CHAPITRE IT
Hydrogénation par le sodium et l’alcoo! absolu.
Lorsque Bæyer (1) employa le sodium et l'alcool absolu pour la réduction du chlorure de chloroxindol, il ne semble avoir eu pour but que de remplacer le chlore par l'hydrogène.
C’est Ladenburg (?) qui, le premier, a formellement recommandé Pemploi du sodium et de l'alcool absolu pour transformer la pyridine en pipéridine par un processus d’hydrogénation qui, depuis, a été utilisé pour la réduction de nombreux composés organiques.
Il m'a paru intéressant de rechercher si cette méthode d’hydrogénation était applicable au phénanthrène et quel produit d’hydrogénation pouvait en résulter.
J'ai opéré dans les conditions suivantes :
10$ de phénanthrène purifié (voir p. 3) et 300" d’alcool absolu sont introduits dans un ballon de 1l relié ensuite à un réfrigérant à reflux. À la solution alcoolique, portée à l’ébullition, on ajoute, peu à peu, en 2 heures, 55 de sodium coupé en petits morceaux. Après la dernière addition de sodium, le mélange est maintenu à l’ébullition pendant encore 2 heures.
Au bout de ce temps, la solution chaude est légèrement colorée; on la verse, en agitant, dans 11,5 d’eau acidulée par une quantité suffisante d’acide sulfurique. Ilse forme un précipité cristallin et des gouttelettes huileuses qui restent en suspension dans le liquide hydroalcoolique.
Après un repos de 24 heures, le précipité est, par agitation, remis en suspension dans le liquide, puis filtré, essoré et comprimé.
Le liquide filtré contient la plus grande partie du produit huileux en suspension.
Le produit solide recueilli est coloré en jaune orangé et imprégné d’un peu du produit huileux; pour le purifier, 1l est nécessaire de le dissoudre dans un peu d’alcool éthylique bouillant et de pré-
(2) Bæver, Ber. d. chem. Ges., t. XII, p. 459. (2?) Laneneurc, Lieb. Ann., t. CCXLVII, p. 51; Ber. d. chem. Ges., t. XVII,
cipiter la solution alcoolique par l’eau. Après quelques heures de repos, le précipité cristallin, blanc, est recueilli, essoré et plusieurs fois cristallisé dans l’alcool.
Le liquide hydroalcoolique opalescent, résultant de ce traitement, joint au précédent, est extrait par l’éther éthylique. La solution éthérée, desséchée, est distillée. Le résidu de la distillation constitue 4% à 5% d’un liquide bouillant à 3102, donnant un picrate fusible à 1060 et un dérivé dibromé fusible à 1489,5. C’est du tétrahydrure de phénanthrène.
Le produit solide purifié fond à 99°, donne un picrate fusible à 1449 : c’est du phénanthrène.
Si la réaction d’hydrogénation est répétée en augmentant la quantité de sodium employée, le rendement en tétrahydrure s'élève proportionnellement.
Alors que les composés dihydrogénés résultent de l’hydrogénation par le sodium et l’alcool absolu dans le cas de la naphtaline (! )et de l’anthracène (?), je n’ai pas réussi à isoler le dihydrure de phénanthrène que différents auteurs prétendent avoir obtenu par d’autres réactions (3).
Je dois signaler qu’en faisant agir, pendant plusieurs jours, l’amalgame de sodium en présence d’alcool sur le phénanthrène, Hayduck (‘) n’a pas observé de formation d’un hydrure de phénanthrène, tandis que M. Barbier (*) a obtenu une petite quantité d’un carbure plus soluble que le phénanthrène et qui cristallise en petites aiguilles blanches; cette quantité, ajoute-t-il, a été trop faible pour qu’une description plus complète puisse être donnée.
Mes propres essais confirment l’observation de Hayduck, En aucun Cas, je n’ai observé trace d’hydrogénation.
(*) BamserGer et Loprer, Lieb. Ann., t. CLXXXVIIL, p. 74.
(?) GRæ»E et LreBERMANN, Ann. d. Chem. et Pharm., t. VIL, p. 253. (#): Voir p; 37.
(*) Havpucx, Ann. d. Chem., t. CLXVII, 1873, p. 177.
(*) Bangrer, Ann. de Chim. et de Phys., 5€ série, t. VII, 1876, p, 535.