‹ Étude de l'Épithélioma Branchial du CouChapitre 6 sur 34 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

C’ est Volkmann qui créa l’épithélioma branchial du cou. En 1882, dañs un mémoire très court intitulé « Das branchiogene Halscarcinome », il rapporte trois observations de tumeurs épithéliales adhérentes à la veine jugulaire interne.

Guttmann, l'année suivante, émit des doutes sur la conception de Volkmann et conclut d’après un Cas qu’il avait observé que les épithéliomas branchiaux du cou ne sont que des cancers de lobules aberrants de la glande thyroïde.

Néanmoins Bruns se rattache à l'hypothèse de Volkmann et rapporte en 1884 l’observation d’un carcinome branchiogène.

C. Regnault, en 1897, dans une étude sur les tumeurs malignes des vaisseaux, publie une courte observation qui semble être celle d'un épithélioma branchial du cou.

La même année, Quarry-Sylcock rapporte sommairement trois observations. Il croit ces tumeurs fréquentes, mais il n’ose affirmer le rôle des arcs branchiaux dans leur production.

Un an plus tard (1888), Reverdin et Mayor publient une observation très détaillée de tumeur maligne de la région sous-maxillaire et se prononcent très nettement en faveur de l’origine branchiale.

La même année 77. Richard, dans un mémoire sur les tumeurs branchiales, rapporte deux observations nouvelles recueillies à la clinique de Bruns.lIl introduit une notion des plus importantes : le carcinome branchiogène peut se développer sur un kyste, une fistule branchiale.

Treiberg, Jadynsky, rapportent deux autres observations.

Ammon (1891) consacre sa thèse à l'étude du « carcinome branchiogène »; il rapporte une observation personnelle. Mais on à reconnu plus tard avoir eu affaire à un épithélioma ganglionnaire secondaire à un cancer de l'estomac (Perez)

Le travail le plus important est celui que le professeur G'ussenbauer publia en 1892, à l'occasion du jubilé de Billroth./flrapporte huit observations nouvelles et se prononce en faveur de l’origine branchiale. Les observations contiennent des détails très intéressants sur les symptômes, les difficultés opératoires, mais elles sont presque muettes sur la description histologique.

Depuis cette époque l'existence de l’épithélioma branchial est universellement

Le Pise

admise en Allemagne, ÆZigenbrodt raconte au Congrès de chirurgie allemande (1894) les difficultés qu'il eut pour extirper une de ces tumeurs. À l'étranger on fait couramment le diagnostic du carcinome branchiogène (les observations de Perez en font foi). Et en France cette affection était totalement ignorée!

Cependant en 1897, MM. Berger, Plauth montrent qu’à côté de l’épithélioma branchial du cou il faut admetire l'existence des cancers de lobules aberrants de la thyroïde. J'aurai à m'expliquer sur leurs arguments.

Byintet (de Montpellier), en 1898, rapporte deux faits nouveaux de Tédenat et fait une revue générale basée sur les vingt et une observations qu'il a recueillies. k

Quintrie (de Bordeaux), en 1898, publie une observation d’épithélioma primitif des ganglions du cou.

Enfin un mémoire de Perez (avril 1899) contient six observations. C’est le travail le plus intéressant par l'abondance des détails histologiques. Perez est le seul auteur qui ait discuté la nature du carcinome branchiogène, mais il à accepté l'hypothèse de Volkmann sans chercher à la vérifier.

José Ribera (de Madrid) publie.en 1899 une observation « d’épithélioma du cou » (1).

Ainsi donc, l’épithélioma branchial n’est connu que depuis 1882. Este-ce à dire que cette affection n'existait pas avant cette époque ? On serait tenté de le croire, car les auteurs allemands ne mentionnent que deux observations très célèbres de Langenbeck, publiées en 1881 dansun mémoire sur la pathologie des veines (c'est le premier mémoire paru dans les Arch. f. klin. Chir., connues sous le nom d’Archives de Langenbeck). Cependant, si les auteurs qui ont écrit sur la question avaient ouvert un recueil d'anatomie pathologique, ils y auraient trouvé un grand nombre d'observations indiscutables mais connues sous un autre nom. C’est l’épithélioma primitif des ganglions ducou, le cancer des parotides accessoires, des sous-maxillaires aberrantes, \e cancer des vaisseaux du cou, etc.

En France, ces tumeurs avait été étudiées surtout par Bergeron (1872), Humbert (1878), Chambard (1880-1889). L’attention de Verneuil avait été attirée sur elles : la plupart des observations rapportées sortent de son service. Dans les seuls Bulletins de la Sociétê anatomique j'ai réuni huit observations. Elles sont dues à Blache (1865), Kalindero (1865), Hayem (1865), Rendu (1869), Stoicesco (1873), Bourdon (1872), Nicaise (1878), J'ouliard (1898) (2).

(1) Jeanbrau (de Montpellier) me disait tout récemment (25 janvier) en avoir

observé un cas : il en a étudié les caractères histologiques, L'observation sera publiée très prochainement.

(2) Dans le relevé de ces observations anciennes je n’ai retenu que celles qui contenaient un examen histologique. Et cependant bien des observations anciennes

sos EU

Pour moi, j'ai entrepris ce travail à l’occasion d'un malade que j'ai observé en 1896 chez M. le professeur Tillaux et sur lequel M. Rie ffel, alors chef de clinique, attira mon attention. Depuis ce temps j'ai recueilli 6 observations nouvelles. Je me suis efforcé ici de tracer une table du cancer branchial d’après ce que j’ai vu par moi-même et lu dans les auteurs. Je me suis attaché à en préciser le caractère histologique et la pathogénie. J’ai recherché comment se faisait l'inclusion des téguments qui produisent les tumeurs en question. C’est le résultat de ces recherches que j'ai exposé dans mon mémoire de médaille (15 octobre 1899). Sur la demande de M. le professeur Terrier, j'ai publié dans la Revue de chirurgie la partie clinique de ce travail.

L'étude de l’épithélioma branchial m'a montré l’analogie de ces néoformations avec les tumeurs mixtes para-buccales dont l’origine est encore bien discutée. Avec mon ami Cunéo j'ai émis l'hypothèse que tous ces néoplasmes avaient la même origine : les téguments inclus lors de l’évolution des arcs branchiaux (Congrès international de médecine, Paris, 1900, section de chirurgie).

sont des épithéliomas branchiaux; j'en suis convaincu par la lecture des faits cliniques. Telles sont les observations de Larrey (1847), Gorre (1842), Tesnière (1842), Testre (1843), Staw (1844), Viscaro (1852), Huguier (1854), Stirel (1858), Perbin (1860), Curling (1861), Poland (1864), etc. Je n’ai pas voulu les retenir, en raison du manque de critérium histologique.

Dans une première partie, ccinique, j'étudierai ;les caractères macroscopiques de ces tumeurs, ceux que le chirurgien doit avoir présents à l'esprit au lit du malade ou sur la table d'opération : étiologie, symptômes, évolution, diagnostic, anatomie macroscopique, traitement.

Dans une seconde partie, HISTOGÉNIE, PATHOGÉNIE, EMBRYOLOGIE, j'examinerai quels sontles caractères microscopiques de ces tumeurs, ce qui me permettra d'en discuter la nature, le point de départ. Puis j'étudierai les bases embryologiques sur lesquelles repose la

théorie que je défends.

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