PENSÉES DIVERSES
Le meilleur conseil que l’on puisse donner à toute personne qui se sent la démangeaison d’écrire, c’est d’y résister. Il est probable qu’en y cédant, elle se nuira, sans utilité pour autrui. Chacun de nous trouve cet avis très-sage pour les autres.
Si un écrivain songeait sérieusement aux droits qu’il donne
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sur lui à tant d’ignorants et de sots, il renoncerait souvent à l’espoir d’un succès, pour, éviter l’humiliation d’être jugé par eux. La confiance du génie, ou au moins un but plus noble qu’une vaine satisfaction d’amour-propre, pourrait seul lui inspirer le courage de braver ce danger.
Une pensée que certains lecteurs trouvent originale et profonde, d’autres la trouvent commune ou superficielle. Comment donc s’étonner de la difficulté qu’un auteur éprouve à juger lui-même ses écrits? Quand il a employé toutes les forces de son intelligence à creuser un sujet, il est disposé à croire que le mérite de son œuvre est proportionné à la peine qu’il s’est donnée; mais souvent sas efforts n’ont eu pour résultat que de lui faire obtenir un malheureux triomphe sur sa stérilité. L’écrivain, au contraire, qui laisse couler ses pensées, et ne prend d’autre soin que d’en conserver la limpidité naturelle, sent bien qu’il est simple et vrai; mais il ignorera son rang, jusqu'à ce que le public le lui ait assigné.
Un auteur, qui ne veut point s’aveugler sur le mérite de ses ouvrages, doit douter souvent des beautés et jamais des défauts qu’il croit y voir.
Le meilleur moyen de se former une opinion exacte de ses écrits est d’en comparer les pensées et le style à ce que les modèles offrent de plus parfait. L’exemple alors a plus d’autorité que les conseils, et compromet moins l’amour-propre.
Quelques écrivains n’expriment qu’une seule opinion sur tous les ouvrages dont ils ne sont pas les auteurs : ils les déclarent détestables. Pour les juger ainsi, ils u’ont pas même besoin