vita septima (Nu). éripartita, auctore ut videtur sancto Evino.
Nous citerons enfin les quelques faits historiques contenus et épars dans divers écrits, et en particulier le Senchus Mor et son introduction, les ouvrages d'Usher, les chroniques et martyrologes anciens, et enfin les Vies d’autres saints irlandais.
La plus étendue des Vies de saint Patrick est la V7fa vi appelée Tripartite à cause de sa division en trois livres, précédés chacun d’un prologue. Elle comprend 322 chapitres, (1re partie, #1; 2° partie, 143 ; 3° partie, 108). La Vréa vi a 196 chapitres. — La Vifa v, 88 en deux parties (47 et 41). — Les Collectanea Tirechani, 51 en deux livres, plus 16 chapitres d'Additamenta. — Xa vie de Muirchu, 41 chapitres en 2? parties. Les autres sont de moindre importance quant à l’étendue.
$ 9. — Le Livre d'Armagh. — Get ancien manuscrit, conservé avec soin dans la bibliothèque du Collége de la Trinité à Dublin, comprend plusieurs écrits sur des sujets différents : Vita Patricit, Collectanea in Historiam Patricii,
Liber Anguelri (Révélation faite par l'ange à saint Patrick sur les prérogatives du siége d’Armagh),
Libri sancti Patricii,
Canones X de concordantiis Evangeliorum et brevis singulorum interpretaïto,
=nfsS
Une description sommaire de tous les livres du Nouveau Testament (y compris l’épitre de Paul aux Laodicéens) avec des prologues de saint Hilaire et de Pélage et une explication des mots hébreux. C’est la plus grande partie du manuscrit.
Le livre se termine enfin par la vie de saint Martin par Sulpice-Sévère et par quelques épitres du même auteur.
Il y a en outre deux notes intéressantes concernant saint Patrick. Fol.16, onlit: « Sanctus Patritius iens ad cœlum mandavit lotum fructum laboris sui tam baptismi quam elemostnarum deferendum esse apostolicæ urbr quæ scotice nominatur Ard-Macha. Sic repert in bibliothecis Scotorum. Ego scripst id est Calvus Perennis in conspectu Briant imperatoris Scotorum et quod scripst finivit pro omnibus regibus Maceriz ».
Fol. 24, à la fin de la Confession de Patrick : « Aucusque volumen quod Patricius manu conscripsié sua. Septima decima Martit die transeatus est Patricius ad cælos ». Gette dernière note est de la même écriture que le corps du manuscrit; la première, au contraire, parait postérieure.
M. Ch. Graves est arrivé par une étude attentive et minutieuse du texte à déterminer d’une façon à peu près certaine l'époque à laquelle cette copie a été faite. Les scribes irlandais avaient l’habitude de mettre leur nom à la fin de chacun des traités qu'ils transcrivaient; M. Graves a découvert des mentions du copiste du Livre d’Armagh enplusieurs endroits, mais le plus souvent effacées par le temps. Deux seulement ont pu être déchiffrées : la première à la fin de la Vie de saint Martin (Pro Ferdomnacho ores) nous donne certainement le nom du copiste; les Annales des Quatre-Maitres nous citent deux scribes de ce nom dans l'église d'Armagh, l’un en 726, l'autre en 844. La seconde note,dont on n'a pu déchiffrer que quelques mots, a complété ce premier renseignement ; elle se trouve après l'Evangile de Matthieu (Fol. 52): € ......ach hunc ..... dictante .....ach herede Patrici scripsit ». Nous y rencontrons la finale du même scribe nommé précédemment, plus la mention d’un archevèque
d’Armagh dont le nom se termine par les trois mêmes lettres (ach). En cherchant sur la liste des archevêques de cette ville, telle qu’elle est donnée par le Psalterium Cassil'ense (4), et en tenant compte de l’espace laissé par les lettres disparues, M. Graves est arrivé à la conclusion qu'il s’agissait ici de l'archevêque Torbach qui n’occupa ce siège qu’une seule année, soit en 807, soit, suivant le calcul d'O'Donovan, en 811-812. La phrase reconstituée serait donc celle-ci : Ferdomnach hunc librum e dictante Torbach herede Patricit scripsié.
L'importance des documents contenus dans ce manuscrit et en particulier de ceux qui sont relatifs à saint Patrick ressort du fait que l’on peut lui assigner une date certaine. Personne n’a contesté le raisonnement et les conclusions du célèbre érudit (2).
Le livre d'Armagh n’a pas encore été publié en entier à notre connaissance ; des fragments divers ont paru, édités par Betham, 1827, O'Donovan, 1845, Todd, 1864, Whitley Stokes (Gotdelica), 1866, 1872 et Marie Cusack, 1872.
Le R. P. Hogan a entrepris dans le Recueil des Analecta Bollandiana \a publication critique des documents de ce livre concernant saint Patrick (3). Il y a été engagé par la : découverte récente d’un nouveau manuscrit (Codex Bruxellensis) contenant la même Vie de cet apôtre donnée par le Livre d'Armagh. Ce manuscrit est un recueil composé exclusivement de Vies de Saints et ayant servi pendant longtemps au monastère irlandais de Würzbourg. Une note de la fin du xue siècle contient ces mots, qui ne laissent pas de doute à ce sujet: « Zs£e Liber pertinel ad Scottos Herbypolis extra
(1) Voir Colgan, Trias Thaum., Append. vi, p.252.
(>) Sauf M. Schœll (Real Encyclopædie, p. 297, qui trouve la
« conjecture » de M. Graves «ingénieuse », — Entre les deux, on ne saurait hésiter, Schæll du reste n'invoque que des preuves tirées de la critique interne.
(3) La Vita Muirchu a paru dans le tome 1 de ce recueil, p. 531 ss. Les Collectanea Tirechant dans le tome 11 (1883), p. 35ss. ; les Additamenta dans le même volume, p. 213 ss.
muros (1). Le texte lui-même est dû à trois scribes différents. comme le témoigne le changement d'écriture ; tous les trois sont du courant du xi® siècle. Une autre note curieuse au verso de la dernière feuille décrit l'élection publique de l'abbé du monastère de Saint-Jacques d'Erfurth en l’année 1332.— Ce dernier document explique plusieurs passages obscurs du texte contenu dans le Livre d'Armagh, et le complète en donnant les 5 premiers paragraphes, qui sont absents de ce dernier par suite de la déchirure d'une feuille.
L'auteur de la Vie de Patrick, commune à ces deux recueils, est nommé par la phrase qui.termine le Prologue dans le Livre d'Armagh (2):« ec pauca de sancti Patriciiperitiaet vertutibus Muirchu muccu Machten: dictante AiduoS lebtiensis civitatis eptscopo conscripsit ». Ce personnage est cité dans plusieurs chroniques irlandaises et vivait au vu° siècle (3) ; c’est très probablement le même que mentionne Colgan sous le nom de Maccuthenus (4), quant àl'évêque Aïdus, il mourut en 698 ou 699 (5) et assista au Synode d'Adamnan.
L'auteur des divers fragments réunis sous le nom de Co/lectanea est également mentionné dans le texte. On lit en tête du ch.1:«7%rechan episcopus hæc scripsit ex ore vel libro Ultant episcopi cujus ipse alumnus vel discipulus fuit ». On ne sait rien sur cet auteur qui n’est cité ni dans les annales, ni dans les autres biographies de Patrick; quant à l’évêque Ultan, il vivait dans la seconde partie du vu* siècle, au pays des
(1) Une seconde note rédigée à peu près dans les mêmes termes confirme cette donnée; nous empruntons tous ces renseignements à la préface d'Hogan qui décritscrupuleusement ces deux manuscrits.
(2) Schœll nie que ce prologue qui renferme la table des chapitres de la {'° partie, mais qui est placé après le texte, puisse se rapporter à cet . Me il n'y a aucune raison sérieuse d'en douter (Hogan, p. 542).
(3) Voir Analecta Bolland., 1, 542 ss. ; Colgan (Vitæ sanctorum, p. 465) à la date du 8 juin ‘contient ces mots: « SS. Medranus et Muirchu, duo fratres fit Macten, coluntur in Killmuirchu in Regione de Hy Garrcnon ».
(4) Voir plus haut, p. 35.
(5) Shearman, Loca Patriciana, généal. x, p. 180,
descendants de Conchobar (Conchuburnensium) ; il mourut en 656 selon les Annales des Quatre-Maîtres (1).
Nous possédons par conséquent deux documents sur saint Patrick à peu près contemporains l’un de l’autre et rédigés dans le courant du vue siècle. Ils ont surtous les autres le grand avantage d'avoir une date certaine, et paraissent avoir servi de point de départ à beaucoup d’écrits postérieurs (2).
Voici quel est en résumé le contenu de ces deux documents :
1. Vie de Muirchu. — Vie Prologue du Codex Bruxellensis est fort obscur et se complique vraisemblablement de données sur saint Basile ; celui du Livre d'Armagh commence par attester que beaucoup d'auteurs se sont efforcés avant lui d'écrire la vie de saint Patrick sans parvenir à en donner une histoire certaine. Il définit ensuite en ces termes la façon dont il entend accomplir sa tâche : « Pauca hæc de multis sancéi Patricit gestis parva peritia, incertis auctoribus, memorta labili, attrito sensu, vili sermone, sed affectu piissimo caritatts, sanctitatis tuæ et auctorttatis imperio obædiens, carpim gravatimque explicare agerediar ».
Le chapitre 1 indique en commençant la famille de l’apôtre et sa patrie(3): « Patricius qui et Sochet vocatur, Brito natione, in Britannis natus Cualfarni diacont ortus, filio. ut ipse aït, Potiti presbyteri qui fuit vico Ban-navem thabur indecha (Banpave dans le pays de Taburn) #é (haud) procul a mart nostro, quem vicum constanter indubitanterque comperimus esse ventre (4), matre etiam conceptus Concesso nomine ». À seize ans, Patrick est fait prisonnier avec plusieurs de ses compatriotes
(1; Shearman place cette mort en 664 (Loc. Pair., généal. 1v . D4):
Ê "2 « Facile constat inter eruditos, post Confessionem Patricu, utrumque monumentum Libri Armachant antiquissimum esse omnrium quæ de sancti Hiberniæ apostoli historia ad nos pervenerint».(Analecta Bolland., 1, 543).
(3) Toute cette partie jusqu'à la rencontre de Patrick avec l'Evêque saint Germain est extraite du manuscrit de Bruxelles et à partir du ch.vnr, Hogan donne le texte du Livre d'Armagh avec les variantes empruntées à l’autre recueil.
(4) Peut-être erreur du copiste pour Nen/ræ (voir Vita v, 1.1,$1).
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et conduit en Irlande (7# hanc barbarorum insulam) ; il passe six ans en servitude, et dès cette époque, il se fait remarquer par son ardente piété. Obéissant aux conseils de l'ange Victoricus qui lui apparaît à deux reprises différentes.il quitte son maîtreet fait voile vers la Grande-Bretagne. Après trois jours de traversée, Patrick aborde dans un désert où il erre avec ses compagnons pendañt 28 jours ; bientôt les moyens de subsistance leur font défaut, mais à la suite d’une prière du serviteur de Dieu, ils rencontrent un troupeau de porcs et du miel sauvage. Nous retrouvons saint Patrick quelques années après dans sa patrie, de retour d’une seconde captivité qui n’a duré que deux mois. A l’âge de 30 ans, à la suite d’une nouvelle vision, il se dirige vers Rome afin de visiter le siège apostolique ; il traverse les Gaules et fait la rencontre de saint Germain, évêque d'Auxerre, auprès de qui il demeure en qualité de disciple durant de nombreuses années (soit 80, soit 40 ans). L'ange Victoricus continue à le visiter et l’engage plus fortement que jamais à se rendre en Irlande. Il va à Rome accompagné du prêtre Segitius pour recevoir la consécration de son entreprise. Palladius, archidiacre du pape Célestin, venait d'être envoyé dans l’île ; mais bientôt on apprend que sa mission a échoué et qu'il vient de mourir en Grande-Bretagne. Ce sont Augustinus et Benedictus, deux des disciples de ce missionnaire, qui viennent rapporter à saint Patrick la mort de leur maitre. Patrick se détourne de sa route et se fait sacrer Evèque par un certain Amathorex (swmmus Pontifex) ; puis. traversant la Bretagne, il aborde enfin dans sonnouveau champde travail.—Lughaire, fils de Neill. était roi d'Irlande ; ses mages et ses enchanteurs avaient déjà prédit l’arrivée du missionnaire: « Adventet Asciciput (1) cum suo ligno curvi capite, ex sua domu capite perforato. Incantabit nefas a sua mensa ex anteriore parte domus suæ ; respondebit et sua familia tota : fiat, fiat ».
L’apôtre aborde à Ostium Dee et se dirige vers le Nord
(1) Variante du Cod. Brux. : Asiæ caput.
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dans le but de se racheter auprès de son maître Milcon (1). Sa route nous est décrite avec précision à travers les comtés actuels de Meath, Louth et Down jusqu'à Slemish (Slieve Miss, montagne de la Lune). Pendant ce voyage, il convertit un prince irlandais du nom de Dichu dans le lieu où s’est élevé depuis le « Grenier de saint Patrick» (Sabkull Padruig). Milcon, craignant d'être converti par son ancien esclave, se brûle avec toutes ses richesses et attire la malédiction de l’apôtre sur sa postérité.
L'apôtre se décide alors à se rendre au centre même du paganisme pour y célébrer la première pâque chrétienne. Il longe la mer jusqu’à l'embouchure de la Boyne (/nbher Boine) et arrive à Slane à quelque distance du palais de Tara. A cette époque avait lieu dans cette localité une grande solennité payenne qui réunissait tous les rois et princes de l'Irlande. Il était défendu sous peine de mort d'allumer aucun feu dans l’île avant que le signal en eût été donné par le roi lui-même; Patrick, ayant bravé cet ordre. excite la fureur de Lughaire qui se précipite avec sept chars dans la direction du lieu où se trouvaient l’apôtre et ses disciples. A quelque distance, il s'arrête et mande le coupable: Patrick se présente devant lui, plein de confiance en la bonté de sa cause et comptant sur l'appui de son Dieu; le mage Lochru l'insulte, et sur la prière de l’apôtre, il est élevé dans les airs, puis précipité et brisé dans sa chute. Le roi ordonne de saisir l'étranger ; mais un fort tremblement de terre anéantit toute la suite royale,et la reine implore Patrick en faveur de son mari qui consent à fléchir le genou devant lui. Le lendemain, le missionnaire avec cinq de ses compagnons apparaît tout à coup au milieu du festin, les portes du palais étant fermées, Dubtach Maccu Lugil se lève seul à son approche. Ce poète célèbre allait devenir ainsi que son neveu Fiecus un des plus ardents défenseurs de la foi chrétienne. Icise placent diverses épreuves
(4) Les premiers chapitres du Cod. Brux. laissent soupçonner au contraire que Patrick avait été renvoyé librement par son maître après 7 années de servage selon la coutume hébraïque.
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dont l’apôtre triomphe par des miracles qui déterminent Lughaire à se convertir au christianisme, ou du moins à tolérer dans son royaume la prédication de l'Evangile. — Jusqu'ici le récit des événements est suivi, et nous pouvons dès maintenant faire remarquer que cette portion de l’histoire de saint Patrick est reproduite d’une façon analogue par la plupart de ses biographes.
Les autres faits mentionnés par Muirchu n'ont aucun lien avec ce qui précède, ce ne sont que des épisodes détachés de la vie de l’apôtre. Tels sont par exemple, la conversion du .brigand Maccuil et sa pénitence dans l’île de Man (Ævon1a); la prédiction de Patrick contre deslaboureurs qui travaillent le dimanche malgré ses conseils; la construction de l’église métropolitaine d’Armagh sur l'emplacement donné par le roi Daire;la malédiction prononcée par l’apôtre contre le propriétaire d’un champ, auquel il reproche son avarice; la conversion de Monessa, fille d’un roi breton; les détails miraculeux sur Benignus, disciple favori, etles démèlés de Patrick avec le roi Corictic (Coroticus), qui est changé en renard pour avoir refusé de suivre ses conseils.
Le Livre 11 donne un aperçu de la piété fervente de l'apôtre, cite les quatre demandes qui lui sont accordées par l'ange, et quelques détails sur sa mortqui eut lieu à Sabhuill- Padruig le 16 des Cal. d'Avril, à l’âge de 120 ans. Il se termine enfin en racontant les disputes qui s’élevèrent entre plusieurs tribus au sujet de la possession de son corps. A ‘la suite de cette biographie viennent quelques renseignements sur saint Patrick sans aucun titre, mais dûs probablement à un auteur différent. La dernière phrase est attribuée à l'apôtre lui-mème et porte en tête ces mots: Dicéa Patricii. Noïci cette phrase :
€ Timorem Dei habur ducem iteneris mei per Gallias atque Îtaliam, etiam in insolis quæ sunt in mari Terreno. De sæculo requissiséis ad paradissum. Deo gratias. Æclessia Scotorum, immo Romanorum, ut christiant, ita ut Romant sitis, ut decanletur vobiscum oportet omnti hora orationis vox 1lla laudabilis
Curie lession, Christe lession. Omnis æclesia quæ sequitur me cantet Cyrie lession, Christe lession, Deo gratias. »
Les conclusions que l’on peut tirer de l’étude de cette vie sont les suivantes :
1° L'auteur est Muirchu Maccumachteni fils de Cogni- ÉUSUS 2
2° Ilécrit sous Aiïdus, évêque de Slept, par conséquent à la fin du vie siècle ; nous possédons deux copies de son ouvrage, l'une du 1x° siècle, l’autre du x1° environ.
3° Les 6 premiers chapitres qui font défaut dans le premier de ces documents et que l'éditeur reproduit d’après le Codex Bruxellensis sont calqués sur la confession de saint Patrick. — On rencontre plusieurs contradictions de détail entre ces chapitres et les suivants. et nous serions assez porté à y voir une addition d’un scribe postérieur au Livre d’Armagh dans le but de compléter le texte primitif dont il se servait;
* 4o Dès le vir° siècle, il existait des écrits sur saint Patrick contenant déjà des miracles attribués à cet apôtre (1). Muirchu s’est servi de ces ouvrages et paraît avoir aussi fait appel à la tradition orale ;
5° Malgré son caractère légendaire, cette vie nous paraît la source des documents publiés par Colgan et cela pour trois raisons :
A. Le style est plus archaïque ;
- B. Les prédictions de saint Patrick, les prophéties des mages irlandais ont un caractère plus énigmatique, et par suite plus vrai; les mots irlandais qui s'y rencontrent ne sont pas expliqués (par ex : le serment ordinaire de l’apôtre: Modebrot, Dieu me juge !); |
C. L'activité de saint Patrick, ses voyages et ses succès nous sont dépeints avec beaucoup de clarté; les autres Vies plus confuses se perdent dans des détails et laissent voir la préoccupation d’assigner un lieu exact à chaque légende ;
6° Indépendamment de la confession de saint Patrick, il
(4) Voir L. I, ch. rv (Analecta Bolland., 1, 580). Post vero miraculz tanta, quæ alibi scripta sunt et quæ ore fideli mundus celebrat.....
Se
est impossible de déterminer les autres sources où a puisé l’auteur.
IT. Collectanea Tirechant. — Nous n'avons pas ici, comme dans le document précédent, une biographie formant un tout, mais bien un assemblage de notes ayant le, caractère d'une exquisse tracée en vue d’une rédaction postérieure, et qui contient un grand nombre de faits de nature différente qu'il est difficile de ranger dans l’ordre historique. L'auteur fait une longue nomenclature des Eglises fondées par Patrick, et cite, le plus souvent sans détails, les évêques qui s’y sont succédé. Indépendamment de ces énumérations, voici cependant quelques données qui jettent un certain jour sur la personne de Papôtre:
Tirechan rapporte les quatre noms de Patrick qu'il a trouvés, dit-il, dans le Livre de l’évêque Ultan: « Sanctus Magonus, qui est clarus; Succetus, qui est Patricius; Cothirthiacus (1), quia servivit [III domibus Magorum ($S1) ». Le derhñier de ces noms provient de ce que Patrick fut esclave de quatre maitres à la fois en Irlande; l’un d’entre eux,Miliuc (Milcon), l’acheta à ses associés et le garda sept ans en qualité de berger. Après plusieurs visions de l'ange Victor, Patrick quitte son maitre à l’âge de 22 ans et voyage durant sept années en Gaule, en Italie et dans les îles de la mer Tyrrhénienne (#é 2pse dixit in commemoratione laborum) (2), il séjourne en outre trente ans dans l'ile de la Camargue (Aralanensis insola). Puis il traverse les Gaules, passe par les îles Mac Cuchor et aborde enfin en Irlande où il fonde huit églises dans le champ de Breg. Ilse rend à Taltenna, où avait lieu l'assemblée royale, afin de célébrer la Pâque; mais l’auteur ne donne aucun détail sur les incidents mentionnés par Muirchu. Tirechan raconte ensuite les rapports de Patrick avec les trois fils de Neill; l’'apôtre maudit Coirpreticus qui avait voulu le tuer, bénit au contraire Gonall qui lui donne l’empla-
(1) Mieux Cathraige (Voir l'Hymne de Fiecus).
(2) Il n’est pas question dans la Confession de saint Patrick de son voyage en Gaule ou en Italie.
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cement de Pomnagh Padruig et enfin fait un pacte avec Laeghaire, roi suprême, en vertu duquel celui-ci promet de ne causer aucun dommage à Patrick, tout en refusant de se convertir à cause des menaces de son père. Au chap. xv, à propos des fils d’un chef qui viennent pour se faire juger par Laeghaire et Patrick, Tirechan dit : « Cest à la suite de ce fait que les Irlandais sont serviteurs de Patrick jusqu'à ce jour. »
Le livre II donne un aperçu de l’œuvre du missionnaire en Connaught. Il paraît abandonner ici les renseignements fournis par Ultan et suivre une autre source ; $ xxx, il mentionne l’histoire et la mort d'Assicus, ouvrier de Patrick; $ xxv, la conversion et le baptême des deux filles du roi; $ zur, les trois peérfiones qui lui sontaccordées par l’ange (1); au $ Lvt, nous trouvons la tradition selon laquelle Palladius serait mort martyr.
Mentionnons enfin la chronologie de Tirechan: Liv. I $rr: 4386 ans depuis la Passion de J.-C., jusqu'à la mort de Patrick; livre II $ x: Patrick est baptisé à 7 ans, fait prisonnier à 10 ; sa captivité dure 7 ans ; il lit les Canons pendant 30 ans et enseigne 72 ans. La durée de sa vie est de 120 ans.
Les quelques remarques qui résument nos réflexions sur ce document sont:
1° Les Collectanea sont dus à Tirechan, sur qui nous n’avons aucun renseignement; nous savons seulement qu’il écrivait vers la fin du vue siècle, après la mort de l’évêque Ultan;
20 D’après plusieurs passages du livre I, il est manifeste qu'il à fait de fréquents emprunts à son maître (voir par exemple Analecta Bolland., 11, p. 35, 86, 45); mais il ne parait plus
(4) Nous avons vu que Muirchu en cite quatre ; voici celles que rapporte Tirechan:
1. Ut suscipiatur unusquisque nostrum pœnilentiam agens, licet in exlremo vilæ suæ judici sui die ul non claudelur in inferno: hoc est prima.
1. Secunda, ne barbaræ gentes dominentur nobis in sempiternum.
1. Ut ne supervixerit aliquis nostruim,1d est Hibernensium, ante vnr annos ante diem judicii, quia vu annis ante judicium delebuntur æquore: hoc est Im.
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avoir utilisé cette source dans son livre Il. En effet : A. — Outre ses propres déclarations dans le prologue de ce livre, nous remarquons qu'il ne mentionne pas Ultan alors qu'en plusieurs endroits, il cite ceux auxquels il doit des renseignements (voir p. 66, 67, 68). — B. On trouve quelques répétitions et contradictions entre les deux parties de l'ouvrage ; ainsi, il revient à la fin sur la jeunesse de Patricket sa consécration par Célestin, et la chronologie est différente dans $7 et SEnT;
30 Ce document se compose de notes prises par l’auteur dans différentes biographies aussi bien que dans les traditions orales ;
4° Son importance ressort de ce fait même, qui nous mon tre le procédé littéraire des auteurs de l’époque ;
5 Si Tirechan n’a pas connu lui-même les écrits attribués à saint Patrick, il paraît certain en tous cas que saint Ultan les avait consultés; ce dernier, d’ailleurs, n'avait probablement parlé que de l’œuvre missionnaire de Patrick dans le Leinster.
IT 4 dditamenta. — Ces additions aux Co//ectanea de Tirechan, publiées en août 1883 dans les Analecta Bollandiana (t. IL, fasc. 2), sont dues, d’après l'opinion d'Hogan, à Ferdomnach, le seribe de tout le manuscrit du livre d'Armagh. Le latin en est inculte et surchagé de mots dénaturés par le manque d'orthographe. Plusieurs chapitres ainsi que l’Index qui termine sont en vieux celtique ; l’auteur s'excuse d’avoir employé cette langue en alléguant l'abondance des noms irlandais qu'il est obligé de citer.
Le prologue est ainsi conçu : x
Inciprunt alia pauca serotinis temporibus inventa suisque locis narranda curiositate heredum dilegentiague sanctitatis quæ tn honorem et laudem Domint atque in amabilem Patricii memoriam usque in hodiernum diem congregañtur.
Remarquons que ces notes, dont les données historiques paraissent véridiques, ne contiennent aucun miracle, sauf