SCENE TROISIÈME
MIETTE entre en coup de vent.
Vous dérangez-pas. C'est moi! (Etonnement gênerai.) J'ai rencontré M. Languant dans l'escalier. Il avait son air rougeaud des jours de grand tralala et de petites gouttes. (Regardant les coiffures et simulant un respect considérable.) Oh!... alors, c'est un grand bal!
M'"« VILLIAUD.
Mais vas-tu nous dire ce que...
MIETTE
Ce que... ce qui?... Pardon, maman! (Elle se jette au cou de sa mère.) C'est vrai, au fait, il me semble qu'on pourrait bien m'embrasser d'abord! (Elle les embrasse. — A Gabrielle.) Et toi aussi, Gabrielle! Je peux te tutoyer, n'est-ce pas? Je savais que tu étais ici; Berthe me l'avait écrit.
Tu as donc reçu ma lettre, qui te disait...
MIETTE (interrompant).
Qui me disait, qui me disait... qui ne me disait rien du tout. C'est même pour ça que me voilà; car pour n'être pas curieuse, j'aime savoir ce qui se passe chez moi. — Na!
MARGUERITE
Tu t'es donc sauvée ?
MIETTE
Sauvée! Oh! non; je suis devenue subitement très malade,voilà tout. ..(Mouvement.) et comme c'était contagieux...
TOUTES
Comment !
!>uETrEfvoyant l' inquiétude sur les visages, change vite de ton).
Non, non, c'est pour rire! (Elle les amène autour d'elle, d'un air mystérieux, et continue en ôtant ses gants.) Je vais vous dire ce qui est arrivé. C'était vers quatre heures; nous sortions de classe; je finissais de lire la lettre de cette demoiselle Mystère, quand...
HERTHK (l'interrompant).
Mystère!
MIETTE (rappelant les mots de la lettre).
" Sois sage, et dans huit jours je te dirai un grand secret. „ fPin's d'un ton de dédain.) Il court la pension, ton secret!
BERTHE (stupéfaite).
Qui a pu dire?...
.MIETTE (nmne ton bref).
Je ne sais pas qui l'a dit, mais tout le monde le sait! — (Elle reprend son explication.) Je finissais de lire, quand Valentine me prend la main en me disant d'un air drôle : " Qu'est-ce que c'est que ça? „ et j'aperçois sur ma main une petite tache rose, et puis deux et puis trois... Je lui réponds avec la voix du loup vêtu en mère grand : " Ça, c'est la rougeole ! Au même instant mademoiselle entre et Valentine de lui crier : " Mademoiselle, Miette a la rougeole ! „ Je ne sais pas si elle avait bien compris, mais elle m'a regardé sans rire. Alors, tout à coup, l'idée m'est venue qu'on allait peut-être me renvoyer pour ça. La phrase du grand secret m'a traversé la cervelle , et j'ai eu très chaud à la figure. " Comme tu as les yeux brillants, m'a dit mademoiselle , en me tâtant le pouls , montre la langue!... as-tu mal à la tête ?... „
J'ai hésité... Oh! je t'assure, maman, que j'ai
hésité... et puis, j'ai répondu très bas, en fixant les yeux sur ma lettre : " Oui, Mademoiselle ! „ — Ce n'était pas vrai. (Relevant la tête.) Mais aussi, pourquoi ne me dit-on pas les secrets tout de suite?
Tu es une gamine — je ne suis pas contente.
.MILTTK.
Oh! maman! tu ne comprends donc pas que c'était une plaisanterie !
.M'"*^ VILLIAUD.
Une plaisanterie ! tromper tes directrices?
MIETTE
Je t'assure que jusqu'au mal de tête, elles s'étaient trompées toutes seules.
M™'^ VILLIAUD.
Ce n'est pas bien.
MiKiTEfcâ/ineJ.
Pas bien d'avoir envie de t'embrasser?
BERTHE
Et qui t'a ramenée ?
.■\V°^'= VILLIAUD
Oui, au fait.
MIETTE
Miss Kate.
.^1™*= \TLLiAUD (donnée).
Et... où est-elle, miss Kate?
MIETTE
Repartie par le train de sept heures vingt; elle n'a pas voulu monter. Entre nous,je crois qu'elle avait peur de la contagion.
MARGUERITE
Montre tes mains.
MIETTE
Plus rien! le voyage m'a complètement guérie. Les petites taches roses se sont toutes envolées par la portière du wagon!
BERTHE
C'étaient de simples petites taches de curiosité !
MIETTE (à Berthe, en la menaçant).
Vous !...
BERTHE (riant).
A quelle heure y-a-t-il un train pour Robersart ?
MIETTE f/iii faisanf la nique).
Il n'y en'a plus. Attrape !
viCTORLXE (entrant).
Madame, Joseph demande s'il faut la voiture pour huit heures et demie ou neuf heures, comme il doit conduire aussi la famille Bertaimont.
.M'"'-' VILLIAUU.
Huit heures et demie, n'est-ce pas?
MARGUERITE
Oui. (A Gabrielle.) En province, les voitures sont rares; on les partage avec le voisin.
(On entend sonner la demi-heure.)
J\l'"^' VILLIAUD.
Qu'est-ce qui sonne-là ?
KERTHE.
Sept heures et demie! Nous n'avons que le temps !
(Elle sort en entraînant Marguerite et Gabrielle.)