CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Nous avons eu l'occasion d'étudier dans ce travail deux organismes levuriformes asporogènes lipolytiques. Nous avons étudié leurs propriétés en général et leur pouvoir lipolytique en particulier.
Dans le premier chapitre. nous avons donné un essai de définition sur le terme « Levures » et un aperçu général sur le grand groupe des organismes levuriformes. Ces Champignons ont été étudiés au point de vue de leurs caractères différentiels : ce fait nous a permis d'envisager une discussion sur leur classification, qui est basée surtout sur leur aspect morphologique, microscopique et macroscopique et leur comportement physiologique.
Dans le deuxième chapitre. nous avons essayé de donner un aperçu général aussi complet que possible sur les Lipases, leur constitution, leur origine et leur position dans la classification des ferments. d’après les conceptions les plus récentes.
En relation avec nos travaux personnels, nous avons décrit succinctement dans le chapitre suivant les principes des différentes méthodes pouvant être utilisées pour le dosage du pouvoir lipasique. Il s’agit des techniques alcalimétrique, manométrique, néphélométrique, électrométrique, stalagmométrique, et finalement dilatométrique.
Dans la deuxième partie de notre travail, qui a trait à nos travaux personnels, le premier chapitre est réservé à l’étude des organismes levuriformes lipolytiques : nous donnons tout d’abord les différentes méthodes pour étudier les caractères de ces Champignons. Nous donnons ensuite les détails sur les propriétés des Levures lipolytiques établis par des auteurs danois, tout récemment, pour les comparer aux deux organismes que nous avions à notre disposition. De ces recherches nous nous sommes cru en droit de conclure à l'identité de nos deux organismes répondant aux caractères de Candida lipolytica, Harrison et Trichosporon pullulans, Lindner.
Nos expériences au sujet du pouvoir lipolytique qualitatif de nos deux Champignons étaient nettement positives d’après la méthode d’ErJk- MANN. Au cours de ces recherches, nous avons pu constater que l’addition du Carbonate de calcium difficilement hydrosoluble était inutile pour mettre en évidence l’action lipolytique de ces Champignons, étant donné la formation spontanée de savon calcaire à partir des graisses par l'emploi d’un milieu de jus de pomme de terre glycériné à la place du milieu semi-synthétique de Gorodkowa.
Les deux derniers chapitres de notre travail ont surtout trait au dosage des Lipases élaborées par nos deux Levures. À ce sujet, elles ont été
toujours cultivées dans le milieu liquide au jus de pomme de terre glycériné de J. MEYER. La méthode ionométrique qui a été mise au point antérieurement au cours des travaux de FURRER, SCHÂR et MARTI, a été employée pour réaliser ces expériences quantitatif. Le but de notre travail résidait également dans l’étude des caractères propres et différentiels des Lipases de nos deux organismes. De ces travaux nous nous croyons en droit de formuler les conclusions suivantes:
Les Lipases levuriennes ne sont guère solubles dans le liquide nutritif ambiant et ne nous semblent pas exogènes. Cette constatation a pu être vérifiée aussi bien par l'emploi de l’Huile d'olive que de la Tributyrine comme substrat-réactif du pouvoir lipasique. D'autre part, l'augmentation du taux de Glycérine de 3 à 10% dans le milieu de culture n’influence aucunément la diffusion des Lipases dans la phase culturale aqueuse.
Les Lipases levuriennes ne peuvent pas être mises en solution par l'emploi d’une solution de Chlorure de sodium hypertonique. Elles sont également insolubles dans une solution hydro-glycérinée composée de 4 parties de Glycérine et de 6 parties d’eau. En partant d’un résidu levurien déshydraté et traité antérieurement par une solution concentrée de Chlorure de sodium, le pouvoir lipasique n’a plus pu être retrouvé dans une macération sucrée formée par 6 parties de sucre et 4 parties d’eau. Cette technique cytolytique en solution hypertonique et déssiccation consécutive ne permet pas d'isoler les Lipases levuriennes.
A l’inverse de ce que nous avons constaté avec le liquide cultural, nous avons pu mettre en évidence une action lipolytique nette du résidu mycélien séparé par centrifugation ou filtration ; la lipolyse se manifeste d’une façon plus prononcée chez le Trichosporon pullulans que chez Candida lipolytica. En ce qui concerne l’optimum du pouvoir lipolytique par rapport à l’âge de la culture, nous avons pu établir indubitablement que celui-ci se trouve dans les cultures âgées de 2 semaines. Dans les cultures plus âgées les propriétés lipolytiques sont en nette régression. Quant au substrat-réactif, lHuile d'olive se prête beaucoup mieux que la Tributyrine au contrôle des Lipases de nos deux Levures.
Au cours de nos expériences nécessitant l’emploi du résidu mycélien de nos Levures pour le dosage lipasique, nous avons pu constater que l’action lipolytique s’exerce dans nos conditions expérimentales, non seulement vis-à-vis de substrat-réactif (Huile d'olive), mais également sur les substances lipidiques propres aux cellules levuriennes. Les résultats quantitatifs établis par notre méthode ne doivent donc pas être considérés comme des valeurs absolues, mais comme plus ou moins déficientes.
Le traitement des résidus mycéliens au moyen d’Acétone et d’Ether précédant le dosage des Lipases ne permet pas d’éluer les lipides idiogènes de ses cellules. Ces solvants occasionnent d’autre part une inactivation partielle des Lipases. La méthode de dosage du
pouvoir lipasique inhérent aux cellules levuriennes n’est nullement améliorée par ce procédé.
L’ajustement préalable de la suspension lipasique réactionnelle à un pH de 8,5 à 9,0 et le maintien permanent de cette concentration ionique par addition de Lessive de soude, stabilise finalement celle-ci, de façon à ce que le pH ne se modifie plus en absence d'Huile d'olive ou de Tributyrine, employés comme substratréactifs dans le dosage proprement dit, mais les Lipases semblent ainsi fortement affaiblies à la suite de ce traitement de 2 jours et de l'hydrolyse consécutive des produits métaboliques. Ces processus peuvent amener soit une destruction partielle des Lipases, soit l’apparition des produits de dégradation inhibant teur action.
La purification des Lipases levuriennes peut être obtenue par épuisement alternatif, au moyen de Xylol et d’Ether de pétroie dans une atmosphère dépourvue d'oxygène. Le résidu mycélien ainsi obtenu a un pouvoir lipasique fortement accru, se chiffrant proportionnellement à environ 200 % de celui dû à la masse levurienne résiduelle non purifiée. Nous avons d’autre part constaté que l’activité’ de ces Lipases peut être maintenue dans le Sirop simple et qu’une grande partie des Lipases peut entrer en solution dans celui-ci après purification. L'influence de l’air, de l’eau pure et de la chaleur est nuisible à la conservation de ces Lipases levuriennes naturellement endocellulaires.
Nous croyons ainsi avoir pu apporter une contribution utile à l’étude et à l'isolement des Lipases levuriennes qui, comme celles des Bactéries
acido-alcoolo-résistantes présentent une parenté plus étroite avec les
Phytolipases qu'avec les Zoolipases. Nous espérons que nos recherches
apporteront un chaînon utile dans ce domaine et contribueront à élucider le problème des ferments lipolytiques et du métabolisme de ces organismes infiniment petits.