INFLUENCE DU FROID, — DU SEXE
Enfin l'influence du froid semble être un fait acquis.
I C'est clii Danemark, de l'Irlande et de l'Augleterro que
I noua viennent les travaux les plus importants sur la ma-
, tière ; et les chiflfres imposants sur lesquels sout fondées
ces recherches, démontrent jusqu'à l'évidence la plus
grande fréquence des myélites dans ces pays.
Non content de signaler ces grands traits, Gaizergues se complaît ensuite dans les détails de toute cette étiologie banale qu'on place à la tête d'une foule d'affections, et à laquelle les myélites n'ont pas échappé. Sous le nom de causes localisatrices, il cite « une foule de conditions antigiéniquea », le séjour des villes, le traumatisme de la colonne, une prédisposition héréditaire, etc., etc. Cette longue énumération, empruntée à l'étiologie des alïectioQs médullaires en général, me semble au moins futile dès qu'on l'applique aux myélites syphilitiques ; ces dernières sont, en effet, d'une rareté incontestable, et le nombre des observations authentiques que l'on possède aujourd'hui, où l'on a cherché à déterminer les conditions étiologiqnes, égalerait peut-être à peine le nombre des causes que l'on évoque si volontiers. II est cependant une prédisposition singulière que je ne puis passer sous silence. Tous les auteurs qui se sont occupés de la question ont été frappés de la rareté absolue des myélites syphilitiques cliez les sujets féminins. Gaizergues a cru hou d'j donner une explication que je reprodids sans commentaires : « Eu général, dît-il, la femme s'expose moins à la syphilis et aux causes qui la localisent. » Je me bornerai à constater le A\it en faisant remarquer, toutefois, que les deux cas qui me sont personnels ont été o chez des femmes.
22 ÈTIOLOGIE
Pour résumer en quelques mots ce chapitre, dont retendue est bien justifiée par l'importance capitale de la question, je dirai donc que la moelle épinière peut être atteinte par la vérole au même titre que l'encéphale et les autres viscères ; cependant les lésions médullaires sont de beaucoup les plus rares parmi les autres manifestations de la syphilis nerveuse ; et elles peuvent apparaître à une époque quelconque de la maladie^ mais plutôt à la période tertiaire et plus souvent peut-être après des accidents secondaires graves.
D'une façon générale, les femmes jouissent d'une certaine immunité, et les causes qui favorisent ces localisations spinales sont encore très mal connues.
CHAPIiaE II
HATOMIE PATHOLOGIQUE
Ce jKiint est de beaucoup le plus obscur dans les myélites syphilitiques, et on pouvait le prévoir aisément: les occasions de pratiquer l'examen postnwrtem de a moelle affectée ne sont pas très fréquentes; en outre, dans bien des cas, les autopsies laissent malheureusement beaucoup à désirer: on s'est contenté, en mainte occasion, d'un examen superficiel, à l'œil nu; et la relation de l'autopsie comporte à peine quelques lignes, d'une regrettable concision. D'autre part, il faut bii^n le dire, les altérations pathologiques des centres nerveux, celles de la moelle en particulier, sont bien souvent d'une étude délicate et d'une appréciation difficile, qui réclame le concours d'un observateur habile et versé dans la matière.
Toutes ces conditions réunies expli(iuent suffisamment les divergences qui se sont produites entre les auteurs, et les conclusions prématurées ou erronées qu'ils ont été conduits à tirer d'examens imparfaits. De prime abord, il semble qu'on pourrait parfois emprunter le secours de l'induction, et conclure de l'observation de certains symptômes à l'existence do certaines lésions. Quelques
M ANATOMIE PATHOLOGIQUE
auteurs ont employé ce procédé; Gaizergues l'a appliqué largement â sa tentative de classilication des myélites syphilitiques. Or, dans le cas particulier, on ne saurait s'élever avec trop do force contre une pareille méthode. La physiologie pathologique des lésions médullaires ne dafe que d'hier, et, malgré des travaux considérables qui seront la gloire de l'école française, avec Cliarcot, Vulpian et leurs élèves, il reste encore à débrouiller bien des fails obscurs et bien des points inconnus. Si le clinicien peut sans inconvénient s'exercer au diagnostic en s'efiorçaut de rattacher les troubles fonctionnels qu'il observe aux lésious probables qui les produisent, en revanche il appartient à l'écrivain dog-matique de n'accepter que des faits acquis; ce sont des choses démontrées et non des hypothèses qui doivent présider à ses raisonnem nts. Or lorsqu'il s'agit de lîxer les esprits (autant que faire se peut avec les données actuelles) sur un sujet aussi épineux que celui qui nou.s occupe, ou serait mal fondé à décrire Tanatomie pathologique d'une affection d'après la seule inspection de ses symptômes, alors que cette anatomie pathologique est encore à créer. Telle est cependant la tendance malheureuse de quelques auteurs ; elle n'a pas peu contribué à augmenter la confusion en apportant dans le débat une foule d'éléments étrangers- Âusbi, dans cette étude, aurai-jc soin d'éliminer systématiquement toutes les observations qui n'auront pijs été complétées par l'examen delà moelle. Cette méthode limitera beaucoup les matériaux quej'aurais pu mettre à profit, mais elle évitera les discussions oiseuses, et conduiia à des résultats plus positifs.
Avant d'aborder la description minutieuse des lé-iims
TEBBALBS
spinales d'origine syphilitique, jp crois qu'il n'est pas hors (3e propos de jeter une vue d'ensemble sur la question. Ces considérations générales, tout en nous obligeant à un rapide historique , nous permettront de discuter quelques points importants, et serviront d'introduction toute naturelle â l'fHude plus détaillée des altérations médullaires.
Il fut un temps où l'on n'admettait guère que deux ordres de faits pour expliquer les accident syphilitiques de la moelle : à la période tertiaire, ils étaient dus à l'irritation et à la compression de cet organe par une exostose; dans la période secondaire, ils constituaient de simples troubles dynamiques, de véritables paraplégies fonctionnelles, sans lésion de tissu.
ExoatoaeB. — La théorie des exostoses de la colonne vertébrale était plus vraisemblable et avait rallié bon, nombre de savants. Déjà, en 1842, Bécamier, publiant, un cas de paraplégie guérie pai* les pilules de Dupuytren, signale que, malgré la présence de douleurs lombaires, on n'a pas pu constater la déformation de la colonne vertébrale (Bedel, thèse de Strasbourg, 1851). Dixansplns tard, Sandras, dans ses leçons (Gaz. desHôp., 7 juillet 1852) insiste sur la paraplégie par exostose du canal vertébral ; il conseille même d'iutervenii' de boime heure par un traitement énergique, avant que la lésion soit trop avancée, car une fois, à l'autopsie, il trouva une exostose avec ramollissement de la moelle. Quelques mois après, se fondant sur un cas de paralysie tardive guérie par l'iodure de potassium, Vidal de Cassis diagnostique ipso facto une exostose rachidienne. En 1861, Ladreit de Larhnrrière dit encore formellement que « les lésions que l'on
m ANATOUIE PATilL-LUGlUliK
constate sont le plus souvent des altéi-ations i Mais l'année snivante, dans son remarquable mémoire, Zambaco fait justice de ces exagérations. — Certes, on ne saurait révoquer en doute les cxostosos vertébrales, car on possède quelques obsor^vations où la saillie osseuse, en raison de sou siège, était appréciable à l'oxtérienr et disparut avec un trailemeut approprié ; tels sont les malades dont Minicli et Piorry ont raconté l'histoire . Mais, en dehors de ces cas rares, on en est réduit aux hypothèses ; et encore ne sont-elles guère admissibles lorsqu'il s'agit d'accidents survenus dans la période secondaire. — Il en est à peu près de même pour les autres altérations prétendues spécifiques des vertèbres; elles ne sont pas invraisemblables, mais en somme elles ont peu attiré l'attention des observateurs, elles ont été fort mal étudiées et nous ne cunnaissons guère à ce propos que les quelques faits deDupuytren, Montfalcon et Leprestre, qui ont été consignés dans l'ouvrage de MM. Gros et Lancereaux, sous le titre de carie syphilitique. D'ailleurs, ces lésions ne sont que la reproduction sur les vertèbres de ce qu'on voit sur d'autres os, et, par cela même, ne nous offrent qu'un médiocre intérêt. J'arrive donc à la seconde hypothèse énoncée plus haut, celle des paraplégies fonctionnelles.
Paraplégies fonctionnelles. — 11 est vraiment curieux de voir avec quelle facilité les auteurs les ont admises : « Dans un certain nombre de cas, dit Lacliarrière, les lésions échappent à nos recherches, ou bien elles sont si peu marquées qu'il est impossible de ne pas admettre une influence directe de la syphilis sur la moelle épiuière (loc. cH.)t> Vialle, dans sa thèse sur les paraplégies syphilitiques (1875). on rapporte quelques cas sius ce litre :
■ '^ARAPLÈOIEi ST eiUTlQCES SANS LES»
Dysensie syphilitique sans Iàùoqs appréciables: et Gai* zergues, àproposdes paraljsiesasceudaut^ai^DëSrêaril cestigoes:* Leurs lê^t>ns sont souvent peu pronoDcêes; parf(ûs même C'-s niaUdies de^iduoeut si rapideiDenl mortelles que leurs altêraltoiLs u'oat pas le temps de se développer, u Zambaco est même allé plus loia ; d'après lui, « iouverture des cadavres ayant prouté d'une mauière luroDteslable que la paraplégie syphilitique à sDo sammam d'intensité peut exister sans lésions appÊr/ciablés, il s'est demandé si ce n'était pas là le cas te plus ordinaire. "
Certes, il ne m'appartient pas d'exauiiuèi' le bien fondé de ces troubles médullaires pouvant tuer le malade sans offrir de traces à l'autopsie : à la rigueur, il ne répugne pas plus a l'esprit de les admettre que d'admettre les diverses névroses et certains empoisonnements. Toutefois il me sembla qu'on doit restreindre êuormément les limites de ce groupe : et voici les raisons qui m'eugageut à réagir contre les idées précédeutes. D'abord ii n'est pas douteux que cette interprétation n'ait été souvent avancée d'après des vues hypothétiques. Lorsqu'on a vu la para* plégie apparaître avant la [>ériode tertiaire, à uue époque où 1*00 ne pouvait songer à l'existence d'une allératiou du squelette ; lorsqu'eu outre l'examen attentif de oa-^ malades a dûiuoutré qu'ils ne présentaient en eOet aucune lésion appréciable du système osseux, on a cru pouvoir rapporter la paralysie à l'action directe de la dyscrasie syphilitique, et l'on y a vu un trouble fonctionnel comparable aux ntAralgies si fréquentes de la période secondaire (Jawioud, les Paraplégies). Eusuite, si nous entrouK daim le ("élail des autopsies dites négatives, que
ANATOMIE PATHOLOGIQUK
tous les auteurs rapportent à l'euvi, nous nVn trouvons pas une qui puisse être sèrieuscmont invoquée eu faveur des paraplégies sans lésions. J'en ai trouvé six dans les divers recueils : trois de Gjôr (Norsk Magazin, 1857), une de Ricord(1842), une de M. Rodet, encore s'agit il d'une hémiplégie (iu Gas. méd. de Lyon, 1S58), et une de Dejérioe et Goelz en 1H70. Or. celles de GjÔr n'ont pas une importance absolue. L'auteur, dit Jaccoud (loc. cil.) les rapporte non pas pour prouver l'existence de paralysies syphilitiques sans lésions, mais pour démontrer l'existence de ces paralysies sans exostose vertéhrale ou crânienne, ce qui est certes bien différent, et il se contente do faire remarquer que, tu l'absence d'exostose, il faut rapporter les paralysies à quelque' modification spéciale dans les cen très nerveux . — D'ailleurs, ni Gjor, ni Ricord, ni M. Rodet n'ont soumis les pièces à l'examen microscopique, et cependant personne n'ignore combien l'examen à l'œil nu est insuffisant dans ces cas-là. — Pour peu que ia congestion initiale ait été passagère; pour peu que la prolifération de la névroglie ait été trop légère ou soit trop récente pour produire des changements grossiers dans le volume et la consistance du cordon médullaire, la lésion échappe à l'œil nu, et l'on taxe, bien à tort, de paraplégie fonctionnelle ou sans lésion une paraplégie résultant de désordres organiques profonds. Aussi devonsnous considérer ces cinq observations comme nulles et non avenues. — L'autopsie deDejérine et Goetz échappe à .cette objection, car les pièces ont été soumises au microscope; mais elle comporte, elle aussi, une lacune considérable, qui en atténue singulièrement la valeur. 11 s'agit d'un syphilitique qui est mortfnquelques jours avec
MEPHISE POSSIBLE. NEVRITE LISSEMINÉE 29
une paralysie complète des quatre membres, de l'incontinence d'urine, de l'angoisse et de la cyanose. Gaîzergues, qui rapporte cette observation comme, absolument probante, convient lui -même que cet homme a succombé à des phénomènes bulbaires.
Or, on n'a examiné ni le bulbe ni les racines antérieures, sauf une seule, et elle a précisément moutré l'atrophie de quelques tubes nerveux. Or, rien ne prouve que Bejérine ne s'est pas trouvé en face d'un de ces cas de névrite disséminée, sur laquelle mon excellent collègue et ami te docteur Gros vient de publier une étude ai remarquable'. D'ailleurs, codernicr n'bésitepasàla ranger à côté des observations analogues de Landry. Ghalvet, etc. , qui lui ont servi à esquisser à grands traits la physionomie générale de cette affection si mal connue jusqu'à lors. — Quoi qu'il eu soit, il me semble que, jusqu'à plus ample informé, la paraplégie syphilitique directe, sans lésions, ne repose sur aucune preuve exacte, et ne peut être admise.
Nous voici donc amenés, par une élimination progressive, à étudier seulement les lésions des parties molles contenues dans le canal raehidien, c'est-à-dire des méninges et de la moelle elle-même. Mais auparavant disons quelques mots, pour n'y plus revenir, des lésions auxquelles correspondent ces troubles fugitifs et précoces que Zambaco a si heureusement qualifiés du nom de névropathie diathésique. 11 n'est pas aisé, dit Mauriac, d'apprécier la nature de ces lésions, qui échappent presque toujours à
' J. Oro9. Contribulioii à l'bistoii'd da ThAee de Lyon. Paris, Bxillière, lg;9.
■ Névrite disjéminéf.
ASATOMIE PATHOLOGIQUE
mie exploration directe et physique. Oq n'a pour bases de jugement qu'un comploxus phônoiuonal assez difficile à débrouiller, et dont l'interprétatiou Sist, à bien des points de vue, souvent embaiTassaute. Frappés de certaines analogies, Hutcbinson d'abord, et Broadbent après lui, ont comparé la syphilis aux fièvres éruptives. Pour ces auteurs, la période secondaire représente la fièvre ; la période tertiaire ne serait qu'une conséqueace de la précédente, au même titre qu'où voit le mal de Bright succéder â la scarlatine, et les affections scrofuleuses â la rougeole. Broadbent ajoute même que, quelles que soient I es idées qu'on ait sur les accidents tertiaires, cette ana logie lui semble hors do doute : « 11 y a eu commun une période d'incubation et un état iebrile qui suit un cours plus ou moins défini. Cet élat fébrile s'accompagne de lésions cutanées symétriques et de lésions disséminées des organes internes. Le poison se reproduit dans l'économie et l'individu devient une source de eoutagîou. Finalement une première attaque confère l'immunité. » Co parallèle donne assez à entendre que les symptômes médullaires dont nous nous occupons en ce moment (crampes, fourmillements, parésle des membres inférieurs, douleurs dorsales et eu ceinture, etc.) résultent des mêmes lésions que les symptômes analogues de la variole, par exemple, et se rattachent plus à un trouble humoral qu'aune altération des solides. On a invoqué beaucoup d'arguments pour en expliquer la nature. Ainsi on a mis eu avant la chloro-auémie produite par le viinis syphilitique, ou même par le mercure, et queGrassi a prouvée sans réplique en montrant dans le sang des syphilitiques une diminution notable des globules rouges. Mais les sceptiques ont ré-
SYPHILIS CECaËUBAI.b: I£T SYPHIUS MEOULLAIRIJ:
pondu que l'anémie ne survenait guère qu'à une période avancée df la diathèse, et qu'il était au moins singulier de voir cet appauvrissement du sang guéri par le mercure, alors qu'on accuse ce métal d'en être lui-même la cause. D'ailleurs il a paru, en 1874, des recherches teu dant à prouver que le mercure augmente la proportiou des globules sauguius '. D'autres y ont vu l'effet d'une congestion du racliis et de la rnoelle. Enfin on a signalé simplement la dyscrasie, c'est-à-dire l'influence nocive que doit exercer sur le fonctionnement des éléments nerveux le sang altéré dans eoii intimité par l'empoisonnemcnt syphilitique. — Ce sont là autant d'explications plausibles di's symptômes en question ; malheureusement elles n'ont pas reçu la consécration de l'examen direct, et le fait est que nous ne savons abaolumenl rien de précis à cet égard. — Je ne m'y arrêterai pas autrement, et j'arrive eniln à ces troubles plus profonds et plus sffripux qui correspondent à des lésions matérielles appréciables et qui constituent plus spéi.'ialcmeiit d: qu'on appelle les myélites syphilitiques.
Parallèle entre la syphilis médallaire et la syphilis oéràbrale. — En lisant les travaux qui ont été publiés sur la matière, une chose m'a toujours frappé, c'est que les auteurs semblent regarder la moelle comme un organe ù part, sans analogue dans l'économie; aussi cette idée préconçue les a-t-elle empêchés de s'orienter dans leurs recherches en mettant à pi-olit les connaissances qu'ils
> WiUjoucbswitcli (ilu Muecuu). De l'iii/l. des pr:'pariit. m^rew. sw la riahesse rf« sang en globules rouges et en globules blancs. {Tpaviil ilu lahorul, d'Iiistol. uu Collège de Fronce, sous la direction île RanïiT et M i- \&s--pi.) In arc-i. lU phijsiol. 1S74, p, 50P.
32 ANAT.iMJE PATHOLOGIQI'E
avaient acquises sur tes altérations spécifiques d'autres organes. Et cependant, si t'anatomic descriptive enseigne que la moelle se termine à l'articulation axoïdo-atloï dienne, l'anatomie générale (dans la plus large acception du mot) et la physiologie ne démontrent-elles pas jusqu'à révidenco qu'elle doit comprendre encore le bulbe, la protubérance et les noyaux gris qui environnent le troisième ventricule? L'encépliale dans son ensemble, avec ses substances blanche et grise, ses méninges et son idendite d'origine, n'oCFre-t-il pas avec la moelle les liens les plus étroits, les ressemblances les plus intimes? Est- il déraisonnable de supposer que, dans ses déterminations sur l'une on sur l'autre de ces deux parties d'un même système, la syphilis doit 'produire des lésions à peu près identiques î Sans doute, en raison même des diûérences qui existent dans leurs fonctions multiples, dans leur ap titudffdiverse à être atteints par la maladie, et surtoutdans leur distribution vasculaire, il doit se produire aussi quelques nuances dans les processus à l'aide desquels la syphilis se locahse chez chacun d'eux considéré isolément. Mais, d'une façon générale, les lésions cérébrales syphilitiques sont mieux connnes que les mêmes lésions de là moelle épinière; leur étude doit donc mettre sur la voie de ces dernières ; et, dussions-nous ne pas arriver à des résultats absolument identiques, elles faciliteront néanmoins nos recherches en leur imprimant une direction méthodique et nous donnant des points de repère. — Jetons un coup d'œil rapide sur ces lésions cérébrales.
Celles de la période secondaire sont encore entourées de la plus profonde obscurité, et les quelques lignes que Lancereaiix leur consacrait en 1874 n'ont pas cessé d'être
SYPHILIS GKREBRALE 33
vraies aujourd'hui : a Dès que les affections des uerfs, comme celles de la peau, diiférent suivant l'âge île la syphilis, il y a lieu de croire que les affections des autres centres cérébro-spinaux ne se comportent pas autrement, et que les manifestations fibreuses, osseuses et viscérales de la syphilis sont soumises à une loi commune; mais jusqu'ici, nous connaissons peu les altérations secoudaiios delà syphilis ït {LanceTeaux, IVaité de la si/philis,2'' éà.) Nous ne pourrons donc mettre à profit, pour notre étude comparée, que les lésions de la période tertiaire. « Au total, a dit Founiier, toute la syphilis tertiaire se compose de ceci : des hyperplasies cellulaires originelles, lesquelles aboutissent plus tard soit à des scléroses soit à des gommes. Or, ce qu'est la syphilis ailleurs et partout, elle l'est aussi dans le cerveau. » On trouve en effet les lésions suivantes. Les méninges, la substance cérébrale et les vaisseaux peuvent être atteints. Sur les enveloppes on trouve des méningites scléreuses et des méningites gommeuses, diffuses ou circonscrites, et le plus souvent associées les unes aux autres. 11 est habituel de voir les trois méninges affectées simultanément, de compagnie ; i! en résulte la symphyse méningée et la symphyse raéningocérébrale, et la fréquence de ces états chez les syphilitiques leur donne une importance considérable. — Le cerveau lui-même peut offrir aussi au niveau do ses enveloppes la dégénérescence scléreuse ou gommeuse ; mais, dans ce cas, ce sont le plus souvent les lésions méningées qui retentissent sur lui par les troubles qu'elles provoquent dans sa circulation; il suffit, pour comprendre ces ramollissements consécutifs, de se rappeler que la piemère tamise en quelque sorte la circulation cérébrale, et
34 ANATOMrK FATHOLOGlyUK
que, d'après Diirel, les artérioles de la substance grUe ne mesurent que de 1 à 3 cmtièmes de millimètre. En dehors de ces altérations secontJaires, on a signalé des plaques de sclérose disséminées et des gommes. Mais celles-ci, loin d'être communes, sont beaucoup plus rares qu'on ne le croît généralement, eu égard surtout aux autres processus syphilitiques que l'on rencontre dans l'encéphale. — Quant aux vaissea\ix, e» dehors des altérations vulgaires qu'ils peuvent suhir par le fait des produits morbides avoisinants et qni aboutissent à leur oblitération par compression ou par thrombose, ils offrent aussi des lésions primitives qui ont été bien étudiées ces dernières années '. Déjà on avait fait cette remarque intéressante que les infiltrats scléreux ou gommeux de la syphilis cérébrale suivent volontiers le même trajet que les artères, « s'irradient et progressent de la sorte en suivantles vaisseaux, en les prenant pour support, en s'y attachant à la façon du lierre autour d'un tronc d'arbre. (A. Fournier.) » Mais depuis, on a découvert dans ces vaisseaux des altérations spéciales, consistant en prolifé-rations cellulaires interstitielles qui finissent par aboutir à la dégénérescence scléreuse ou gommeuse. Ces lésions, d'ailleurs, peuvent prédominer indifféremment dans l'une quelconque des tuniques vasculaires ; « elles sont nécessairement le point de départ d'ischémie et de ramollissement dans le département cérébral qu'elles affectent; de là des pertes de connaissance, des ictus cou-
1 0. Ueubnei'. Lac. .
Thèso de Paris, 1875.
- Rabol. Lésions sypft. des art. cérébrales.
ftYPH LIS MEDULLAIRE. LESIONS DES MENINGES
gestifs, l'apoplexie, l'iiémiplégie, l'aphasie, des troubles cérébraux divers, etc. i>
Appliquons ces données à !a moelle épiaière. Nous commencerons par les méninges.
LéBions des méninges- — S'il est un fait acquis dans riiistoire des localisations spinales de la syphilis, c'est assurément la participation fréquente des méninges au processus morbide, soit que ce processus ne frsppe qu'elles seules, soit que leurs altérations coïncident avec celles du cordon nerveux. Cette ressemblance déjà si frappante avec ce qu'on observe dans la syphilis cérébrale, est complétée encore par l'analogie des lésions : en effet, ce sont des congestions et des hyperpksies aboutissant à l'exsudation scléreuse ou gommeuse, et envalùssant rarement une seule enveloppe; aussi les adhérences des méninges entre elles ou avec la moelle ont -elles été observées dans plusieurs cas. — - En 1842, à propos des accidents médullaires de la période secondaire, ne pouvant trouver aucune autopsie qui lui révélât la nature des lésions correspondantes, Knorre avait supposé que les méninges spinales doivent offrir des exsudais très fins, analogues aux plaques laiteuses du feuillet viscéral du péricarde ; dès qu'ils ont atteint un certain volume, ils déterminent l'apparition de troubles fonctionnels; ils pourraient môme devenir l'origine de tumeurs gommeuses. Pour justifier en partie cette hypothèse, Knorre invoquait l'analogie que l'on remarque entre les tubercules miliaires des méninges et certains exsudais si rapides de l'iritig. Mais laissonsles théories pour arriver aux faits. Voici la relation des autopsies qui ont trait à la question :
H. Molli ÈRE. Mjélito aiguë chez un tertiaire. On observe de
3G AN'ATOMtE PATHOLOGIQUE
l'h^pérfiniie manifeste des méninges et de la moelle dana toute son i^paiaaeup. hea deux cOIfs. mais surtootà gauche, scppentent de gros vaisseaux plus ou moin» rariqDeux.
HoMOLLB. Voir plus loin, in ej-iento, son intéressante autopfîe, avec ex«nien histologique. Cest le microscope qaî a révéiê la k'sinn tn^ningt-c,
WiNGE. Paraplégie subaignëcheiun tertiaire : dure-mère souddo à l'arachnoïde par une fausse membrane, qui est dans sa moitié inférieure aas^i épaisse qnc la dure-mère. Ménin^o-iurélile ooncomilaiite.
Zauuaco. Oba. 34. Malade de Rostan. Paraplégie, seiatique, nombreuses tumeurs &vphititiqneg, cachexie; mort maigre- la atédtcation s[>éciAqne. Autopsie : dans le caaal Tertébral, autour de la moitié inférieure de la région dorsale do la mcelle et dans toute l'étendue de la région lombaire, on troore on épancbement gelatincui, de consistance gommeose. qni comprimait la moelle épiai(^^(•. D'après l'examen microscopiqae fait par H. Gh. Robia, Fot épancbement intraracbidien é4ait constitné par le ti«8H pnr^] pro des gommes.
Brl-bbbokr. Ontre des stmptâDe^ «poplectîfomes de cérébrale, il j arait une paralrâe des deux moitiés du corps, avec intégrité presque complète de la seasibîlité. A ranlopaie, vast* néningite de la has«, ^pùsàsseuent dn artères cc'rêhralos avec nodositi^e : ^at normal detoales les autres partie? dn sjsèmevascvlaire. Héninpite Je la mtocUe cerwiatie; les enveloppas réunies enlr<» etles^. fi>rmeal nne nwnlnM èpaissequî adbère solidement ii la moeUe et légère»Ml à la faroî interne do canal nehidien. On troMW^B Mtr» a*e atroflne de la sab^tance grise (à IVil nu) cl une difaUatio* da canl uurtiaL
WtsmikL. PaTtfUew saWc«f ckes ose kmtoe tertiaire. La aweUe «st koraude. A« MTeaa à» frt mà a trtn sacré ganebe ailk^r <* iraan «m p h^t de &n cM Ja oc tif ^isgi. obti- Mt«»tl«tn« «crd, «vwr ont af ntârflt de r«B — TtàsJBagc. K« MTtaat t» cmbI sMrf far la fum pu AU ' um * . «■ coastsle ^«''U «st n«|ilt pm- nw Bas» «■ paxtit ^immiwiii. en partie MDBWtlMlS^•^ VÙ c«Tak)t la ém n w tie ^ f^lwbr les ndaei airT««««s. Ladart-wirr <4 Mioarée de tùsa cnajcatcCif hTfdréanJ «(
GOllMES SPINALES 37
U faut joindre à ces cas celui de Gharcot et Gorabault (Çt les deux miens, où le microscope a montré l'altératioti P'de la pie-mère.
Ces derniers cas, ainsi que celui d'HomoUe, laissent à ^jenaer que les lésions méningées auraient été vues bien ■plus souvent encore si on avait pratiqué l'examen microscopique, tandis que dans les conditions habituelles des «utopsies, on n"a pu apercevoir que les lésions grossières '6t très avancées. D'ailleurs il me faudra revenir bientôt ■avec plus de détails sur ce point d'histologie pathologique. - Je devrais aborder maintenant l'étude des gommes is méninges; mais, pour ne pas scinder la question, je ■préfère jeter une vue d'ensemble sur toutes les gommes "du canal rachidien, qu'elles aient pour siège primitif les méninges ou la moelle.
Gommes spinales. — Je rappelais tout à l'heure, d'aprèi
Founiier, que les gommes du cerveau ne sont pas frc-
tquentes. Cette proposition s'applique aussi bien à la
moelle; et, qui plus est, des cinq observations que pos-
Hfèdela science, il n'en est peut être pas une de probante.
s qu'il s'agit de faits rares et sujets à controverse, il
ffit bon de soumettre au lecteur tous les éléments du dé-
tat; je croîs donc qu'il n'est pas hors de propos de rap-
lorter in extenso tous les détails anatomîques relatifs au
Jftyphilome de la moelle.
Mac Dowbll (1861), Homme de vingt-quatre aiif, offrant les signes évidents d'une syphilis qui remonte à dix-huit mois (cL cntrice au gland, restes d'i ri tie, testicule syphilitique). Paraplégie qui évolue en deux mois. — Autopsie. Les membranes spinales sont parfaitement saines ; rien d'anormal à la surface de la moelle f flle-raême:au toucher, la région dorsale est évidemment diminuée msistance. Une section verticale de" la moelle montre de.':
38 ANATOSIIK PATHOLOGlyUK
altérations plus remarqnables. Dans la partie centrale de la région dorsale, mais s'étendant beaucoup à droite de la ligne médiane, on trouve une tumeur jaunâtre, [larfaitement sphérique, unie à la surface et à la coupe, offrant une consistance âbro-gélatineuse et le volume d'un haricot. Aux environs, la substance médullaire est ramollie et plus vasculaire que de coutume. Dans le centre d'une de ces aires vasculaires on remarque un petit point jaune, qui paraît être comme une miniature de la grande tumeur. Pas traces de tubercules dans le poumon ni dans le foie. Malheureusement on n'a pas examiné le testicule.
Wagner (1803), Tumeur du volume et de la forme d'une noisette, offrant une coloration blanc bleuâtre, avec novau jaunâtre, et occupant le centre de la moitié gauche de la moelle allongée. Une autre tumeur,du volume d'une noix, offrant à la coupe un aspect lardacé, siégeait en même temps dans rbémispbcre gauche du cervelet. Le foie adhérait partout aux organes voisins.
Wit.KS (1863). (Je dois la communication de l'original à l'obligeance du D'' Em. Bowel-Sturgo.) Paraplégie chez une femme de cinquante- trois ans, qui ne présente aucun syœptOmede syphilis, mais qui dit avoir eu cette affection. — Autopsie. Le cerveau n'a pas été examiné. A la partie droite de la région lombaire, la moelle renferme un corps dur ayant environ 2 centimètres de longueur; ce néoplasme entoure les racines postérieures des nerfs, auxquels il adhère, ainsi qu'à la moelle elle-même. II forme une masse allongée, irrégulière, du volume d'une noix environ, A la coupe, il présente une substance jaune, amorphe, qui ressemble à de la lymphe dégénérée, et on trouve dans le foie une substance analogue. Le foie présente, en effet, deux ou trois nodules d'une substance jaune, amorphe, résistante : l'un d'eux apparaît comme une cicatrice à la surface de l'organe. Le poumon contient quelques masses jaunes de même espèce.
RosBNTUAL (1865). Ouvrière de vingl-buit ans, qu'on apprit plus tard avoir eu des accidents secondaires deux ans auparavant. Elle meurt paraplégique, avec de la cystite et des lésions de décubitua. — A l'aulopsie, on trouve au centre du pariétal gauche une gomme arrondie, grosse comme une noisette, dont la surface libre refoule la dure-mère ; une seconde gomme de l'épaisseur d'un doigt, longue d'environ 3 centimêtret;, part de la dure-mère