EPITRE XIV
Divinitas. C'est une expression favorite du iv^ siècle. Pourquoi? Parce que au moment où le christianisme montait sur le trône et prenait en
43i COKRESPaNDANGfi DE SËNÈQUE
mii^ll r^Mpîre d^ la aoeûâtâ* ce mot déjà connu des païens (rb Oaov), et qui m répugnait pas aoK ckrétietts, était en quHqae sorte un terme neatre •^i ne Messaii les idées d*aiioiin des deux partis, on plutôt qui eiprimaît la croyance commaae a«i esprits élevés de ce temps, k «avoir Texislencc d*nn]>iea unique. « Gonstanoe^Chlore, par eiempte, adorait on seal Dieu (DMn^Uaa), mais ne croyait pas an christianisme. Il le tolérait et protégeait mène ses partisans K » Lorsque Ck>nstafitin victorieax entra dans Rame, le séttat M dédia un arc de triomphe en ces teimes : « Au trèsgrand empereur Flavien César Constantin Augaste qui par i^impulsion de k Divinité, tfiatsnottt DivinitatiB, a vengé la république... r» La croix n'est pas nommée dans Tinseription de la statue'. L'empereur Gratien ^rit àsaint Ambroise s « DMniUte ta servet per mnltos an nos, parens. » fiaint Ambroise répond à cette lettre : a Addidisti ad faœc quia tu infirmns etrragilis non te talem laudatorem putabas utdiotnttotemverbis augeas; sed quantum possis prœdices, non quantum est ipsa divinitas. — Le mémo saint dit encore : & Ingratus Divinitati. » {Or. fun, de Satyms.)
Derivamentum (appliqoé au Verbe), émanation. — Terme théologique qui n'est pas lalin. <c La philosophie et la théologie , dit Ducange , exprimant des idées nouvelles , eurent besoin de mots nouveaux , et les créèrent ; de là des barbarismes. » (Préf. n® xiv.) — Quelques manuscrits portent derivaium. Nous rencontrons très-souvent Texpresslon deriv($r€ dans les écrivains dn temps ; elle signifie détourner, distraire , derivare vuntem (S. Ambroise).
Inde^iens, « qui ne fait jamais défiiut. )>— Ce mot se trouve dans TertuUien (adversus Judœos, 14), et dans S. Augustin {Confes. ii, 6): ce Tu es pleniludo et indeficiens copia incorruplibilis suavitatis. »
Observationes, a critiques. » Lalin en ce sens. (V. Forcellini.)
Irreprehensibilem.-^Y, Tertullien, De resurr, earn, 2S. — Arnobe : (( Inculpabiles et ideo irreprehemibileg manus. n — Firmicus-Matemus (iv* siècle) : « post dictaturse irreprehensibile$ actus. ))
InsinuabiSf a Tu feras connaître. » -^ Encore un mot du temps. « Yitam moresque feris eliam tum mentibus insinuam. (Aurel. Vict, (Orig. de Rom. 5. — iv" siécle.)-^(( Littera labrisatqueanimls insinuanda mels.v (Ciaudien, Ep. m, 21.)— Inqua etiam insiniMSti desiderare te litteras no&tras. » (S, August. Ep. xxilviii.) — Y. S. Léon. Ep. m.) — InsinucUio, avec le sens de propositiont n^étaitpas moins usité : « Sed ego insinuationem meam minus gralam fore quibusdam timens , etiam imminutionem gratis offensam pulo. » (Salvien, 1. L)
IncaptabiliSy « qu'on ne peut saisir.» ^--Barbarisme. Nous lisons dans quelques manuscrits incapabilis, qui offre le même sens, et qui était
* M. Beugnot, Hiit. de la dée. du pag. en Occid. ch. i.
^ M. Villemain, Compte rendit de l'Eglise et l'empire romain, aa ive siècle.
(Di'bats, il juillet 4856.)
ET DE SAINT PAUL. 4:iS
usité au iv" siècle. — « Deus est incapabilis. » (S. Augustin, Ep. clxxiv) ; c'est-à-dire qui capi non potest. Ou disait encore : capiui alicujus se accommodare, etc. (Saint Jérôme, Ep. à Lœta.) — La littérature de ces temps faisait un grand usage des adjectifs en bilis, comme des adverbes en itêr, A cliactue page 4des auteurs chrétiens nous rencontrons : impas^ sibiiis, incommiscibilis, instructiiis, divisibilis, convertibilis, visibilis, escatilis (Tertullien) ; infatigabilis, iliicibilis, inseparabiiis. (Lactance.) — Culpabilisa cLcceptabilis^ refutabilis, incomparabilis (saint Paulin); -r utiiiler, irreprebensibiliter, « ita iacomparabiliter «t iuftstimabiliter alque inenarrabililer illud verbum Dei passum est et anima et corpore. y» (Marius Mercator, adv. Nest.)
Cormpteia, toat ce qui serl à corrompre, et par «itensloii , mœurs corrompues : de Jà un sens nouveau, «t moins correct, corruption, état de ce qui est corrompu. C'est en ce sens que ce mot est ici employé.
Vitale. Terme qui a trois sens dans les auteurs classiques. Il signifie : qui donne la vie, qui la possédé^ ^i éwé i&ngPemps, Tous les trois pcuveni égalemoni s'appliquer à ce paaa^gt.
De Texamen détaillé des plus graves incorrections et des tournures les plus irrégulières que la critique ait signalées dans ce recueil, il résulte qu'on Ta jugé trop sévèrement, aussi bien que les Pères qui semblent en parler avec estime. La langue en est corromque, il est vrai, mais c'est la langue du iv* siècle ; nous y retrouvons les expressions familières aux écrivains du temps, leurs tours favoris, et toutes les flétrissures qu'une barbarie croissante avait déjà imprimées à la langue de Cicéron. L'avouerons-nous? ces lettres nous paraissent écrites plus correctement que la plupart des ouvrages médiocres de la fin du iv® siècle et de la première moitié du siècle suivant.
Recherchons maintenant à la faveur de quelles circonstances et sous l'empire de quelles idées ce recueil a été composé .