‹ Étude critique sur la vie & l'œuvre de Saint PatrickChapitre 7 sur 24 · PU ES · texte numérisé non relu

PU ES

l'histoire du char envoyé sans conducteur par Patrick à Fiecus. En second lieu, elles nous décrivent, non l’activité de saint Patrick lui-mème, mais celle de ses disciples ; nous y constatons que les compagnons de l’apôtre, tout en rattachant leur œuvre à leur maitre, eurent à travailler seuls dans différentes parties de l'Irlande. Ceux dont l’activité missionnaire nous est plus spécialement rapportée dans les Additamenta sont: Loman, Fortchern, Colman, Benignus, Isserninus, Fiecus, Sechnall et Aed. i

L'entrevue de Patrick avec Dubtach dans le Leinster nous est racontée d'une façon identique à la glose de l'Hymne de Fiecus.

Citons un détail original qui se trouve au ch. x. Selon l’auteur, Isserninus aurait été le condisciple de Patrick auprès de saint Germain; c’est après le refus d’Isserninus d'aller prècher en Irlande que Patrick se décida à obéir lui-même à l’injonction de leur maitre commun ; plus tard, ils devaient cependant se rencontrer dans ce champ de travail.

$ 3. Les Vies de saint Patrick publiées par Colgan. — Elles sont au nombre de 8, si l’on détache la glose de l'Hymne de Fiecus.

I. Vita I. — Hymne de Fiecus en l’honneur de Patrick. — Cette hymne, écrite en vieil irlandais, se compose d'une vingtaine de strophes contenant chacune quatre petits vers rythmiques de sept à huit pieds. Colgan en a donné une traduction latine assez littérale ; Whitley Stokes dans ses Gordelica Ya transcrite en anglais.

Elle estaccompagnéed'une gloseexplicative postérieure d'un ou deux siècles et dont les données constituent comme nous le verrons une biographie particulière et originale de Patrick.

Une ancienne tradition attribue cette Hymne à l'évèque Fiecus (saint Fiacc), disciple et contemporain de l'apôtre (1). Bien que nous contestions l’authenticité de ce document en

(1) Elle porte le nom d'Hymnus sancii Fieci dans le Liber Hymnoyum auquel l’a empruntée Golgan.

tant du moins qu’on le suppose écrit au v° siècle, il est intéressant de faire connaître ce que l’on raconte de ce Fiecus et en particulier l'histoire de sa consécration par Patrick. Shearman s'étend en tout un chapitre (1x) sur la biographie de ce saint et sur celle de son fils (saint Fiacre). Sans entrer dans tous ces détails, voici la tradition rapportée par les Additamenta à Tirechan ($ xx), la glose sur cette hymne et la Vita vi tripartita (1):

Patrick va rendre visite à son ami Dubtach, poète royal d'Irlande, qui se trouvait dans le Leinster à Magh-Criathar près de Slept, et lui dit qu’il aurait besoin d’un homme fidèle et sûr, capable de diriger une église. Dubtach lui recommande chaleureusement son neveu et disciple Fiecus. Pendant l’entretien, ils aperçoivent précisément le jeune homme qui se dirigeait vers la maison. Dubtach, craignant que, par modestie, Fiecus ne refuse l’apostolat, use d’un stratagème et lui annonce que suivant le désir de Patrick il va lui-même recevoir la tonsure monacale et entrer dans les Ordres. Le jeune homme se récrie ; son maitre est trop âgé pour les rigueurs du couvent, ilest utile au pays pour chanter les exploits des guerriers, il ne doit pas renoncer à son glorieux titre de poète royal. Puis, il s'offre lui-même à remplacer Dubtach si Patrick veut accepter l'échange. Depuis ce jour, Fiecus resta attaché à son nouveau maitre et ne le quitta qu'après avoir reçu l'instruction suffisante pour l’ordination épiscopale. Il fut évêque de Slept, archevèque de Leinster et mourut entre 510 et 520.

Colgan, comme nous l'avons vu, place la rédaction de ce petit poëme au commencement du vi siècle ; le savant O'Curry lui-mème l'attribue sans discussion à saint Fiacc (2).

Plusieurs raisons ont été alléguées contre l'authenticité de cette hymne :

. (4) Voir aussi dans la Vita vi Josselini, $ 115, le récit de la conversion de Fiecus, mais avec quelques variantes. Selon cet auteur, il aurait vu descendre dans la tombe 60 de ses disciples.

(2) Lectures on the manuscript materials, ete., p. 243.

rer —

D'abord, elle suppose déjà des Vies antérieures; l’auteur a besoin de s'appuyer de l’autorité des documents dontil se sert pour affirmer la naissance de Patrick à Nemthor (1) et son séjour auprès de saint Germain (2). On comprend peu ces précautions chez un disciple immédiat écrivant quelques années seulement après la mort de son maitre.

En second lieu, l’auteur mentionne les miracles de saint Patrick ; si grand que fût le prestige de l’apôtre, il est assez difficile de supposer que les traditions légendaires aient pu se développer en si peu de temps, et surtout être admises par un de ses familiers (Curabat cæcos et leprosos, mortuos ressuscitabat ad vitam, etc).

Ces raisons seules ne suffraient pas si elles n'étaient confirmées par des arguments historiques. En effet, cette hymne suppose comme un fait accompli la destruction de Tara qui n'eut lieu qu’au milieu du vit siècle (3). « Les mages prédisaient une ère nouvelle qui rendrait déserte la populeuse Témora ». De plus, le christianisme en Irlande paraît définitivement installé ayant à sa tête le siège métropolitain d’Armagh: « Le siège du royaume est à Armagh dont le nom sera éternel parmi les peuples ».

Cependant, bien qu'on ne puisse le faire remonter jusqu’au vie siècle, il n’en est pas moins vrai que c’est un des documents les plus anciens sur notre sujet.

Le manuscrit d’où cette hymne a été tirée est du commenmencement du xre siècle et contient déjà la glose explicative de la même main que le texte.

Le récit est simple et sobre de détails ; les légendes miraculeuses ne sont pas encore localisées ; les deux « demandes » (4) que l'ange accorde à saint Patrick ont un caractère bien moins matérialiste etspécial que dans les autres documents : « L'Hymne de saint Patrick sera une cuirasse de protection pour les peuples ». — «Au jour du jugement, les

1) « Sicut refertur in historis ».

; « Sicut testantur historiæ ».

3) Le siège du royaume fut enlevé à cette ville en 540. ; 4) Elles sont au nombre de 4 ou de 3 dans les autres biographies.

Irlandais accompagneront leur apôtre auprès du juge suprême ».

En outre, on peut relever comme preuve de l’ancienneté de cette Hymne la présence d'expressions empruntées au cycle mythologique de l'Irlande, qui à l’époque du Scholiaste avaient déjà besoin d’être expliquées (les fils d'Emerus et ceux d'Ermon — le peuple des Fenii, etc).

M. d'Arbois de Jubainville place ce document au virr* siècle, Skene au ix*, Rien ne nous empêche de le faire remonter plus haut, car il nous parait antérieur aux ouvrages que nous avons analysés en première ligne. Il a un caractère d'originalité que l’on ne rencontre pas chez ceux-ci. Nous lui assignerons donc comme date le commencement du vu siècle. :

Voici en quelques mots le contenu de cette Hymne : — Patrick est né à Nemthor. À 16 ans. il est emmené en captivité. Son nom était Succat ; il était fils de Calphurnius et petit-fils d'Otidius. Il passa 6 ans en servitude et fut appelé Cathraige à cause des quatre familles où il fut esclave. L'ange Victor dit au serviteur de Milcon de se transporter au-delà des mers; il posa son pied sur une pierre qui en à gardé l'empreinte. Patrick partit, traversa les Alpes sans encombre et demeura auprès de saint Germain dans la partie sud du Latium et dans les îles de la mer Tyrrhénienne. Il vint en Irlande averti par des apparitions d’anges ; depuis longtemps, il entendait des voix d'enfants qui l’engageaient à quitter le Latium pour amener le peuple de l'Irlande sur le chemin de la Vie. Les Vates irlandais (Æ/aif) prophétisaient une nouvelle ère de paix éternelle à Laoghaire, leurs prophéties furent accomplies. Patrick fut ferme à combattre et à exterminer les erreurs. Il prècha 60 ans la croix du Christ au peuple des Fenit. Quand Patrick tomba malade, il voulut aller à Armagh; mais un ange vint à lui au milieu du jour ; et la ronce d’où l'ange l’entretenait était en feu ; il accorda à Patrick les deux privilèges que l'apôtre lui avait demandés. Tassacus administra la communion au mourant. Prodige bien

GNT ue

supérieur à celui de Gabaon ! pendant une année entière, une grande lumière brilla sans interruption sur tous le pays après la mort de l’apôtre. L'âme de Patrick se sépara de son corps après toutes ses fatigues. La première nuit, des anges de Dieu veillèrent sur son cadavre. Quand Patrick mourut, son âme vint à un autre Patrick et elles montèrent ensemble vers Jésus fils de Marie.

En résumé :

1° Cette hymne ne peut être attribuée à Fiecus lui-même, mais elle remonte très probablement au commencement du vire siècle ;

2 Elle suppose l'existence de documents antérieurs et l’auteur paraît avoir connu la « Confession de saint Patrick » ;

3° C'est la Vie la moins légendaire que nous possédions ; la plupart de ses données sont reproduites par Muirchu, sans qu’on puisse dire cependant que ce soit là que cet auteur les ait puisées.

II. — Glose à l'Hymne de Fiecus. — Nous la rangeons parmi les Vies de Patrick à cause des données originales qu’elle nous fournit. Elle nese contente pas en effet d’expliquer certains termes devenus obscurs, elle donne aussi de nombreux détails qui ne sont pas provoqués par le texte.

Composée très probablement à la fin du vin onu au commencement du 1x° siècle, elle rapporte beaucoup de faits étrangers aux documents antérieurs ou postérieurs : De là l'intérêt tout particulier qu’elle présente.

La Vita tripartita parait l'avoir connue ou du moins s’ètre inspirée d'une source analogue. On peut comparer par exemple le récit de la première captivité de Patrick dans un voyage qu'il faisait en Armorique avec sa famille, les prédictions des mages relativement à son arrivée en Irlande et l'histoire de la mission de Palladius avec les chapitres 16, 24 et 38 de la 1e partie de la Vz#a vis. Mais à part ces points de res-

ne

semblance, voici quelques traits nouveaux que l’on ne trouve pas ailleurs :

Le glossateur cite les 10 ascendants de saint Patrick jusqu'à Britus qui a donné son nom aux Bretons. De même, ïl connaît et rapporteles noms des cinq sœurs du missionnaire et de sa grand mère maternelle. L'ange Victor se présente sous la forme d’un oiseau dans un lieu appelé Schiric près d’Arcuil où demeurait Milcon. Patrick nous est dépeint comme accompagnant saint Germain en Grande-Bretagne pour y combattre l’hérésie, puis, consacré par un certain Amatorex, episcopus Antisiodorensis, en présence du pape et de Théodose le jeune, roi du monde, Célestin meurt dans la semaine qui suit cette consécration. Le second Patrick, avec l’âme duquel l’âme de l’apôtre monte au ciel, est identifié avec Sen Patrick (Patrick l’ancien) dont les restes, selon la glose, sont à Glascow.

Il est très difficile de déterminer l’époque précise à laquelle cette glose a été écrite. Rien ne trahit l’œuvre de plusieurs auteurs. Nous lui assignerons comme date approximative les dernières années du vir° siècle.

Nous entrons maintenant dans une nouvelle catégorie de Vies qui ont pour caractère commun de raconter les miracles accomplis par Patrick dans sa jeunesse, et cela d’une façon si identique qu’il est impossible de ne pas y voir la même tradition. Ce sont les Vies 11, 111, 1. Vi, vit publiées par Colgan. Ces miracles d’une extrème puérilité, n’ont aucune importance pour nous au point de vue historique. C’est probablement à la même tradition qu’il faut rattacher aussi les légendes diverses concernant les voyages de l’apôtre à Tours et dans les îles de la mer Tyrrhénienne (Voir Vi£a m1 $$ 2 - 10 ; IT $$ 2-10, 28, 27-29 ; 1v $$ 3-14, 29-31; vi $$ 2-12, 93, 28-30; VII, LISS 4-15, 32, 34, 36, 87, 40, 41.)

Nous réservons pour l’étudier après ces documents la Vr#a v de Probus, basée sur des sources indépendantes.

JT Vita IT — Elle ne se compose que d’une quarantaine

RTE

de paragraphes et se termine assez brusquement après l’entrevue de Patrick avec le roi Laeghaire, soit que le manuscrit ait été tronqué, ce qui nous paraît le plus probable, soit que l’auteur n’ait eu connaissance que de cette partie de la carrière de Patrick. Nous y trouvons peu de renseignements que l’on ne rencontre dans les vies parallèles. Elle présente beaucoup de ressemblance en particulier avec les Vies II et iv, et nous sommes d'accord avec Schœll en admettant que celles-ci lui sont postérieures. (1)

Colgan attribue cette biographie à saint Patrick Junior, neveu de l’apôtre, mais sans se prononcer pourtant avec beaucoup d'assurance. Contre cette hypothèse, nous ferons remarquer la présence desemiracles de jeunesse de Patrick que l’on ne trouve pas dans les documents plus anciens; en outre, le$ 38 suppose non seulement la mort de Fiecus (520) mais encore le fait que ses restes sont déjà un objet d’adoration à Hisleibte, tandis que Colgan lui-même place en 494 la mort de Patrick le jeune.

Les rapports de cette Vie avec la Tripartite sont indéniables, non seulement dans l’ensemble des données mais encore dans certaines particularités qu’elles reproduisent à l'exclusion des autres documents. Comparez, par exemple, Vita 1 $ 16 et Vita vn, L.1, $ 21 (Patrick, captif en Irlande, est sur le point de se marier avec sa sœur, et la reconnaît à une cicatrice.) Vrfa nu $ 13 et VHL.1, $ 18 (Citation analogue de la Confession de Patrick) réa n $ 23 et Vréa Vuil. 1, $ 38 (Célestin 45° pape depuis saint Pierre). Voir encore ll $ 25et vi, L1, $ 42; 1$ 84 et Vu L.1, $ 56; 11 8-31 et VII Leur S152: etc.

La Tripartitenous paraît postérieure pour plusieurs raisons : d’abord le texte de la Vzrfa ll est plus concis et les détails bien moins circonstanciés. En second lieu, plusieurs passages parallèles qui sont en celtique dans celle-ci sont

(1) Ouv. cité p. 66, etR. E. de Herzog, p. 29. Todd assigne comme date à la Vata 11, l'an 900 environ.

me

traduits littéralement en latin dans la Vz/a vu (1). Enfin, l’auteur de la première fait consacrer Patrick par le roi Amathus (le texte porte Amathorege), tandis que la Tripartite nous dit que cette consécration a été faite en présence de ce personnage, mais par le pape Célestin lui-même.

Les quelques citations de l’Ancien et du Nouveau Testament sont reproduites textuellement d’après la Vulgate.

Pour les raisons mentionnées plus haut, nous placerons donc cette Vie au commencement du 1x? siècle.

IV — Vita III. — Nous avons peu de détails à donner sur cette Vie, on y retrouve la mème tradition que dans la précédente, sauf cependant les traits spéciaux à celle-ci que nous avons mentionnés. jé

Elle n’assigne qu’une durée de quatre ans au séjour de Patrick auprès de saint Germain (2). Rome est nommé « la tête de toutes les Eglises » ; c’est dans cette ville que l’apôtre reçoit l’ordination, et, plus tard, pendant son activité missionnaire, il y fait un second voyage et en rapporte les reliques de saint Pierre, de saint Paul et de saint Etienne, ainsi que le linceul « sur lequel on peut voir des gouttes de sang de Jésus ».

Colgan attribue cette vie, extraite d’un ancien manuscrit de Bavière, à Bénignus, successeur de saint Patrick comme archevèque d’Armagh, mort en 468. Sa raison principale est que l’auteur parle de certains évèques contemporains de Pa-

-trick comme vivant encore. Il est facile de répondre à cela ; l'auteur reproduit des sources beaucoup plus anciennes sans prendre la peine de modifier les données incompatibles avec le cadre même de son récit.

Schœll place ce document immédiatement après la Vr£a 11, et par une étude comparée, montre qu’il est antérieur à l'Æistoria Britonum faussement attribuée à Nennius (3)

1) Comp. Vita 1, $$ 20, 32, 34 avec Vita vu, L. 1, $$ 28, 53, 55.

sl C'est aussi la durée que donne Ericus dans sa Vie de saint Germain. (3) Ouv. cité, p.65. Gette Historia Britonum est l'œuvre d’un certain Marcus. V. Hogan, dans Analecta Bolland, I,p. 535.

De plus, il croit que cette Vr£a 11 doit être contemporaine des premiers succès des Danois dans l'ile, et prouve cette assertion par l'examen des « Peñifiones. » (1).

Nous servant des mêmes arguments que Schæll, tout en modifiant ces conclusions qui paraissent exagérées, nous dirons que rien n'empêche de supposer qu’elle a été écrite dans le courant du ix° siècle, postérieurement à la Vzéa 11. C'est probablement à cette Vie que l’auteur a directement emprunté les miracles de la jeunesse de Patrick; une comparaison de x $ 27 avec 11 $ 30 (Prédiction des mages), et de un $30 avec ur $ 834 (Prédiction de Patrick contre la postérité de Milcon) amène au même résultat.

V — Vita IV. Cette biographie, comme le soutient Schæll. est très certainement plus récente que les précédentes. Colgan l’attribue à saint Eleran, surnommé le Sage, mort en

Les sources où l’auteur paraît avoir puisé sont les sui-

vantes : 1° La confession de saint Patrick ($$ 1, 15, 16);

20 La Vita nr (Miracles de jeunesse; cf: 1V$ 2et nn $ 16; 1v $28 et 11 $ 24 (2n eodem pago); 1v $ 31 et1r $ 26 (27 proxime habitante loco) ; 1v $ 32 etui $ 28, 1VS 39 etur $ 84 (guem foderunt servi Fecci, etc.) ;

80 Le Livre d'Armagh et la Vz£a 111 pour le récit de l’activité de Patrick après la conversion de Laoghaire ;

Lo D’autres documents inconnus ($ 1: quelques-uns disent que Patrick est d'origine juive; $ 15: quelques-uns prétendent qu'il n’avait que sept ans lors de sa première captivité, $ 37; $ 77: meurtre du cocher de Patrick; $ 88: Les 9 filles du roi des Lombards viennent se faire baptiser par Patrick; $$ 91 et 93; Patrick et sainte Brigitte, etc.).

L'auteur nous dit en propres termes qu'il n’écrit rien qu’il n'ait trouvé dans d’autres ouvrages ou qu'il ne doive à la relation d'hommes véridiques.

Le style est plus correct et plus élégant que dans les bio-

(2) Voir ces trois Petitiones dans Schœll, p. 65 —- On rencontre quatre nouvelles demandes de l’apôtre au $88 de la Vita ur.

graphies précédentes; il s’y rencontre bien moins de mots irlandais.

Shearman (1) pense qu’elle a été composée à la fin du vi siècle environ; nous la placerons un siècle plus tard à cause des sources auxquelles l’auteur fait des emprunts certains.

VI. — Vita NII tripartita.— C’est la dernière de celles que publie Colgan et aussi la plus développée ; elle est extraite par lui de trois manuscrits dont il ne donne pas la date, mais qu'il a corrigés et complétés l’un par l’autre. O’Curry a découvert au British museum un nouveau manuscrit remontant au xv® siècle (1477) dont il rend compte très-minutieusement dans ses Zectures (p. 845). Enfin Whitley Stokes a donné tout récemment une nouvelle édition critique de cette Vie que nous n'avons pu nous procurer.

Chacune des trois parties dont elle se compose est précédée d'un prologue. — Elle était lue et commentée dans les écoles, comme le témoigne la présence de plusieurs gloses, soit en irlandais, soit en latin.

Ici encore, pour assigner une date approximative, nous aurons à combattre deux opinions extrêmes : celle de Colgan et de O'Curry qui font vivre l’auteur au vr° siècle et celle de Schœll qui ne croit pas ce document antérieur au xime siècle.

Colgan fait quatre remarques dont les deux premières, dit-il, sont certaines, et les deux autres seulement probables. Ce qu’il croit pouvoir affirmer avec assurance, c'est que l’auteur est irlandais et moine de profession ; il le prouve facilement en montrant la connaissance qu’il a des noms propres de lieux et de familles et les nombreuses citations de l'Ecriture. Ce qu'il admet seulement comme vraisemblable, c'est que l'auteur à vécu vers le milieu ou la fin du vi siècle et qu'il n’est autre qu'Evinus, cité par Josselin comme un des biographes de Patrick. Il prouve la première de ces deux

(1) Loca Patriciana, p. 409.

nn

hypothèses par le même argument dont il se sert pour la Vita 1v, à savoir que l’auteur parle de disciples immédiats de l'apôtre comme vivant encore au moment où il écritetil ne recule pas devant la supposition que l’un d'eux, Guafactus, ait pu vivre 140 ans (1). Il est facile de renverser cet argument en faisant remarquer que le biographe cite des noms de saints du vu° et vire siècle (Colgan prétend que ce sont des additions postérieures).

Quant à la conjecture que l’auteur soit Evinus, Colgan la fonde sur le fait que Josselin mentionne cet Evinus comme ayant écrit une vie de Patrick en partie en irlandais en partie en latin, et qu'il fait lui-même des emprunts nombreux à la Vita vu. Cet argument est bien faible si l’on considère que du vie au xrr° siècle (Josselin écrit en 1183) il y a de la marge pour bien d’autres Vies de saint Patrick.

Schœll se contente d'affirmer « Va 1lla Colgant V1 quum non tantum ex reliquis pleraque sumta sed et nova multa sint addita recentior est ceteris, ideoque x. sœculo non prior ». Nous aimerions voir cette opinion développée ; nous ne pensons pas d’ailleurs qu’elle puisse se soutenir après l'étude comparée de cette vie et de celle de Josselin.

Ces deux vies ont, en effet, beaucoup d'affinité ; toutes -deux nous portent à une époque évidemment plus récente de deux ou trois siècles que celles que nous avons déjà examinées. La multiplicité des légendes, le grand nombre de détails et de faits historiques montrent dans l’une et dans l’autre le but avoué de donner autant de renseignements que

«possible ; les auteurs ont utilisé toutes les sources qu'ils ont pu se procurer sans prendre garde aux répétitions. De plus, ils s'appliquent tous les deux à nous donner une biographie complète de l’apôtre, à nous retracer ses pérégrinations dans un ordre chronologique: dans ce sens, elles se distinguent assez nettement des autres Vies de Patrick.

Indépendamment des données historiques communes,

(1) Voir la note de Colgan sur le 1, 1 $ 20.

nous avons compté près de 90 miracles rapportés, souvent en termes analogues, par la Vr£a vi et la Vifa vu. Quelle est donc celle qui est antérieure ? Nous sommes persuadé que c'estla Tripartite, ayant été amené à ce résultat par une comparaison rigoureuse de ces deux documents.

La Vrfa vi a très peu de renseignements que l'on ne retrouve dans Josselin (1). Ce dernier, au contraire, contient au minimum une trentaine de chapitres racontant des faits complètement inconnus à l’auteur dela Tripartite : ce qui ne s'explique guère si l’on ne suppose que ce dernier a précédé et ignoré la Vréa vi; car les deux auteurs, comme nous l’avons dit, exposent à loisir toutes les données qu'ils connaissent sur leur héros.

Les principaux faits cités par Josselin à l’exclusion de la Vita vi sont les suivants :

$ 50. Il mentionne les deux sœurs de Patrick, Tigridia et Darorcha, indépendamment de Lupita citée par la 7r1partite, et 22 neveux et nièces de l’apôtre;

$ 71-73. L'œuvre missionnaire de Patrick à Dublin et dans la région avoisinante ;

$ 82. Voyage de Patrick en Grande-Bretagne ;

$ 165. Douze citoyens mis à la tête du gouvernement d’Armagh ;

$174. Dispositions de Patrick en vue des moines ;

$ 175. Vision de l'apôtre sur l'avenir de l'Irlande ;

$ 191 et 196. Calculs chronologiques (?).

Il y a là, on le voit, plus que des détails ; cette simple énumération est un solide argument contre l'opinion des Schœæll.

Nous placons donc cette Vr£a vir avant la Vréa vr mais après toutes celles que nous avons déjà passées en revue, à la fin du x° ou au commencement du xr° siècle.

(1) Les principaux sont contenus dans : Trip. 1. 1, 8$ 2, 16, 34, 69-71 ; 1. nu, $$ 9, 29, 52, 108, 124 ; 1. m1, $$ 5, 6, 81 ; et quelques autres moins importants.

(2) Voir encore Vita vi, $$ 21, 23, 25, 38, 78, 82, 88, 98, 103, 135 140, 149, a , | , , , 3 ; , ’ , ,

Core

VII. Vifa vi Fosselini. — Ici, nous nous trouvons sur un terrain plus ferme. Le prologue contient des données qui permettent d'assigner à cette Vie une date précise. « Æeverendissimi Thomæ Ardmachant archiepiscopi, totiusque Hibernixæ primatrs et Malachiæ, Dunensis cpiscopi ad hoc opus agrediendum praæceptis perstringimur : tllustrissimt nihilominus Fohannis de Cursi IUidiæ principis super hoc repetitio adjungitur quisancti Patricii specialissimus dilector elvenerator esse arbitramur ». Lies dates combinées de ces trois hommes : Thomas, archevêque d'Armagh, Malachi, évêque de Dun, et Jean de Cursi ou mieux Coursin nous mènent à la fin du xrre siècle ; la date 1183-1185 est celle qui est généralement admise pour la composition de cefte Vie (1).

Il serait difficile d'indiquer d’une façon précise les nombreuses sources où a puisé Josselin ; qu’il suffise de dire qu’indépendamment de la Tripartite qu’il suit de très près comme nous l'avons vu, on y retrouve des traces de tous les documents que nous avons parcourus jusqu'ici. Lui-même parle de 66 livres écrits sur Patrick; aucun des auteurs dont il donne les noms n’a laissé d'ouvrages quinous soient parvenus,

La Vifa VI reproduite par les Bollandistes (16 Mars) est la plus connue; nous nous dispenserons de l’analyser, ayant déjà indiqué plus haut quelques-uns de ses traits les plus caractéristiques. Un passage curieux est celui qui raconte la vision de Patrick sur l'avenir de l'Irlande: Papôtre aperçoit pendant son sommeil un grand feu dont les flammes montent jusqu'au ciel; sa lueur qui couvre d’abord tout le pays diminue graduellement d'intensité, jusqu'à n'avoir plus que le faible éclat d’une lampe, puis celle de charbons ardents; mais du côté du Nord, en Ulster, brille tout à coup une petite lumière; longtemps elle lutte contre les ténèbres; elle triomphe enfin, et sa clarté resplendissante illumine toute

(4) Voir Colgan, notes sur la Va vi et appendiæ iv, p.38 ; Usher, Anthq.,ch. xvir, p. 425 ss ; Schæll, owv. cité, p. 103 ; De Jubainville,owv.

cité, p. 30 ; Loofs, owv. cilé,p. 33 ; — Jean de Coursin vivait encore au commencement du xin® siècle. Voir Shearman, Loca Patr., p. 255. D

l'Irlande (1) — Josselin est le seul à dire que Patrick parlait couramment quatre langues (le breton, l'irlandais, le gaëlique etle latin). D'ailleurs, les détails qu'il nous donne sur la dime prélevée pour l'entretien des moines sur les terres et Le bétail du pays, sur le purgatoire de saint Patrick, sur le titre

de « légat apostolique » conféré au missionnaire par le pape et bien d'autres mentions encore témoigneraient, à défaut d’autres preuves, de l’époque relativement récente de cette Vie.

VIII. — Vita N Probi. — Nous avons gardé cette Vie pour examiner en dernier lien, non qu’elle paraisse récente, mais parce qu'elle à un caractère particulier qu’il nous sera plus facile de comprendre après avoir rendu compte des documents précédents.

Elle se compose de deux Livres : le premier va jusqu’à la conversion de Laoghaire, le second à pour titre: « De miraculis et transitu sancti Patricit »; un court épilogue (1, 41) donne Le nom de l’auteur, Probus, et indique qu’elle est dédiée à un certain Paulinus.

La date qu’on peut assigner à cette Vie ressort assez clairement d’un passage (I $ 10) où une vision prédit à Patrick « la conversion de l'Irlande, de la Bretagne,de l’Anglie, de la Vormanie et des autres nations desiles » ; la Normanie ou Normandie n’a été appelée de ce nom qu'au xe siècle environ, après l’occupation Normande.—M. de Jubainville fait vivre Probus auix® siècle, mais sans fournir de preuves (2).

Quant à l'auteur lui-même, Colgan l'identifie avec Coënechair, lecteur de Slane, qui mourut en 948 à la suite d'une nvasion danoise, et dont le nom ne serait que la traduction irlandaise du mot Probus. Sans nous élever contre cette identification, nous ferons remarquer que l’auteur paraît plutôt

.(4) D'après Josselin, cette petite lumière n’est autre que saint Malachie qui naquit et accomplit sa carrière pendant les terribles invasions danoiïses du 1x° siècle. Voir $ 175.

(2) Ouv. cilé,p. 29 -— Voir Shearman, p. 425, note 1 et Schœll, ouv. cite, p. 64 et 66.

ue

d'origine gauloise qu'irlandaise: au 1. 1, $ 1, il appelle la mer près de laquelle est située Bannave (1), « #are occidentale »:; $ 13-18, il donne plusieurs détails sur un nouveau séjour de Patrick en Gaule, inconnuaux autres biographes; 1. nm, $ 12 et $ 28, il, interprète le serment ordinaire de Patrick, Modebrot (Deus me judicet) d'une façon qui peut faire supposer quil connait peu la langue irlandaise (2).

Nous donnons cette opinion sous la plus grande réserve peut-être ces particularités s’expliquent-elles par le fait que Probus s’est servi pour la rédaction de son ouvrage de sources armoricaines.

Iesthors de doute, en effet,que l’auteur de la Vz£a v aitpuisé sesrenseignements à deux sources absolument différentes: l’une la plus étendue, paraît être la Vriéa Muirchu Maccumachthent du Livre d’'Armagh avec laquelle son récit présente des ressemblances frappantes (3); l’autre contenait des données complètement originales qu’on ne retrouve dans aucune biographie de Patrick écrite en frlande. Ces dernières données. sur lesquelles il est nécessaire de nous arrêter un instant, se rencontrent dans les chapitres suivants de Ha Vz#a vi:1. I, $ 1,2: 59, 9, 10,12;13, 14, 15, 16,17. 18, 19; 1. IL, $$ 18 et 24. Voici les principaux faits qu’on y trouve :

Patrick est né à Bannave, dans la région de Tiburn, non loin de la mer occidentale, bourg que nousavonsreconnu, sans l'ombre d’un doute,dans la province de Nentrie, où l'on prétenii qu'habitèrent autrefois des géants. A 16 ans. il est pris et conduit dans une île de barbares, vers un roi païen et cruel. Il s'échappe, et sur le vaisseau il prêche l'évangile à ses compagnons de route, puis, après avoir traversé un désert, ilarrive aux villes des matelots et convertit un grand

(4) Dumbarton, sur le golfe de la Clyde.

(2) $ 12, « quod interpretatur : quod laboratis non proderit vobis. » $ 28: « quod potest intelligi : Male fecisti. »

(3) « Hæc enim ila insistit vestigiis Muirchu Maccumachthent (nisi quod de missione Romana Patricii quæedam hausit ex Tirechano) ut manifesto habenda sit illius magis latina et elegantor recensio. » (Hogan, dans Analecta Bolland., 1, 543).

Sie

peuple à la religion de Christ, Plusieurs années après, il est fait prisonnier une seconde fois dans une terre lointaine. chez des habitants dont il ne connaît pas même la langue. Au bout de deux mois, une vision l’avertit qu'il va être délivré, mais qu’il aura à subir une troisième captivité ; dix jours de marche lui suffisent pour retourner dans sa patrie. Les fils de Rethmitus, roi de Bretagne, ravagent Arimuric (1), le père et la mère de Patrick sont égorgés, lui même est conduit en Irlande avec son frère Ructus et sa sœur Mila. L’ange du Seigneur lui apparaît sur Le Mont Egli. L’apôtre vient à Arctennacta (?) puis il est transporté en Gaule où il est vendu à Bordeaux pour 13 sols; délivré par les chrétiens, il passe quatre ans auprès de saint Martin de Tours qui lui confère la prêtrise et huit ans dans un désert avec un ermite.

Il est ordonné prêtre par l’évêque Senior sur le mont Hermon (2), du côté oriental de l'Océan, dans la ville entourée de sept murailles; le Seigneur lui apparait et Patrick lui demande trois choses : 1° que les Irlandais soient riches en or et en argent; 2 qu'il devienne leur patron; 3° qu'après sa rcort, l’apôtre de l'Irlande ait sa place à la droite du Seigneur.

Patrick aborde en Irlande, mais il estmépriséetse rend à Rome pour y recevoir la bénédiction du pape. Dans son voyage,ilrencontre saint Germain d'Auxerre auprès duquel il s'arrête quelque temps. Il retourne enfin en Irlande accompagné du prêtre Regirus.

À partir de ce moment, Probus présente un récit des événements analogue à celui que nous rencontrons dans le Livre d'Armagh et les Vies parallèles. Quelques répétitions indiquent que nous avons à faire à une compilation de plusieurs documents.

Il est impossible de faire concorder les données que nous avons citées avecies traditions les plus généralement admises. Il n’est pas moins impossible de reconstruire la vie d'un seul

() Arimurice : le bord de la mer, et non l'Armorique.

(2) Shearman (Loc Patr. p. 446) identifie ce lieu avec le Mont Saint- Michel.

en DB es

individu avec les contradictions et les répétitions qui y abondent (trois voyages de Patrick en Irlande, quatre captivités, quatre consécrations, trois récits des privilèges accordés à Patrick, etc.).

Nous ne tiendrons pas compte des parties originales de la Vita Y quand nous aurons à reconstituer la carrière du missionnaire de l'Irlande. Entre une seule tradition du x® siècle et sept ou huit autres qui lui sont antérieures et qui sontcomnmunes à plusieurs biographes, il est tout naturel que nous donnions la préférence à celles qui sont à la fois et plus anciennes et plus répandues.

S 4. — Témoignages divers sur saint Patrick. — Avant de passer à l'étude critique des ouvrages attribués à saint Patrick lui-même, citons rapidement quelques renseignements historiques que nous avons recueillis,sur l’apôtre de l'Irlande, dans des documents de provenances diverses.

I.— Le Senchus-Mor et son Zntroduction.—Nous avons déjà reproduit la plus grande partie de l’Introduction da Senchus, et l’on a pu remarquer à ce propos la place importante attribuée à saint Patrick dans la composition de ce recueil des lois irlandaises. Bien que les raanuscrits ne remontent pas à une époque très ancienne, personne n’a mis en doute jusquà ce jour lauthenticité de ces documents qui ne semblent pas avoir subi beaucoup d’altérations, si ce n’est dans les gloses d’époques diverses (1).

Outre les différentes mentions de saint Patrick qu'ils renferment, deux faits capitaux sont rapportés dans le Senchus-Mor : le premier. c'est la prédiction des devins irlandais relativement à saint Patrick (dans le texte mème) ;

(4) Quatre manuscrits ont été employés pour la publication du Senchus Mor :

Trinity College, Dublin, # 3, 17;

British museum, Harleian 431 (xvr° siècle);

Trinity College, Dublin, # 215 (1350) ;

rinily College, Dublin, x 3, 18 (xvi° siècle). — Voir, sur la fidélité

du texte, l’article de M. de Lasteyrie, Revue des deux mondes, 1865, 15 novembre, p. 369.

l’autre lemeurtre du cocher de l’apôtre.Odran (dans l’Introduction). M.de Jubainville montre les rapports qui semblentexister entre cette Introduction et les différentes Vies de saint Patrick relativement àce dernier fait. Aucune cependant ne mentionne les diverses circonstances de la mort d'Odran telles que les donne cette Introduction, qu'ils paraissent d’ailleurs ne pas connaître. La Vzfa x reproduite par Josselin parle de l'assassinat d'Odran par un homme nommé Foilge et cite,pour mémoire, une autre version où le serviteur est représenté comme se sacrifiant pour son maitre en prenant sa place sur le char. C’est la seule allusion. à la tradition du Senchus, et encore n’y est-il nullement question du frère de Laoghaire. La Vita v de Probus raconte simplement la mort naturelle et l’ensevelissement du cocher de saint Patrick sur le mont Egli.

Cependant, le fait que nous rapporte l'Introduction au Senchus porte en lui-même un cachet de sincérité, et le rôle qu'y joue Patrick est entièrement conforme à son caractère.

II. — Mentions de Patrick dans les Vies de saints irlandars. — Nous en reproduisons quelques-unes d'après l'Appendix III de Colgan (771as Thaum.),auquel nous renvoyons pour plus de détails.

Ex Vita Sancti Kerant, cap. iv. «Tres alii episcopi ante adventum Patricii prædicabant in ea (insula): S. Albœus episcopus, S. Ibarus et beatisimus episcopus Declanus a Dese (1) ».

Ex Vita S. Albæt cap. xx-xx1: « S.Patricius episcopus qui post Albœum in Hiberniam venit (2) ».

Ex Vita S. Declant cap. XX: « Quatuor sancti episcopi cum suis discipulis fuerunt in Hibernia ante S. Patricium, predicantes in ea et convertentes plurimos ad Christum, scilicet : Albœus, Declanus.]Ibarus et Kieranus ».

Ces trois témoignages, qui se confirment l’un l’autre, se

(1) Voir des détails sur saint Kiran ou Ciaran dans Shearman, Loca Patr., 285-292,et sa vie dans le 1° vol. de Colgan,p. 52.

(2) Saint Aïlbhe mort en 533.

Mir

rapportent-ils au erand missionnaire de Irlande, et, dans ce cas, est-il vrai qu'il ait été précédé dans l’île par ces évèques ?

Nous aurons à examiner cette question plus tard en parlant de l'hypothèse des « deux Patricks ».

IT. — AMartyrologes. — Martyrologium Trevirense : ‘XI Kal. Apr. : «Patricii épiscopi (1) ».

Martyrologe de Zallagh: « Vurr idus Abprilis, ordinatio Patricii ».

Adon de Vienne (2) : xvi KI. Ap., in Scotia natale Sancti Patricii episcopi et confessoris qui primus ibidem Christum evangelizavit ».

Martyrologium universale (3), à la date du 17 mars :

- «In Hibernia natalis S. Patricii episcopi et confessoris qui primus ibidem Christum evangelizavitet maximis miraculiset virtutibus claruit.» etc.. etc.

Page 1