SCÈNE DEUXIÈME
Entrent BERTHE d'abord, qui se précipite vers Robert, ensuite M™' VlLLIAUD.
BERTHE
Comment, vous voilà et on ne nous dit rien! (Elle va à Robert et lui serre les mains.)
MIETTE
M. Robert n'était pas seul !
ROBERT
J'ai trouvé la grille ouverte, je suis entré; M"'- Miette a bien voulu me recevoir; nous causions.... (A mi-voix.) Vous avez bien fait d'arriver, elle commençait à m'intimider!
M™*^ \-iLLiMii){(/ia' a entendu la réplique de Miette)
Gamine ! (A Robert.) Nous dînions dans la petite chambre basse qui donne sur le jardin. Nous ne pouvions pas vous voir entrer. Y a-t-il longtemps?
ROBERT
Quelques minutes.
BERTHE (mi-voix).
Ce qu'elle a dû vous dire de bêtises pendant ce temps-là !
ROBERT
Elle m'en a dit d'adorables ! (Avec intention.) Elle m'en a dit d'affectueuses sur lesquelles je ne la contredirai pas.
BERTHE
Jamais ?
ROBERT
Jamais !
M"i'= viLLL\UD (à Miette qui s'est réfugiée dans un coin d'où elle observe iuunohile BertJie et Robert).
Eh! bien, que fais-tu là ?
.AiiETTE (mystérieuse).
J'attends qu'ils aient fini de se dire bonjour, maman !
(Entrent Marguerite et Gabrielle^ Robert s'avance vers elles.)
BERTHE
Miette !
MIETTE (inquiète).
De quel air tu m'appelles ! tu es jalouse ?
BERTHE
Petite sotte ! Va dire à Victorine qu'elle serve le café.
Etes-vous un peu reposées, Mesdames ?
MIETTE (revenant à Berthc), Ici ou dans la serre ?
BERTHE
MARGUERITE et GABRIELLE.
Prêtes à recommencer.
liERTHE (à Gabrielle).
Alors, tu nous restes jusqu'au prochain bal.
ROBERT
C'est-à-dire tout l'été.
BERTHE
Comment ?
MARGUERITE
Tout l'été ?
ROBERT
Sans doute; le prochain bal, c'est le prochain hiver.
TOUTES
Déjà ! Mais nous n'avons pas dansé.
( Victor ine apporte le café. Miette, qm est rentrc'c, la suit des yeux tout en approchant de Robert.)
MIETTE (bas à Robert).
Le bonnet !
(Robert sourit et se mord la lèvre.
Miette pouffe de rire.)
iM™<^ VILLIAUD.
Eh bien ! Eh bien !
BERTHE
Miette rit aux anges.
MIETTE (à Berthe en riant toujours).
Crois-tu ?
(Elle va parler à l'oreille de Berthe.
— Les jeunes filles servent le café.)
BERTHE (en offre une tasse à Robert et lui indique le poêle).
Mettez-vous là, il fait meilleur,
(Robertftouten remerciant, s'approche du poêle à côté duquel est assise ■ M"^^ Villiaud.)
M'"*^ VILLIAUD.
Notre grand vieux poêle de famille qui nous chauffe si fidèlement.
FIOBERT.
C'est excellent...
iMiETTE (en menu: temps que la dernière réplique).
En pension, il 3' en a un pareil. Ça me rappelle la maison. Le samedi soir on y étale ses pantalons et ses chemises, et quand on veut avoir chaud tout à fait, on s'assied dessus.
TOUTES (seandalisees).
Mais, Miette!
ROHERT.
On m'avait bien dit que saint Laurent était un épicurien.
BERTHE (à Robert).
Vous en êtes un autre !
ROBERT (étonne').
Moi?
BERTHE
Oui! oui! Vous avez fait la grasse matinée. Pourquoi ne vous a-t-on pas vu à la messe d'onze heures et demie?
ROBERT (moqueur).
Parce que les coupables ne voient jamais ceux qui les voient.
MARGUERITE et BERTHE.
Les coupables ?
ROBERT
D'arriver, en se dépêchant, à l'Evangile.
BERTHE (un peu confuse, ainsi que Marguerite, d'avoir été surprise en faute).
C'est la faute de la petite pensionnaire, là-bas !
MIETTE (indignée).
Oh! c'est trop fort!
BERTHE
Où étiez-vous ?
ROBERT
A ma place habituelle.
BERTHE (ton d'inquisiteur).
Et nous?
ROBERT (répondant avec assurance et moquerie, à toutes les questions).
La vôtre était prise; vous êtes allées vous
mettre au delà de la chaire, sous le vitrail de Sainte-Thérèse.
(Les autres fout siguc : oui.)
BERTHE
Vous en êtes sûr ?
ROBERT
Si vous ne me croyez pas, demandez-le à M""-" Lorairi, elle était derrière vous.
BERTHE
Nous ne l'avons pas vue.
Vous n'avez donc vu personne? Qu'allez-vous faire à la messe?
MARGUERITE
Ecouter la musique militaire.
MIETTE
C'est superbe dans une église.
BERTHE (co)itiuuaut SON luç/tis/t/onj.
Qu'a-t-on joué à l'oftertoire, s'il vous plaît ?
ROBERT
L'orgue a joué en sourdine le thème du duo de Faust, et puis la trompette solo, accompagnée par toute l'harmonie du régiment, a joué l'air...
BERTHE
Ouel réaiment?
ROBERT
La liene.
Ouel air?
ROBERT
" Salut, demeure chaste et pure! „ Etes-vous satisfaite, mon juge?... A la sortie, je vous ai attendues sous le porche.
BERTHE
Où vous avez salué...
ROBERT
Tout ce qu'on salue à la sortie de la messe d'onze heures et demie. Par ce beau temps, il n'y manquait que vous. Mesdames.
MARGUERITE
A la grande sortie.
BERTHE
Nous étions filées par le bas-côté, parce que Miette était un peu malade.
MIETTE
J'avais été incommodée par l'odeur del'encens.
M"""^ VILLIAUD.
Et j'avais envie de manger des gâteaux, n'estce pas, Bébé?
MIETTE
Oui, maman !
MARGUERITE
Et voilà pourquoi nous n'avons pas fait le tour de la place. Il y avait du monde ?
ROBERT
Tout le monde, et quel émoi ! Plus de dix personnes m'ont arrêté pour me demander si vous aviez une malade.
BERTHE
A vous ? moqueur !
ROBERT
Je vous le jure.
BERTHE
Citez-en une ?
ROBERT
M"«= Lebonnel.
iMAKGUERITE et BEKTHE.
Oh ! celle-là.
MARGUERITE
Elle va faire une enquête.
GABRIELLE
Qui est-ce M"'"^ Lebonnel ?
BERTHE
Tu ne la connais pas ?
GABRIELLE
Non.
BERTHE
Elle était devant nous à l'église, avec une robe mauve et un grand oiseau de paradis sur son chapeau.
GABRIELLE
Cette dame qui avait un tic.
ROBERT
Elle a aussi un fils.
.AUETTE.
Hidulfe!
MARGUERITE
Est-ce qu'on lui donne la clef maintenant?
ROBERT
Je crois qu'il l'a eue la semaine dernière pour aller au Cirque.
MIETTE (rêveuse).
Il va peut-être se marier.
BERTHE (après 7tn temps).
Nous sommes revenues par le boulevard, très doucement; n'est-ce pas, Gabrielle. Qu'il faisait bon ! Qu'il faisait clair et doux !
MIETTE
Si paresseusement doux !
Un temps délicieux !
BERTHE
Comme si le printemps s'allumait déjà tout au fond de la campagne grise.
MARdUI-RlIK.
Nous avions envie d'aller à l'ermitage.
BKRIHE.
. Nous étions mélancoliques
MIETTE (à Bcrthc).
Toi surtout !
BERTHE
... Comme des pécheresses qui ont reçu la planche à confesse.
.Ai''"'-' VILLIAUD.
Ou comme des valseuses en convalescence.
ROBERT
En convalescence! C'est bien vrai. On éprouve cela des lendemains de bal de Mi-Carême en s'éveillant dans du jeune printemps qui semble se moquer de vos visages blafards.
MIETTE (uu'lancolique).
" Le carnaval s'en va, les roses vont éclore. „