SCENE PREMIERE
BERTHE d Cjk'QMELLE, à côté d'une table chargée de chiffons, causent en arrangeant une robe de bal. Alt fond, M'"'-' VILLIAUD^ assise devant une psyché, se fait coiffer.
GABRIELLE
Après-demain, ma chère!
BERTHE
Je te le défends bien, par exemple.
GABRIELLE (riaut).
Il le faut!
BERTHE
Turlututu! Nous écrirons demain à ta mère que tu passes quelques jours ici ou je croirai que tu ne viens que pour le bal et pas pour nous.
GAliRIELLE.
Grande sotte! (Lui montrant la robe.) ^\ nous relevions ça? qu'en penses-tu?
HERTHE (examine et arrange d'un air absorbé sans répondre).
M'"« viLLiAUD (an coiffeur).
Pas trop plats les bandeaux, n'est-ce pas?
LE COn^FEL'R.
Parfaitement, Madame. (Ecartant la main de ^me Yilliaud.) Veuillez me permettre.... (Il continiie la coiffure.)
viCTORiNE (entrant).
Mademoiselle Berthe, n'y a-t-il plus rien à mettre dans la malle de M"^ Miette?
BERTHE
Voyons! les livres, le chocolat.... Ah! les gants!
VICTORINE
Ils y sont, Mademoiselle.
BERTIIK.
Et son second livre de prière qu'elle me demande. (Se levant.) Je vais vous le donner!
(Elle sort.)
M"^'^ VILLIAUD.
Deux livres de prière!
GABRIELLE
C'est que le premier sans doute est rempli.
M'"^ VILLIAUD
Rempli de quoi?
VICTORINE (voyant que Gabrielle cherche les ciseaux).
Vous cherchez les ciseaux, Mademoiselle?
(Elle les prend sur une autre table et les donne à Gabrielle.)
GABRIELLE
Merci, Viçtorine. (A M"'^ Villiaud.) Rempli d'images, de fleurs sèches, de souvenirs!... de portraits, quelquefois!
C'est la mode chez les demoiselles Hachez. Nous en avions nos livres bourrés.
l6 ÉTUDE DE JEUNE FILLE
M"^^ viLLiAUD (riant).
Voilà un excès de piété!
GABRIELLE
C'est si amusant la piété en pension, Madame. On enveloppe de si jolies choses les prières qu'on dit, que ces prières deviennent de vrais poëmes. Je me rappelle qu'une année nous avions débaptisé tous les saints afin d'accorder leurs noms avec nos sympathies.... et nos antipathies. Il y eut même toute une affaire parce qu'une élève — qui ressemblait un peu à Miette par le caractère — avait donné à saint Jean- Baptiste le nom d'un de ses cousins. C'est la même qui avait dessiné un polichinelle en marge de son Pater. Oh! sans mauvaise intention. Elle finit par se prendre d'une telle idolâtrie pour ce polichinelle qu'elle ne voulut plus l'enlever. Elle l'adorait sérieusement... Elle trouvait^/? /V?;;/.^ — je me souviens de son mot - elle trouvait que sa figure s'était spiritualisée.
C'est monotone, vo3^ez-vous, toujours la même vie dans les mêmes classes, les mêmes réfectoires, les mêmes dortoirs. Quand on ne peut pas sortir, c'est l'imagination qu'on envoie en promenade et l'imagination va, revient, fait des visites et en reçoit. Aussi, quand on voit une élève rêvasser, le nez en l'air : " Qui reçois-tu? „
lui demande-t-on. Seulement, elle ne le dit pas à tout le monde. C'est bon pour la confidente. Ces choses-là sont trop graves pour qu'on les confie à plusieurs amies....
M"''^ VILLIAUD.
En même temps! — Je comprends maintenant que le second livre de prière soit nécessaire à cette gamine. On pourrait en faire consolider la reliure.
BERTHE (rentrant et donnant le Ikn-e à Victor ine).
J'ai eu du mal à le trouver! Cette Miette vous a un ordre tellement fantaisiste! (A Victor ine.) Vous avez bien mis l'adresse? (Victor ine lui tend l'adresse; elle lit :)A\x pensionnat des demoiselles Hachez à .... (Elle continue à voix basse.) C'est ça! Expédiez par express et revenez vite, nous aurons besoin de vous. ( Victor ine sort.)
BERTHE (revenant auprès de Gabrielle).
Cette pauvre petite aura au moins la compensation de son dimanche d'exil.
GABRIELLE
Pourquoi ne revient-elle pas?
BERTHE
C'est difficile. Ce soir, elle serait seule et
l8 ÉTUDE DE JEUNE FILLE
demain, comme nous avons.... (Un peu cnibarra55^^.y quelqu'un, nous n'aurions guère le temps de nous occuper d'elle; de sorte que maman a demandé à M"^ Louise de remettre sa sortie de ce mois-ci à dimanche prochain. Tu sais comme elles sont gentilles.... et peu sévères.
GABRiELLE (ttprès HH tcmps de silence).
Tu as du monde demain?
BERTHE
Oh! du monde, non!... Robert viendra sans doute prendre le café avec nous après le dîner....
GABRIELLE
Et qui encore?
BERTIIE.
Personne, c'est bien assez comme ça.
GABRIELLE
Assez, mais pas trop. (Lui prenant le nirn/on et la regardant dans le regard pour y chercher quelque r/?o5^.y/ Regarde-moi donc! (Lui lâchant le menton et faisant un petit geste dégagé et moqueur.) Tu as attaché ce liseron grimpant, la tête en bas! (Elles rient.)