‹ Étude de jeune fille [par] Henry MaubelChapitre 12 sur 20 · LES AUTRES JEUNES FILLES · texte numérisé non relu

LES AUTRES JEUNES FILLES

Qu'est-ce qu'elle dit ?

ROBERT

Du Musset

MIETTE

C'est dans mon album... Je le sais par cœur!

ROBERT

Continuez.

MIETTE (le juciiioii doiis Ics iiiaiiis, les bras élargis sur le dossier d'un fauteuil devant elle, reprend timidement, le regard au fond du fauteuil).

" Le carnaval s'en va, les roses vont éclore. " Cependant du plaisir... du plaisir...

... Je ne sais plus! (Elle réfléchit encore puis brusquement :)

" Cependant du plaisir la folâtre saison rit et

[voltige encore " Pendant que... soulevant les voiles de l'aurore " Le Printemps inquiet paraît à l'horizon. „

(Les deux derniers vers dits d'une voix fuyante.)

TOUTES

Bravo, Miette!

(Robert applaudit.)

.MIETTE (se redressant la figure rouge, les yeux animés).

Vous voyez bien que vous aimez les vers !

ROBERT (galant).

Ceux que vous savez par cœur.

W""^ VILLIAUD.

Qui m'ofïre un peu de café ?

(Elles se précipitent, sauf Miette, qui demeure absorbée; Gabrielle sert du café à M""-' l ^illiaud ; Berthe en offre à

Robert, qui prend sa tasse, la vide et la lui donne. Elle revient près de la table où est Miette.)

MIETTE (attirant Berthe qui résiste un peu).

Dis-moi..., est-ce qu'on peut embrasser son beau-frère ?

BERTHE

Tu as un beau-frère ?

MIETTE

Non ! mais j'en aurai un bientôt !

BERTHE

Passe -moi le baiser en attendant... (Miette l'embrasse.) et va faire un tour au jardin.

MIETTE

Tu me chasses? Pourquoi?

Mais non. Nous allons y venir aussi. (Persuasive et douce :) Ça te fera du bien.

MIETTE (avec un mouvement de mauvaise humeur, se rassied).

Je n'irai pas ! (Elle aperçoit le chat qui entre) change de ton et de visage et va à lui :) Oh ! voilà, Pouci ! Pouci ! Viens ici, mon ami. Viens dire

bonjour à M. Robert. Vous allez voir comme il est obéissant; tu auras du lait !... Il ne touche jamais à rien sans ma permission.

ROBERT

C'est un raffinement de gourmandise.

(Miette verse du lait dans une tasse, l'appelle encore, il s'enfuit.)

MARGUERITE

Laisse-le, Miette, il ne veut pas.

On lui fait peur ! (Elle le poursuit la tasse à la mai}i; il s'enfuit toujours, se cache dans les coins.) Veux-tu venir tout de suite!

MARGUERITE

Ah ! ouiche.

M'"'-" \ILLIAUD

Tu n'as pas de succès. (On rit.)

jMIEtte (furieuse).

\'ilaine bête ! tu es encore plus mal élevée que ton cousin Gora. Tiens ! (Elle lui lance la tasse et pousse un cri en voyant le lait répandu et la tasse brisée. — Eclat de rire.)

ÉTUDE DE JEUNE FILLE 8l

.M'"« viLLiAUD (scvcrcment).

Miette !

MARGUERITE

Miette a ses nerfs.

.AiiETTE (se redressant ronge de colère et les larmes aux yeux).

Il y a quelqu'un ici qui va recevoir un soufflet !

ROBERT

Moi peut-être.

(Miette le regarde, hésite, balbutie, tape violeininent du pied, se cache la figure dans son mouchoir et s'enfuit.)

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