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CHAPITRE IV

Ce que le moyen âge a pen&é du christianisme de Sénèque.

Nous venons d'examiner Torigine et les fondements de cette tradition ; nous savons ce qu^elle vaut et sur quoi elle repose. Il reste à voir comment elle s'est perpétuée dans les siècles suivants, au moyen âge d'abord, puis à la renaissance et dans les temps modernes jusqu'à nos jours. Cet examen n'a plus qu'une importance secondaire; car, à mesure qu'on s'éloigne de l'antiquité, les témoignages sont d'un faible poids ; ils révèlent les passions, les intérêts, les lumières ou l'ignorance des témoins, plutôt que la fausseté ou l'inexactitude du fait rapporté. Une tradition , dans son passage à travers les siècles, est accueillie fort diversement; reçue tantôt avec mépris, tantôt avec estime , sa vogue ou son décri dépendent moins de sa valeur propre que des variations de notre humeur et des caprices de Tesprit humain ; aussi, le tableau généalogique des opinions contradictoires qu'elle soulève, sert à juger non la question même , mais ceux qui la discutent.

La foi au christianisme de Sénèque fleurit pendant tout le moyen âge ; elle s'y développe comme sur une terre amie, au milieu de bienfaisantes influences. Tout en eflfet la favorisait, les goûts , les sentiments , les habitudes, les lumières du temps ; elle trouvait naturellement sa place parmi les mille croyances qui peuplaient ces jeunes imaginations. Plus d'un titre la recommandait, plus d'une séduction lui attirait les suffrages ; un air de grandeur et de merveilleux, une intervention toute spéciale de la Providence, je ne sais quoi d' irrégulier et de clandestin dans les entrevues de Sénèque et de saint Paul, un philosophe converti, un tyran bravé

aliment des intelligenœs et l'encyclopédie des connaissances du siècle. Grégoire de Tours, qui est du temps et du pays, se récrie dans son histoire sur le mérite d'un évèque qui possédait la généalogie des personnages de l'Ancien Testament*. Selon toute apparence, si Sénèque a trouvé place dans un concile, il Ta dû à Tavantage d'être connu, même en abrégé, à une époque où la plupart des anciens étaient en oubli. D^ailleurs, quoi de plus ordinaire que de rencontrer des citations profanes dans les docteurs sacrés ? TertuUien , Lactance et samt Jérôme en sont remplis. Au v® et au \f siècle, elles deviennent plus fréquentes et plus bizarres ; non que le paganisme renaisse, mais parce que le goût s^en va. Sans parler de Sulpice Sévère, qui dans la Fie de saint Martin compare ce saint à Hector et à Socrate ^, ou de Sidoine Apollinaire, qui appelle révêque Patient, bienfaiteur des pauvres, un nouveau Triptolème, et croit relever singulièrement la théologi e en l'assimilant à l'archet d'Orphée, au bâton d'Escu lape, à la baguette d'Archimède, au compas de Perdix , au fil d'aplomb de Vîtruye ^ ; le judicieux Grégoire de Tours lui-même fait citer Virgile à Clotilde dans le discours où elle convertit Clovis, et le poëte Fortunat loue en ces termes une dame chrétienne dans son épitaphe : « Par sa sagesse, elle ne le cédait pas à Minerve,

^ V. AmpérQ, t. II, ch. ix et x. — Au début de son livre , Grégoire de Tours déplore rextinction des lettres. Le poëte Fortunat, sous Sigebert, écrit à un évoque : a Platon, Aristote, Chrysippe sont à peine connus de nous ; je n'ai lu ni Hilaire , ni Ambroise, ni Augustin. » Au vu® siècle, Tauteur de la Vie de saint Bavon s'exprime ainsi : « A Athènes florissait autrefois la langue latine, sous l'autorité de Pisistrate. » Il prend Tityre pour Virgile et place Démosthéne parmi les philosophes. — Ampère, t. II, ch. xtv.

' Ampère, l. I, ch. vm.

' Ampère, t. Il, ch. vin.

et Vénus eût été vaincue par sa beauté *. » L'empriïnt fait à Sénèque par les pères du œncile de Tours ne signifie donc pas que cet auteur fût alors regardé comme une des lumières de T Église, mais que ses extraits formaient une partie considérable du savoir philosophique de ces temps*! à.

Si l'on excepte cette citation, depuis saint Augustin jusqu'au ix^ siècle nous ne rencontrons rien dans les auteurs qui concerne le christianisme de Sénèque. Nul ne s'en occupe : ni l'historien Sulpice Sévère, qui rapporte en style de Salluste les conversions opérées par saint Pierre et saint Paul; ni saint Léon, pape, dans ses trois sermons sur ces deux apôtres; ni Févêque Maxime dans ses cinq homélies sur le même sujet, quoiqu'il s'étende longuement sur la défaite de Simon le Magicien ; ni Chrysologue, le Sénèque du temps ; ni Martin de Braga, qui compilait les Sentences de notre philosophe; ni Bède dans sa Chronique; ni Isidore de Séville qui fait des extraits de saint Paul et de saint Augustin, sans rien emprunter aux profanes, et qui s'exprime ainsi dans ses Annales : « Ob Simonis »necem a Nerone Petrqs cruciftgitur, Paul us et gladio » caeditur. Hac tempestate Persius poeta moritur.Lucanus » quoque ac Seneca praeceptor Neronis interficiuntur. » Même silence dans le Syncelle, qui s'est servi des plus anciennes relations; dans Anastase le bibliothécaire, qui, parlant de saint Lin, ne dit rien de ses prétendus écrits. Boèce, dans sa Consolation^ prononce à peine le nom de Sénèque : « Si tu ignores Texil d'Anaxagore, l'empoisonnement de Socrate, les tortures infligées à Zenon, parce que ces faits appartiennent à l'histoire étrangère; du moins tu as pu connaître les Cassius,

^ Ampère, t. II, ch. x.

les Sénèque, les Soranus dont la mémoire n'est pas très-ancienne et jette assez d'éclat. L'anique cause de leurs disgrâces c'est que, formés sous notre discipline , ils paraissaient trop éloignés des goûts dépravés du siècle. » — a Quod si nec Anaxagorae fugam, nec Socratis venenum, nec Zenonis tormenta, quoniam sunt peregrina, novisti, at Cassios, at Senecas, at Soranos, quorum nec pervetusta , nec incelebris memoria est , scire potuisti. Quos nihil aliud in cladem detraxit, nisi quod nostris moribus instituti , studiis improborum dissimillimi videbantur ^ » — Bède, dans la préface de ses Proverbes, range Sénèque parmi les païens ^. Enfin, au ix' siècle, le moine bénédictin Fréculphe , évéque de Lisieux, dans sa chronique dédiée à l'impératrice Judith, femme de Louis le Débonnaire, fait mention des rapports de Sénèque et de saint Paul. Par lui commence la série des chroniqueurs du moyen âge qui ont relaté cette tradition .

Une observation générale suffira pour faire apprécier ces témoignages. Sans dire ici, ce qui est superflu, que ces annales sont des compilations sans critique, nous nous bornerons à remarquer qu'au sujet de Sénèque elles reproduisent toutes le texte de saint Jérôme ou celui de saint Lin, et quelquefois l'opinion de saint Augustin.

On peut s'en convaincre par la confrontation des différents passages.

Saint Jérôme s'exprimait ainsi : « L. A. Seneca, Cordubensis, Sotionis stoici discipulus, ac patruus Lucani poetae, continentissimae vitaefuit. Quemnon ponerem in Catalogo sanctorum, nisi me illae Ëpistolse provocave-

* Prose m*. C'est la philosophie qui parle.

' Saint Grégoire le Grand parle souvent de saint Paul , mais il ne fait aucane allusion à Sénèque.

rint quse leguntur a pluribus, Pauli ad Senecam et SenecaB ad Paulum, in quibus, cum esset Neronis magistër et illius temporis potentissimus, optare se dicit esse loci apud suos cujus sit Pauliis apud christianos. Hic ante biennium quam Petrus et Paulus coronarentur, a Nerone interfectus est ^ . »

On lit dans le faux saint Lin : « Institutor imperatoris adeo est illi amici tia copulatus ut a colloquio vix tem perare posset, et quominusore ados alloqui non valeret illum^ frequentibus datis et acceptis litteris, ipsius dulcedine atque amicabili colloquio atque consilio frueretur. » -^ Et ailleurs : « Nam et scripta illius quidam magistër Caesaris coram illo relegit, et in cunctis admirabilem reddidit. Senatus etiamde illoalta non mediocriter sentiebat. »

Voici maintenant ce que disent les chroniqueurs :

1" Fréculphe : Hic (Nero) etiam Senecam institato-rem in liberalibus disciplinis atque doctorem suum, quia eum de utilitate reipublicae ac honeslae vitae monere curabat, virum nobilem et Pauli apostoli amicum interfecit. Is enim Seneca Cordubensis continentissimae vitae fuit ; quem, ut praediximus , illae amicum fuisse Pauli epistolae déclarant, quae leguntur a plurimis Pauli ad Senecam et Senecfc ad Paulum, in quibus, cum esset Neronis magistër, etc., etc ^. »

2** Vers 1120^, Honoré d' A utun , dans son traité

^ De scriptoribus ecclesicisticiSy ch. xii.

' T. II, ch. XVI.

* Remarquons que du ix* au zii* siècle nous ne rencontrons aucun témoignage. Tous les écrivains du siècle de Charlemagne sont muets à ce sujet. Il n*en est question ni dans Alcuin et Eginbart , ni dans Àgobart , qui cite le célèbre verset de TEpttre aux Phiiippiens en écrivant aui grands de la cour {Epistola ad proceres palatii) ; ni dans Hincraar, ni dans Gerbert et Raban Maur qui écrivit des commentaires sur les EpUres

52 TÉMOIGNAGES lilSTOKIQUES.

de Luminaribus Ecclesiœ^ abrégé de» histoires lilléraires de saint Jérôme, Gennadius et Isidore de Séville, écrivait : « Lucius Annaeus Seneca, Cordubensis, Fotinî (pour Sotionis) discipulus, et patruus Lucani poetae, scripsit quasdam epistolas ad Paulum apostolum, et Apostolus quasdam rescripsit. »

3*^ Othon de Freysingen ^ : « Hic (Seneca) vita et scientia dams, philosophiae studium coluit, frequenterque ad Paulum apostolum litteras mittens, et ab eo rescriptas capiens, christianae religionis amicum se ostendit. Inde et ab Hieronymo in libro illustrium virorum inter cives nostros ponitur *. » — Et plus loin : « L. Senecam, non tam philosophum quam christianum dicendum. »

4** Pierre dit Comestor * : w Quatuordecimo anno imperii Neronis, cum jam ejus nequitia invaluisset, et jam in Juddeos conspirasset, positus est Paulus Romse incarcerem, ubi multos de familia Neronis convertit et familiarilatem Senecse magistri Neronis sibi comparavit *. » — Le chroniqueur a mal lu les auteurs qu'il copie, car, à Tépoque dont il parle, Sénèque était mort depuis deux ans.

5*" Jean de SaUsburjr * : « Sunt tamen qui eum (Senecam) contemnere audeant, Quintiliani auctoritate freti; mihi aulem desi père videntur qui, quem* cumque secuti, non venerantur eum quem et Apostoli familiaritatem meruisse constat, et a doctissimo pa-

de saint Paul. La Chronique de Gédresus, au xi* siècle, ne renferme rien sur la tradition.

'En 1140.

' Chronique, I. ni, ch. xti.

» En 1170.

* Schoiastica Historia, I. XVI, ch. cxxti.

* En 1170.

tre Hieronymo in sanctorum catalogo positum K »

G'' Luc de Tuda ^, en transcrivant la chronique d'Isidore de Séville, y a interposé le passage suivant ; « Anno autem Neronis tredecimo, cura jam nequitia Neronis invaluisset, captus est Romae Paulus in carcerem, ubi multos de familia Neronis convertit, et familiaritatem Senecae,magistri Neronis, obtinuit; unde Nero Senecam et Lucanum fecit occidi. »

7** Vincent de Beauvais ^ relève l'erreur de Comestor et se borne à citer textuellement saint Jérôme et saint Lin, au chap. ix du liv. IX du Spéculum historîale.

8** Martin de Pologne : « Nam et Neronis instructor illi (Paulo) valde familiaris exstitit, ita ut, cum ore ad ossibi loqui nonpossent, seepistolis visitarent *. >>

9® Gauthier Burley ^ : a Hic Seneca, ut B. Augustinus ait libro VI de civitate Dei, multis indiciis invenitur temporibus apostolorum claruisse... Tune igitur Seneca et multi de domo Caesaris ad Paulum gloriosum confluxerunt. Fuit Seneca B. Paulo adeo familiaris, videns in eo divinam scientiam, ut se ab ejus colloquio t^inperaro vix posset, et quando eum ore tenus alloqui non valebat, frequentibus datis et acceptis epistolis, ejus colloquio amicabiii et consilio frueretur. Scripta quoque B. Paoli coram Caesare legit et in cunctis eum laudabilem reddidit. Senatus autem de B. Paulo alta sentiebat ^. » — C'est ce même auteur qui, par un jeu

' Policraiicus, 1. VUI, cb. xm.

' Vers 1236.

' Soas le régne de saint Louis.

* xin* siècle. — Chronique, I. IV.

' Né en 1275.

* De vitis philosophorum.

de mots, fait venir Seneca de se necans^ eu faisant allusion à son suicide : u Unde et quodam praesagio recte vocatum est nomen ejus Seneca^ id est, se ne-

cans ^ »

10" Un manuscrit florentin du x\* siècle, renfermant les lettres de Sénèque et de saint Paul, contient cette courte notice : a Volve et lege quod sequitur : praecedentes Pauli et Senecae epistolas, etsi de his dubia sit apud Kcclesiam opinio, nihilominus testimonium gloriosi Hieronymi satis approbare videtur. Is enim pra^scriptis motus epistolis, Senecam in catalogo, ul ipse ait, sanctorum non dubitavit inserere, ita in libro de viris illustribusinquiens, etc.. »

1 1 ® Un chroniqueur du même siècle, saint Antonin^ prélat de Florence, insère dans son ouvrage les textes de saint Lin, de saint Jérôme et de saint Augustin : it Hujus (Senecae) autem familiaritatem Paulus, dum esset RomdB in custodia publica, sibi comparavit. Ex gestis sancti Pauli habetur quod institutor Caesaris Seneca adeo illi amicitia copulatus est, videns in eo divinamscientiam, etc.. etc. ^ »

1 2*^ Pierre des Noels ^ dans son Catalogue des saints : « Multos etiam de domo Caesaris sibi in amicitiam copulavit et eos ad Christum convertit. Cum Seneca praeceptore Neronis singularem amicitiam habuit, eique plures epistolas direxit et ab eo suscepit. Quaedam etiam scripta ejus coram Caesare lecta sunt et mirabiliter commendata. Senatus etiam de illo non mediocria sentiebat... *. »

I De vUis philosophorum.

* T. I, titre VI, ch. xxiv.

Mi vivait en 1470.

^ L, VI, cil. XXIII.

IS*" Jacques-Philippe Foresti de Bergame *, auteur d'une histoire générale du monde, y insère l'opinion et les termes mêmes de saint Jérôme au sujet de Senèque ; il range celui-ci au nombre des élus à cause de la pureté de ses mœurs et de ses relations avec saint Paul : « Vir catholicus et continentissimœ vitœ.,. propterea et maxime propter fréquentes epistolas Pauli ad ipsum et ipsius ad Paulum ^. » — Sabellicus^ ^ autre chroniqueur, italien, cite un passage de ces lettres et ne doute pas de leur authenticité *. »

IV Jean Nauclère ^ : a Tu m Paulus apostolus Romse simulcum Petro versabatur. Cui Seneca, admiratusejusdoctrinamdivinam, familiaritatedevinctuserat. »

15"* Crinitus ^ : « Neque mirum videri débet si divus etiam Hieronymus hune ipsum Senecam in christianorum academiam ac sanctorum catalogum pertrahère conatus est. »

1 6"* F'olterran ' ; a Praeterea epistolae ad Paulum apostolum et Pâuli ad eum : quarum meminere Âugustinus in epistola ad Macedonium, et Hieronymus de viris illustribus, qui eum in catalogo sanctorum ponit : cujus me maxime auctoritas movet ut ejus scripta ac memoriam prosequar, quum alioquin arduum mihi vi« deatur inter tôt opes deliciasque hortorum et rei studium non cupidi potius ac luxuriosi hominis quam philosophi aut sancti viri vestigia posse servare. » — Ce témoignage, comme celui de Crinitus, laisse percer le scepticisme.

1 11 florissait en 1494.

' Historiarum repercassiones, 1. VIII.

^ Né en 1436.

* Ennéade VIT, 1. n.

* Né en 1430'. — Chronici commentarii, t. II.

* Né à Florence en 1465. — De honesta disciplina, l. ï, ch. xvi. ' xt" siècle. — Commentaria urbana, 1. XIX. — Ânthropologia.

56 TÉMOIGNAGES UISTOBJQUES.

iT" Jean Triifœme\ bénédictin allemand, est plus affirmalif : a L. A. Seneca, Cordubensis philosophoSy Fotini stoici discipulus, et patnius Lucani pœtae, vitse contiiieotissimse fait. Quem, testîmonio B. Hieronymi, œlebratum in catalogo ecclesiasticorum scriptoram, idcirco posai, quoniamet PauH amîcissimus fuit, et ad institationem moralis vitâe multa eleganter composait. »

Tel est Tensemble des docaments fournis par le moyen âge^.

Deux choses rassortent de cet exposé : l'' que les chroniqueurs cités ont reproduit les textes de saint Jérôme, de saint Augustin et de saint Lin, sans invoquer

aucune autre aatorité à l'appui de la tradition ; 2^ que, sur la foi de ces trois témoignages anciens, le moyen âge a cru, sans examen ni discussion, à Tamitié de Sénèque et de saint Paul.

Pour mieux prouver de quelle faveur jouissait alors cette tradition, avec quelle complaisance elle était accueillie , nous pouvons citer Pierre de Cluny *, qui dans sa lettre ad Petrobrusianos insère un passage de la correspondance des deux amis, comme un texte de l'Évangile ou des Pères; Jacques de Magne ^^ qui en transcrit une partie dans son Sophologiam^; Pétrar* que, qui y fait allusion dans sa lettre à Sénèque ^; un littérateur italien, Sicco Polentone, auteur d^une vie

* Mort en 1516. — Opéra historica.

' Noos les avons extraits du t. I du savant ouvrage de M. Fleur j , intitulé Sénèqtte et saint Paul, ouvrage couronné fiar Tlnstitut en 1834. 'Florissait en 1125.

* Mort en 1422. — Sophologium, I. VJ, ch. vi.

^ C*est un passage de la lettre XH : « Feramus aquo animo et utanvr foro quod sors concessit, donec felicilas fiaen malis impoott. »

* Petrarch» EpistoUiFum ad viros quosdam ei veteriboa illualribus liber. Ep. 111 ad Seucc.

de Sénèque, où ii repréde&te ce philosophe invoquant^ à rapproche de la mort, le Rédempteur des hommes sous le nom païen du Jupiter libérateur^ se baptisant lui-^ même avec Peau de son bain dont il fait une libation, enfin composant pour son tombeau une épitaphe d%ne d^an chrétien ^ . Certains esprits, immodérés dans leur zèle pour le salut du philosophe, ne se sont pas contentés de voir en lui un ami de saint Paul ; ils en ont fait un des soixante-douze disdples ^, sur ce fonde** ment qu'il est question dans les Actes des ap6tres d'un certain Lucius ^, et que TApologélique de Tertulliea parle d'un Lucius devenu tout à coup chrétien * : or, il est clair que ce Lucius des Actes, cdiui de T Apologéti^ que, et Lucius Annœus Setieca^ ne form^ol qu'une seule et même personne !

Aini» les témoignages réunis de sahit Jérôme, de saint Augustin, de saint lin, et le texte même de la correspondance que nous avons entsore, paraissent avoir f)Ieiaement convaincu le moyen âge; il a accepté, sans réserve et sans distinction, ces autorités d'inégale valeur. On pourrait, il est vrai, nous répondre que d'obscurs chroniqueurs représentent imparfaitement Vesprit de leur temps, qu'on ne voit rien de semblable dans les penseurs célèbres des xi% xu'' et xm'' siècles ; que saint Anselme, par exemple, auteur d'une prière à saint Paul ; saint Bernard, qui composa plusieurs panégyriques de cet apôtre^; saint Thomas d'Aquin, qui

* PolentODe est mort en 1461.

' V. Lami, Littérateur italien du zviii' siècle, De eruditione apostolorum : « Qaidam eo temeritatis deTenerunt ut Senecam 72 Christi discipulis accensnerint. »

' Actes xiu, 1. — Ep. aux Romains xvi, 31.

* Apftiog. III.

^ On a de saint Btrnafd : 3 •eraMDf''8iiff k convonAon ée aaint Paul ;

tSS TÉMOIGNAGES HISTORIQUES.

cite Cicéron, Platon et Aristote ; Pierre Lombard, le Maître des sentences, plus tard, Jean Gerson, qui cite Sénèque dans un sermon sur saint Paul * , tous ces scolastiques, enfin, qui tenaient alors l'empire des intelligences, n'offrent rien d'où Ton puisse présumer qu'ils aient souscrit à cette opinion. Toutefois, elle était à cette époque, nous persistons à le croire, répandue et accréditée; en effet, ces prêtres, ces moines, cette jeunesse des écoles, dont l'ignorance avide dévorait les chroniques, les catalogues sacrés, les abrégés encyclopédiques du temps, croyaient à la tradition sur la foi des écrivains qui la rapportaient. En veut-on une nouvelle preuve ? Abailard nous la fournira . Cet esprit assez indépendant pensait là-dessus comme l'université de Paris et comme son siècle. Voici ce qu'on lit dans son commentaire sur PEpitre V^ aux Romains : a Quanius autem et apud philosophes habitus (Paulus) sit qui ejus vel prdedicationem audierunt, vel scripta viderunt, insignis ille tam eloquentia quam moribus Seneca , in

I sermoD sur la fête de saint Pierre et de saint Paul , où on lit ce passage : «c Quid docuenint vel docent nos apostoli sancti ? non piscatoriam artem» non scenofactorlam « vel quidquid ejus modi est; non Platonem légère, non Arîstotelis yersutias versare, non semper discere et nunquam ad veritatis scientiam pervenire. i» — Dans un autre sermon sur la naissance de saint Pierre et saint Paul^ il parle des flots de lait qui s'échappèrent de la tête de TÂpêtre frappée par le bourreau. — Enfin dans un sermon De simplici gloria il dit : a Et considéra quantum excédât Pauli philosopfaia pbilosopliiam sapientium mundi, qu» nimirum stultitia est apud Deum. »

' Sermo de laudibus Pauli : « Sed ulterius considère S. Paulum non potuisse amplius obscurari aut impediri quin eipanderet su» doctrinas radios, per tyrannorum persecutiones ; non aliter quam sol materialis non potest lœdiuUisradiis : de quo dicit Seneca quod traherentur sagltt» frustra contra solem; imoquantoplus premebatur S. Paulus ,tanto plus se monstrabal et dilatabat undique. » (Tertia consideralio.) — Gerson cite encore Sénéque dans la i* lecture contre la vaine curiosité : « Ideo, inquit Seneca , necessaria nescinnt, quia supervacua didicerunt. »

epistolis quas ad eum dirigit, his verbis protestatus est : « libello tuo lecto, de plurimis, etc. » — Meninit et Hieronymus hujus laudis Senecae erga Paulum in libroDe illus tribus viris... *. »

Nous pouvons donc le dire : au moyen âge, il était admis que Sénèque avait connu et entendu saint Paul, qu'ils s'étaient écrit, que les Ëpîtres de l'Apôtre avaient été lues à Néron par son ministre, et que cette amitié s'était continuée dans le ciel.

' Ce témoignage, cité pour la première fols, avait échappé aui patientes recherches des partisans de la tradition. — L'endroit des lettres qui se trouve cité ici appartient à la première.

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