C. — Ou dans une glande salivaire anormale
D. — Ou dans la glandule carotidienne ?
E. — En étudiant les tumeurs décrites comme développées aux dépens de ces organes, nous verrons qu'elles ont des caractères différents de ceux que nous avons assignés à l’épithélioma branchial. Nous en arriverons à formuler une autre hypothèse : ces tumeurs sont développées aux dépens de restes embryonnaires inclus lors de la régression des arcs branchiaux.
À.— Ganglions.— Il se développe dans les ganglions du cou toute une série de tumeurs qui sont essentiellement distinctes de celles que nous avons décrites; ce sont les différentes variétés de sarcomes.
En revanche, on trouve dans la littérature médicale un certain
nombre d'observations étiquetées sous le nom de carcinome primitif des glanglions du cou.
Parmi celles-là, il en est un certain nombre qui ont la structure type des épithéliomas branchiaux (groupement des cellules, dégénérescences, etc.). Elles n’ont rien de ganglionnaire ; je n'hésite pas à les ranger dans mes tumeurs. J’en rapporte les observations (Blache, Kalindero, Hayem,Nicaise, Bourdon). Je m'explique comment les auteurs ont pu les étiqueter ainsi. Ils y reconnaissaient les caractères habituels des épithéliomas secondaires des ganglions. Ces tumeurs étant comme les ganglions indépendants des organes voisins, ils ont dit « carcinomes primitifs des ganglions du cou ». C’est encore sous ce diagnostic que Quintrie (de Bordeaux) publiait en 1899 une observation d’épithélioma branchial typique.
Par contre, un certain nombre de tumeurs diffèrent essentiellement de celles-lx (obs. de Chambard, Colrat et Lépine, Coyne). Jamais on n’y observe de dégénérescence muqueuse, de globes épidermiques, de tissu myxomateux. La disposition des cellules est toute différente, elles forment tantôt des nids épithélioïdes, tantôt des boyaux cellulaires anastomosés qui possèdent en général une cavité centrale. Ce sont là tous les caractères des vrais endothéliomes, et Liegler/floc. cit., p. 325, note) les considère comme tels.
D'ailleurs, a priori, il était difficile à l'heure actuelle d'admettre l'existence d’une tumeur épithéliale primitive des ganglions. Cette hypothèse, en effet, heurte de front les idées régnantes sur la spécificité cellulaire.
En revanche, il ne nous répugnerait en aucune façon de croire à de pseudo-épithéliomas primitifs des ganglions qui se développeraient aux dépens de débris embryonnaires inclus dans ces ganglions. En effet, ceci se comprend quand on examine les cous de fœtus. On y voit que les débris embryonnaires côtoient les ganglions lymphatiques volumineux à cet âge. Siles ganglions, en se développant, englobent un de ces débris, la disposition qui peut créer un épithélioma ganglionnaire d'apparence primitif se trouve réalisée. Ce fait existe pour le corps thyroïde (nous allons le voir dans un instant), pourquoi n’existerait-il pas pour les ganglions ? Ce siège intra-ganglionnaire des débris pourrait à la rigueur être soupçonné par la présence de tis;su réticulé entre les formations épithéliales.
LR RQTEE
En résumé, donc, les vraies tumeurs ganglionnaires ne ressemblent en rien à celles que nous avons décrites. Les néoplasmes des ganglions identiques à nos cancers doivent être regardés comme des épithéliomas branchiaux développés aux dépens'de débris embryonnaires inclus dans les ganglions au cours du développement.
B. — Lobules thyroïdiens ou thymiques aberrants., — On a décrit au niveau du cou des douleurs désignées sous le nom de cancers d’un corps thyroïde aberrant. Siles caractères de ces néoplasmes différaient de ceux de nos tumeurs, nous nous bornerions à les indiquer rapidement pour montrer que l’origine thyroïdienne de ces néoplasmes n’est pas un instant soutenable.
En réalité, il n’en est rien. Lorsque nous parcourons les descriptions histologiques de Trèves, Guttmann, Plauth, Berger, Cipriani, Kapsammer, de Santi, Reinbach, Lanine, Hofmeister, nous trouvons une grande ressemblance avec certains épithéliomas branchiaux.
Il se pose alors la question suivante : est-il des caractères qui séparent ces tumeurs des épithéliomas branchiaux ? et leur origine thyroïdienne est-elle vraiment démontrée ?
1° Le plus important de ces caractères est la formation de vésicules colloides.
Doit-on considérer la présence de ces vésicules comme une caractéristique de la nature thyroïdienne ? Nous ne le pensons pas. On trouve, en: effet, des vésicules colloïdes dans des tumeurs dont le point de départ thyroïdien ne peut même pas être discuté. Peut-on agiter cette origine pour des tumeurs de la parotide ? Et pourtant Planteau décrit en 1876 des sarcomes parotidiens où les vésicules étaient des plus nettes. M. Berger lui-même en a observé de typiques dans les tumeurs du voile du palais. Des glandes thyroïdes aberrantes n’ont pas été rencontrées que nous sachions dans l’une et l’autre de ces régions.
2° On pourrait nous objecter qu'il ne s’agit là que de pseudovésicules thyroïdiennes et que leurs sécrétions diffèrent de celles des vésicules vraies. Encore faudrait-il le démontrer. J'ai étudié un cas de tumeurs de la voûte palatine où le contenu des vésicules avait tous les caractères histo-chimiques de la sécrétion thyroïdienne vraie, telle qu'elle a été décrite par Reinbach.
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Au surplus, il faut reconnaître que c'est un point que les auteurs qui ont décrit les carcinomes thyroïdiens aberrants semblent avoir négligé de rechercher.
3° M. Berger attache une certaine importance au volume des vésicules et à la présence dans leur intérieur de végétations qu'il a très minutieusement décrites et si bien représentées. Plauth, lui aussi, les a observées. Ces végétations avaient déjà attiré l’attention de M. Cornil dans l’épithélioma thyroïdien. Dans mes tumeurs, j'ai souvent observé de très petites végétations. Je ne pense donc pas qu'on doive leur accorder une grande valeur.
4o Je remarque encore ce fait dans les observations de Plauth, de Berger :les vésicules sont situées dansune masse de celiules qui diffusent dans lestroma. Cornil, au contraire, montre queles vésicules de l’'épithéliomathyroïdien sontisolées. Est-ce là un caractère très important ? Je ne puisle dire. L'avenir se prononcera sur la valeur de ce fait.
En résumé, je ne vois aucun des caractères de ces tumeurs qui ne puisse se rencontrer dans les tumeurs d’autres régions et en particulier dans l’épithélioma branchial.
Est-ce à dire que je veuille nier l'existence des tumeurs du corps thyroïde aberrant? Non, et la preuve en est que j'ai respecté les diagnostics déjà posés. Je n’ai pas voulu rapprocher ces tumeurs des épithéliomas branchiaux. Mais ce que je pense, c’est que, actuellement, le microscope ne nous fournit pas de caractères distinctifs. Peut-être un jour on saura quelle est l'importance du tissu myxomateux. Peut-être on aura mieux étudié quels sont les céractères de ces glandules para-thyroïdiennes. C’est là un point qui devrait attirer l'attention et qu'il serait bien intéressant d’éclaircir.
Peut-être est-ce une question insondable, car si on réfléchit à l’origine du corps thyroïde (évagination endodermique du 3 arc branchial) et à la situation des restes embryonnaires (téguments des arcs branchiaux) que nous verrons être l'origine des épithéliomas branchiaux, on comprend que ces deux cellules juxtaposées semblables puissent avoir les mêmes affinités formatives. Une de ces cellules va faire le corps thyroïde vers la fin du premier mois; l’autre, sa sœur, sa voisine, va rester incluse et proliférera à une époque tardive. Il est rationnel de penser qu’elle créera des tumeurs qui ressembleront beaucoup au corps thyroïde. M. Berger, du reste, avait déjà bien vu cette difficulté.
Une autre raison encore de la difficulté du diagnostic histologique des épithéliomas branchiaux avec les goitres aberrants, c’est que dans le corps thyroïde il existe des tumeurs dues à l’évolution de germes tégumentaires inclus dans le parenchyme glandulaire. Wôlfler l’a dit. J'en ai vu un beau cas présenté par Bufnoir et Milian à la Société anatomique (1898). Ces tumeurs ont donc absolument la même origine et la même structure que nos épithéliomas branchiaux.
En résumé, d’une part, affinité pour une évolution thyroïdienne des restes embryonnaires, d'autre part possibilité d’une inclusion fœtale dans le corps thyroïde même, tout concorde pour rendre incompétent l’histologiste dans le diagnostic différentiel de l’épithé- Homa thyroïdien et de l’épithélioma branchial.
Des considérations d'ordre purement anatomique pourraient peutêtre servir à essayer une distinction. Des goitres aberrants ne peuvent se développer que dans les glandules aberrantes du corps thyroïde. Or, l'anatomie nous apprend que ces glandes existent derrière, l'œsophage, autour de la thyroïdienne inférieure dans le médiastin, etc. Pas un auteur n’en a mentionné dans la région sousmaxillaire ou vers l’angle de la mâchoire, nisurtout dans la gaine des vaisseaux. C’est dire que les goitres aberrants ne doivent pas siéger dans ces régions. Et puisque l’histologie nous manque, nous pouvons dire de par l'anatomie (malheureusement, on connaît l'importance qu'il faut accorder à des détails de l’anatomie dont les anomalies sont si fréquentes) : quand une tumeur s'éloigne tant soit peu du corps thyroïde, ne faites jamais le diagnostic de goitre aberrant.
On peut dire les mêmes choses pour le thymus. Pas un auteur n’a invoqué cette origine précisément, parce qu’on ne connaît pas de débris thymiques dans la région carotidienne. Mais, au point de vue histologique, on peut observer dans l’épithélioma branchial tous les détails de structure qui caractérisent l’épithélioma thymique. J'ai décrit des globes épidermiques inversés absolument analogues à ceux que Paviot et Gerest ont montré être la signature de l'épithé-
lioma du thymus.
(. Glandes salivaires aberrantes. — L'origine de ces tumeurs aux dépens de glandules salivaires aberrantes n’a jamais été invo-