‹ Étude d'une bactérie chromogène nouvelle: Bacillus citrulli SartoryiChapitre 15 sur 28 · CHAPITRE I ÉTUDE MORPHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I ÉTUDE MORPHOLOGIQUE

1) Origine.

Le bacille, qui fait l’objet de ce travail a été isolé pour la première fois par notre cher maître, le professeur A. SARTORY.

Il a été trouvé lors d’une exposition de produits agricoles sur des melons, en association avec un Fusarium.

Depuis lors nous avons eu nous même l’occasion d'observer plusieurs fois dans les Halles de Paris, les symptômes caractéristiques de cette maladie des fruits de Cucurbitacées et notamment sur le melon, le potiron (Cucurbita maxima), la courge (Lagenaria vulgans), la pastèque (Citrullus vulgaris), et la citrouille (cucurbita pepo) ; dans chaque cas examiné avec grand soin nous avons pu trouver l’agent secondaire de cette maladie, qui est une bactérie, et que nous appellerons d’ores et déjà: Bacillus Citrull SARTOR YI.

Les symptômes de cette maladie des melons sont les suivants : on verra tout d’abord sur des fruits de courge musquée de Marseille, par exemple, envoyés ordinairement au marché avant maturité, et restés pendant 4 ou 5 jours dans des caisses entassées, se former ça et [à de toutes petites boursoufilures, pas plus grandes qu’un petit point à coloration jaunâtre.

Ces petites taches grossissent alors très vite sans que les fruits perdent leur forme ou qu’ils deviennent mous. La membrane prend alors une teinte ocreuse ou rougecinabre, mais elle garde toujours une consistance ferme et compacte, de sorte qu’on peut trouver ainsi des fruits jetés par des jardiniers, qui ont presque la moitié de la circonférence recouverte de cette couche rugueuse et chagrinée, sans que la courge devienne molle au toucher où que sa forme extérieure subisse un changement appréciable.

À un stade un peu plus avancé la courge éclate alors subitement avec un bruit facilement perceptible. Cette explosion est certainement due à une forte proportion de gaz d’anhydride carbonique, qui s’emmagasine pendant l’évolution de la maladie (l'échange gazeux étant impossible à travers la membrane durcie et sclérifiée) et occasionnant ainsi l’éclatement du fruit.

L'intérieur du fruit est à ce moment mou, pituiteux, à l’état d’un premier stade de putréfaction. L’enduit glaireux prélevé sur les parties périphériques, beaucoup moins altérées que les couches profondes, permet alors de se procurer facilement les agents de cette maladie.

Ceux-ci sont toujours au moins au nombre de deux : un champignon, agent primaire de la maladie des courges, puisqu'il est le parasite cellulolytique ou au moins dissolvant des couches cellulosiques de la membrane du fruit, ouvrant ainsi une porte d’entrée à la bactérie, qui ne tarde pas à infecter les courges et qui devient alors le parasite essentiel, amenant la destruction et la putréfaction des tissus profonds des fruits. Ces faits ont déjà été démontrés par les travaux antérieurs de À. et R. SARTORY et J. MEYER (114) et nous allons revenir ultérieurement sur ces phénomènes.

Toujours est-il que le symptôme de cette maladie et les agents isolés sont très spécifiques et ne peuvent être confondus avec d’autres infections de quelques Cucumis et autres Cucurbitacées étudiées si magistralement par J. DUFRENOY (115).

Le premier stade de notre maladie pourrait en effet être comparé à une affection assez commune du melon, caractérisée par des taches assez profondes du fruit, qui porte aussi extérieurement à la surface de petites masses d’un rose carné. C’est la maladie de la « Nulle du melon », causée par le Colletotrichum oligochaetum. Mais ces masses

deviennent vite gélatineuses et l'infection n’est pas limitée au fruit, elle s'attaque aussi aux feuilles et aux tiges de la plante, formant des taches brunes s’amollissant et pourrissant, de sorte qu’ordinairement les fruits n’atteignent plus un développement normal, restent petits et déjà pour ces raisons manquent de valeur marchande, et ne peuvent être confondus avec les fruits que nous avons examinés et qui ordinairement présentent des échantillons superbes et souvent même géants.

Une autre anthracnose s’attaquant le plus souvent aux fruits adultes peut être observée sur les melons, les concombres et les courges, occasionnée par le Scolecotrichum melophthorium. Ici les fruits portent d’abord des taches où les tissus se décolorent, puis brunissent, mais les endroits atteints deviennent vite mous et pourrissent. Ultérieurement il se développe à la surface des moisissures verdâtres constituées par des filaments et des conidies ovales allongées et de couleur verdâtre.

Si donc notre maladie ne peut pas être comparée avec les mycoses pures, elle ne peut pas non plus être classée dans le groupe des maladies de nature bactérienne proprement dites.

PRUNET en 1924 et NICOLAS et AGGERY (116) en 1929, ont décrit une affection semblable :

La maladie consiste dans l’apparition sur les feuilles de taches jeunes qui s'étendent progressivement et se dessèchent; la feuille se déchire finalement. Les feuilles jeunes, formées postérieurement à la production des symptômes précédents, restent petites déformées, crispées et très cassantes. La plante se développe mal, ne fructifie pas ou ne donne que des fruits sans valeur. Quant à la bactérie isolée de ces plantes malades, les auteurs en donnent la description suivante :

Les bactéries isolées du melon et du cornichon ne prennent pas le GRAM et se colorent facilement au violet de gentiane; elles liquéfient la gélatine et provoquent un verdissement intense du cœur de l’artichaut; elles forment principalement des colonies blanches et quelques colonies jaunes.

Morphologiquement elles appartiennent aux Coccacées, les unes très petites, ovoides, longues de 0,7 à 0,8 u ; les autres ovoïdes, mais groupées en chapelet de 4 cellules au

maximum : longueur 3 w. Comme nous allons le voir tiltérieurement, l’agent de l'affection bactérienne, décrite par NICOLAS et AGGERY n’a aucun rapport avec le bacille qui fait l’objet de notre travail.

DooLrTTLE (117) a signalé d’autre part, en Amérique, une «mosaïque » de diverses Cucurbitacées : courge, potiron, melon et concombre.

Cette maladie est d’abord caractérisée par l’apparition sur les feuilles jeunes de taches vert-jaunâtres; quelquetois les feuilles sont boursouflées, épaisses, ayant l’apparence de cloques. Ies plus Âgées jaunissent d’abord le iong de la nervure principale à partir de la base, puis se dessèchent au bout de 20 jours environ. Les fruits peuvent aussi être attaqués et présentent les mêmes taches que les feuilles; les régions jaunes cessent de s’accroître, tandis que celles qui sont vertes, continuent à se développer; le concombre ou le melon présentent alors un aspect verruqueux. La «#0saïque » serait une maladie de virus, car on n’y a découvert ni champignon ni bactérie. La mosaïque se transmettrait d’année en année par les graines, à moins que les plantes sauvages {Phytolacca, Asclepias) n’hébergent le virus pendant l’hiver.

La maladie que nous avons étudiée ne présente donc aucun des caractères spécifiques mentionnés dans les descriptions énumérées ci-dessus et que nous avons pu trouver dans la littérature de phytopathologie.

Nous allons maintenant décrire l’agent de cette affection, ainsi que les causes d’infection.

Des prélèvements effectués sur de nombreux échantillons de diverses Cucurbitacées, atteints de la maladie à tous les stades de l’évolution, du petit point jaune, lésant à peine la cuticule du fruit jusqu’au stade de l’éclatement de celui-ci, nous ont toujours perimis, Comme nous venons déjà de le mentionner, de constater au moins deux germes dans les lésions. Cependant, il nous a été donné d'isoler sur quatre melons très mûrs la bactérie seule. Cette bactérie, obtenue dans les cultures de différents prélèvements était constamment identifiable et présentait dans tous les cas des propriétés et des caractères analogues. Tandis que les autres organismes, que nous avons pu cultiver et isoler dans les prélèvements phytopathologiques, variaient très souvent.

Ainsi par la culture sur milieu acide, nous avons pu séparer de la flore bactérienne deux Fusarium, un Verticilium, des Mucorinées, le Cladosporium herbarum, et des Aspergillacées.

Dans la plus grande partie des cas cependant, et surtout exception faite des 4 cas mentionnés plus haut, nous avons pu trouver la présence d’un Fusarium, quelquefois encore accompagné d’un Verticilium.

Nous revenons sur l’importance de ces derniers organismes un peu plus loin. La bactérie, étant toujours présente, et dans quatre cas étant le seul agent pathologique ayant pu être constaté, semble donc être le seul organisme produisant la maladie des fruits de Cucurbitacées, que nous venons d'étudier.

Etude morphologique du Bacillus Citrulli SARTORYI.

Le Bacillus Citrulli SARTORYI présente, examiné en culture pure, les caractères des Schizomycètes, tels que VUILLEMIN (118) les définit. À l’état vivant, soit à l’ultramicroscope sur fond noir, soit en goutte pendante à l’aide de la boîte de culture de BORREL, cultivé à + 229 et examiné 24 ou 48 heures après l’ensemencement, la bactérie se trouve sur tous les milieux favorables, à l’état de bâtonnets droits ou légèrement arqués, les pôles opposés étant le plus souvent arrondis. Ces extrémités paraissent renflées en massue, de sorte que les deux parois de la membrane ne sont pas parallèles ; la partie moyenne du plastide est généralement un peu étranglée, tandis que les extrémités présentent un diamètre un peu supérieur à celui du centre bactérien. Ainsi sur le fond noir l'organisme prend souvent l'aspect d’haltère. Ceci devient encore plus apparent par la présence de nombreux cils péritriches, qui cependant, à l’ultra-microscope, semblent seulement mobiles et en mouvement perpétuel sur les deux extrémités et simulent alors l’aspect de deux éventails réfringents polaires.

Très souvent chaque plastide bactérien est isolé et complètement libre, dans d’autres cas on trouve des formes diplo-bacillaires, qui dominent, rappelant fortement l’aspect du pneumo-bacille de FRIEDLÆNDER; d'autant plus qu’à certains moments ces formes d'évolution semblent complètement amobiles et entourées d’une gaîne. Les deux éléments du diplo-bacille peuvent être de taille inégale, l’un plus

grand est alors muni de cils, traînant l’autre à travers le champ microscopique, faisant l'impression d’un disque de sémaphore. Par fixation à l’acide osmique et coloration à l'hématoxyline d'une part ou par coloration vitale au bleu polychrome de l’autre, on constate que la première ébauche de la division s’effectue ainsi et que nous avons affaire dans ces formes avec des stades de scicciparité. On observe entre les deux éléments la formation d’une sorte d’anneau, si bien que durant le développement de l’élément jeune, il s'établit une liaison protoplasmique très nette entre les deux plastides et qui persiste quelque temps. Plus tard cependant cet isthme de nature protoplasmique semble disparaître complètement ; une fois que les 2 corps du diplo-bacille sont de taille à peu près égale, on aperçoit encore un mince pont coloré, mais celui-ci ne paraît formé que par l’unité de la membrane. Cette zone de séparation peut être accrue par la présence de condensation mucilagineuse, formant une gaîne protectrice. On trouve dans ces préparations tous les intermédiaires entre les bâtonnets isolés et les plastides bactériens réunis.

De grands bâtonnets, chez lesquels l’énergie de croissance l’emporte sur l’énergie de division, même sur les milieux les plus favorables, sont très rares. (Fig. V).

Mais sur notre milieu synthétique liquide, qui nous a pendant nos expériences toujours donné les meilleurs résultats et qui semble être un milieu de choix pour l’organisme en étude, tant pour la croissance que pour le métabolisme de l'assimilation et de la désassimilation, nous avons toujours obtenu un voile très compact à la surface du milieu. Ce voile à l’état jeune, âgé de 48 à 72 heures, est presque toujours constitué par des éléments bactériens en chaînettes plus ou moins longues, formées d’éléments ronds ou aflongés au nombre de 6 à 12 et même jusqu’à 15. Ces chaînes rectilignes ou sinueuses sont toujours simples et nous n’avons jamais pu observer de formes ramifiées. Les cultures ont été spécialement effectuées sur des milieux d’œuf ou sur des milieux additionnés de caféine, de sels de Zithine (119) ou sur milieu sérum-peptone-glycérine (120), afin de produire des formes d’involution de notre bactérie; mais tous nos essais sont restés infructueux.

Dans les cultures anciennes en général et dans des milieux liquides très sucrés, où le bacille forme très tôt un dépôt abondant dans la profondeur du tube de culture, on observe

aussi à côté des formes en bâtonnets, des formes très courtes, très plasmolysées, mais le plus souvent on trouve dans ces conditions des formes rondes ou légèrement ovoïdes. Ici alors l’aspect de diplocoque ou aussi de tétrades domine. Ces diplocoques observés à l’ultra-microscope et sur fond noir (solution à l’encre de Chine, ou au collargol) rappellent encore plus les formes et propriétés pneumo-bacillaires. (Fig. VI et VIII).

Vous voyons par conséquent que le Bacillus Citrullh SARTORYI pourrait être qualifié de polymorphe; mais en réalité, la bactérie, une fois ses propriétés fixées et adaptées à un milieu spécifique et favorable quelconque, offre toujours un ensemble homogène et ces caractères morphologiques évoluent dans un sens consécutif, produisant des formes d’involution, qui sont toujours superposables et plus ou moins homogènes.

- 2) Mobilité.

Le mouvement propre du Bacillus Citrulli SARTORYI a été étudié dans des conditions nettement définies.

Des cultures ont tout d’abord été effectuées dans la boîte de culture de BORREL, sur des milieux liquides, tels que bouillon de viande, eau peptonée et milieu synthétique F. Ces cultures ont été placées soit à 37° soit à 270 soit à 180, et ont été examinées sur la platine chauffante aux mêmes températures soit sans coloration, soit à l’aide d’une coloration vitale, au moyen de solutions à 0,05 % de violet de Dahlia ou de vert-malachite (W. Albach (121). Les milieux de culture ont été ajustés au moment de l’ensemencement à 2 concentrations en ions H différentes, l’une était de pH — 6,4, l’autre était de pH — 7,6. Dans les deux cas les bactéries examinées microscopiquement après une culture de 8, 24, 48 heures et 4, 8, et 15 jours, présentaient des mouvements de translation et de rotation très nets.

En ajoutant à des cultures identiques, soit une solution de sublimé à 10%, soit d’acide phénique à 5%, nous avons pu constater un arrêt brusque de la mobilité de nos cultures. Nous nous trouvons donc en présence d’oscillations dues au mouvement propre des plastides et non à un mouvement brownien, où à un déplacement par suite de courants du milieu liquide.

Une autre expérience plus intéressante et fournissant une preuve plus probante de la mobilité propre de notre organisme a été effectuée à l’aide d’un dispositif décrit par NEPVEUXx (122). Un tube en verre est chauffé dans sa partie moyenne, puis étiré finement à la lampe à environ 1 millimètre de diamètre. En étirant on enroule cette partie autour d’un charbon de BERZELIUS, afin d’obtenir un tube en serpentin, dont les deux extrémités à diamètre initial sont en position verticale.

On introduit dans la partie profonde et enroulée un bouillon gélatiné à 6%, donc présentant une viscosité assez prononcée; on bouche les 2 orifices des deux extrémités larges du tube avec du coton cardé et on stérilise le tout à l’autoclave à 1200. Après refroidissement on introduit stérilement et avec précaution sans agiter dans une des branches verticales un bouillon phéniqué à 1°/6, dans l’autre branche du bouillon ordinaire. On ensemence le bouillon phéniqué avec une petite ose de culture et on place, sans agiter, le tube à + 220, II se forme alors dès le lendemain, un trouble dans le bouillon ordinaire, qui augmente très vite, tandis que le développement devient seulement apparent 48 heures plus tard, dans la branche renfermant le bouillon phéniqué, ensemencé cependant initialement.

Par conséquent, par suite d’un chimiotactisme négatif vis-à-vis de l’acide phénique, le Bacillus Citrulli SARTORvI, à l’aide de sa mobilité propre, a réussi dans un temps inférieur à 24 heures à traverser le liquide gélatiné d’une consistance visqueuse très marquée, et sur une distance d'environ 40 centimètres. De ce fait nous nous croyons en droit de conclure que notre bactérie possède une mobilité très remarquable.

PA UE à “épars no’

T’existence de cette mobilité parait déjà indiquer que notre bacille possède des cils ou des fouets.

Afin de caractériser l'existence de ces organes nous avons procédé aux expériences suivantes :

Nous avons tout d’abord utilisé dans ce but des cultures très jeunes sur gélose, milieu classique pour la caractérisation des cils bactériens, qu’on emploie surtout pour le groupe coh-typhique. Les cultures ont été placées à + 370 et + 220. Des frottis ont été préparés avec soin et à plusieurs reprises ; nous n’avons cependant pas réussi, soit par la méthode de VAN ÉRMENGEM, modifiée par LASSEUR, soit par la méthode à l’encre de fuchsine de NICOLLE et MoRAX, à mettre en évidence des images, qui pouvaient être considérées incontestablement comme des cils. De nouveaux essais ont été nécessaires pour la caractérisation des organes locomoteurs, qui du moment que le bacille semblait certainement mobile, devaient probablement exister.

Des cultures effectuées dans des boîtes de BORREL sur des milieux liquides, dans les conditions qui nous ont déjà servies pour examiner la mobilité du bacille, nous ont ici aussi donné satisfaction. En ajoutant à la culture en goutte pendante, et avec précaution, une goutte d’une solution

à 5% de collargol, on constate facilement sur le fond rouge brun ainsi créé, la présence de nombreux cils péritriches.

La méthode de BuRRI à l’encre de Chine, en employant de même les lames couvre-objets des cultures en boîte de BoRREL, nous a donné le même résultat et nous ont confirmé nos constatations antérieures, obtenues a moyen de l’éclairage sur fond noir.

En effet, ces différentes techniques nous ont permis d’observer que le Bacillus Citrulli SARTORYI a des cils péritriches très abondants, mais comme nous venons déjà de le mentionner, ils sont seulement libres et en parfait état de développement et de fonctionnement sur Îles deux extrémités du grand axe du bâtonnet, formant un bouquet en forme de gouvernail à chaque pôle, tandis qu’au centre ces cils semblent réunis et agglomérés les uns aux autres par une masse mucilagineuse, qui à un certain stade de l’évolution du bacille devient très abondante, et ceci surtout sur les milieux solides ou en culture âgée; à ce moment on a beaucoup de difficultés pour mettre en évidence les cils locomoteurs, qui cependant

doivent exister, car même en forme diplococcique où coccobacillaire, l’organisme présente, encore observé à l’ultramicroscope, des mouvements de translation propre et individuel.

Cette sécrétion mucilagineuse devient cependant, sous certaines conditions culturales, tellement intense, que nous avons eu souvent l'impression de l'existence de véritables capsules entourant le plastide, comme on a l’habitude de voir le pneumocoque ou le pneumobacille dans des prélèvements pathologiques.

Afin de mettre au point cette question, nous avons cultivé notre bactérie tout d’abord sur différents milieux. Nous avons déjà vu que sur des substances solides ce phénomène devenait beaucoup plus marqué; mais sur un milieu complexe à base de gélose (2%) — glycérine (3%) — glucose (2%) — succinate d’ammoniaque (2%) — craie (trace), nous avons obtenu des résultats nettement favorables, de sorte que la zone hyaline brillante, entourant le corps bactérien, avait souvent plus de 2 fois la largeur du bacille même. Sur sérum de cheval on obtenaït le plus souvent des éléments diplococciques avec une sorte de capsule très belle aussi.

Mais en réalité il ne s’agit pas ici d’une capsule dans le sens strict du mot, il s’agit d’une sécrétion mucilagineuse plus ou moins épaisse, difficilement colorable, faiblement réfringente, due à des phénomènes physiques tels que GAMALEIA (123) l’a déjà observé (humidité, pression osmotique etc). Ceci a été mis en évidence par les techniques suivantes indiquées par LASSEUR.

Technique à l’encre de Chine.

Celle-ci est étendue de deux fois son volume d’eau distillée, portée à l’autoclave à 1200 pendant 20 minutes pour faciliter la précipitation, et centrifugée jusqu’à ce que lon obtienne un dépôt appréciable. On décante, on porte dans des tubes effilés et on abandonne au repos pendant trois à quatre semaines. Puis on décante de nouveau. Cette encre est alors préalablement diluée avec de l’eau distillée en quantité suffisante pour que le liquide obtenu donne avec le matériel cultural, une émulsion réalisant un fond sombre. On voit alors au microscope le corps bactérien du Bacillus Citrulli SArroRvtI très brillant et illuminé, tandis

que la couche mucilagineuse environnante est légèrement éclairée, fournissant une zone hyaline faible. Des préparations témoin effectuées avec un prélèvement de pneumocoque, ont nettement démontré la différence de la nature de ces enveloppes bactériennes.

Technique au Formol-Fuchsine :

Le procédé de formol-fuchsine au tanin, indiqué également par LASSEUR, nous a donné la même différence entre la capsule du pneumocoque et l’auréole mucilagineuse du bacillus citrulli.

Le mode opératoire de ce procédé est le suivant : On fait une émulsion avec une culture bactérienne et son volume de sérum de cheval au quart. On fixe cette émulsion à l’aide du fixateur de BouIN. On lave à l’eau et à l’alcool; puis on fait agir pendant deux minutes une solution de tanin à 15%, On colore au violet de gentiane à chaud, on fait agir le liquide de LUGor,, on décolore au moyen de l’alcooi. Puis on colore la préparation pendant 10 minutes avec une solution potassique de fuchsine au tanin.

L/auréole autour de la bactérie, très développée pendant le stade coccobacillaire et peu visible à l’état de bâtonnet, nest donc qu’une partie de la membrane bactérienne qui cependant apparaît dans tous les stades de l’évolution et qui chez la bactérie, très mobile, est limitée à la zone moyenne du corps, donnant alors à celui-ci la forme d’haltères.

3) Coloration.

Le Bacillus Citrulli SARTORYI se colore facilement avec les colorants basiques d’aniline, employés ordinairement dans les laboratoires.

I1 se décolore très rapidement (trois secondes dans l’alcool) par la méthode de GRAM, il est donc strictement à Gram négatif.

La méthode de coloration de CLAUDIUS, donne le même résultat que la méthode de GRAM. Par la confection du frottis, le bâtonnet prend ordinairement une forme incurvée à extrémités arrondies, souvent la partie moyenne du corps du plastide est moins colorée et moins réfringente, tandis que les deux pôles sont très avides de colorant. Il semble

donc qu’il y a condensation cytoplasmique, en forme de croissant où de demi-sphères, au niveau des deux pôles. Dans la partie réfringente très remarquable chez Îes jeunes cultures, nous avons aussi pu observer ces corpuscules ronds, incolores, que nous avons réussi à caractériser par des colorations au Soudan 111 et Îe #riméthylamidoazobenzol, communs des globules graisseux.

Dans les éléments coccobacillaires, ces phénomènes ne peuvent pas être observés; ici le plastide bactérien se colore très uniformément et d’une façon homogène. Les corpuscules métachromatiques du glycogène et des chromatophores ou des autres organes différenciés n’ont pas pu être observés. La membrane est toujours très mince, elle est chromophile et se distingue nettement des couches hyalines mucilagineuses environnantes.

Sur tous les milieux employés nous avons essayé de caractériser des formes de résistance ou conservatrices spécifiques. Mais jamais nous n’avons, par des examens directs ou par des colorations spéciales (procédé à l’acide chromique ou double coloration par la fuchsine de ZIEHL à chaud) pu trouver des endospores typiques. Le Bacillus Citrulli SARTORYI ne produit donc pas de spores. Ces propriétés d'introduction vers des formes cocciques et la capacité de s’entourer d’une gaîne mucilagineuse lui fournissant d’ailleurs des moyens de protection, largement suffisants, comme nous allons le constater dans le chapitre des propriétés biologiques.

4) Dimensions.

Nous avons déjà vu qu’il n’y à pas de milieu où les dimensions du Bacillus Citrulli soient constantes et permanentes. Ses mesures sont très variables, à cause de l’involution constante de la bactérie. Certaines formes dans des liquides peu concentrés sont très frêles, d’autres dans des milieux à concentration plus forte se gonflent souvent du double de leur taille habituelle, sans changer pourtant sensiblement d’aspect général.

Nous avons évité par principe de donner au commencement de ce chapitre des dimensions, car nous savons que ces mesures sont tout à fait relatives et que les dimensions des germes sont variables, selon qu’on examine ceux-ci à l’état

frais ou après dessication, fixation et coloration. Etant donné les variations suivant le mode d’examen, nous avons donné dans le tableau suivant quelques mesures en indiquant les conditions dans lesquelles elles ont été effectuées. Les mesures sur le tableau ci-contre ont toutes été faites à l’aide de cultures âgées de 4 jours.

État frais État de fixation Milieu Corps Plastide Ste Coloration È a encr £ Bacallaire + cils ds! Chine simple

Min. | Max. | Min. | Max. Min | Max. | Min. | Max.

Bouillon de viande ...... 0,46 | 2,85 | 0,52 | 4,00 || 0,50 | 3,55 | 0,41 | 2,75 0,3 | 0,46 | 0,32 | 0,53 || 0,26 | 0,51 | 0,28 | 0,45

Bouillon glycériné ....... 0,5 |3,5 |0,63|14,2 || 0,58 | 3,75 | 0,44 | 3,00 0,3 10,5 |0,32]|0,661[0,2810,61|10,3 |0,5 Bouillon glyc. gélosé..... 0,55 |0,9 |0,55] 0,911 0,68 | 0,81 | 0,55 | 0,92 0,45|10,8 |0,45|0,8 [10,62 | 0,81 | 0,43 | 0,82

Milieu synth. F. pH = 6,4. | 0,42 | 0,99 |0,42|0,99|[0,4 |1,2 |0,3 |0,85 0,28 | 0,62 | 0,28 | 0,62 || 0,28 | 0,88 | 0,25 | 0,88

Milieu synth. F. pH = 7,6. [0,5 |3,7 |0,5214,5 |[0,52]4,2 10,35 | 3,7 0,3 10,5 [0,3 |0,67110,3 |0,67|0,28 | 0,52

Milieu végétal de melon .. [0,4 |0,93|10,4 |0,93|[0,4 |1,00 0, 0,27 | 0,741 0,27 | 0,75 || 0,28 | 1,000

Nous pouvons par conséquent tirer de ce tableau à peu près les conclusions suivantes :

Le Bacillus Citrulli SARTORYI se présente en forme de bâtonnet mesurant de 0,3 à 4,5 en longueur, de 0,28 à 0,52 y en largeur (Fig. V).

ou de coccobacille mesurant :

deb0 ss Ar 201 en longueur de 0,25 à 1,00 y en largeur (Fig. VII).

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