CHAPITRE IV
de les lire. Us n’osent louer un mérite qu’ils n’ont pas, de peur de se condamner eux-mêmes. L’homme d’un véritable talent aime à reconnaître celui des autres : il n’y voit qu’un motif d’émulation. La médiocrité modeste peut mériter l’estime; l’envie et le dénigrement n’ont droit qu’au mépris.
Un écrivain cherche des confidents, quand il est vain, pour recevoir des éloges; quand il est sensé, pour recevoir des critiques.
La critique est un (lambeau, et la louange, un bandeau.
Dans le jugement des écrits destinés à la publicité, l’indulgence est une trahison. Que dirait-on de l’homme qui, chargé de conduire un aveugle, le laisserait aller au précipice?
L’ami auquel on soumet ses ouvrages reçoit une grande preuve de confiance : on lui donne la tutelle de sa conscience et de son amour-propre.
Les éloges d’un ami signifient quelquefois que l’œuvre a dépassé son espérance. Mais le public, plus disposé à la critique qu’à l’admiration, juge l’œuvre, sans s’occuper de l’auteur. Les succès d’intimité ne garantissent pas des chutes.
Si l’on veut obtenir de ses amis des jugements sincères, il faut les convaincre que l’on est au-dessus de l’indulgence, sinon par ses talents, au moins par son caractère.
loi DE L’HOMME INTELLIGENT.
Quand un autour, infatué de son triste mérite, vous force à entendre la lecture de ses écrits, pour obtenir quelque à-compte sur sa gloire, il y a justice et peut-être bontéà garder le silence. Mais quand un écrivain modeste vous demande des conseils, vous ne pouvez vous taire, sans lui témoigner qu’il ne mérite pas l’honneur d’une critique. Le silence alors dit plus que le blâme. Ayez au moins la politesse de l’attaquer sur quelque point; il pourra croire que vous approuvez le reste. Mais faites mieux encore, dites-lui qu’avec du talent on ne réussit pas toujours; et il vous comprendra.
Une preuve de peu d’esprit est de ne savoir reconnaître aucun défaut dans les grands écrivains, ni aucune beauté dans les écrivains médiocres.
Le vrai satisfait la raison; le beau charme le goût; le sublime transporte l’âme dans les plus hautes régions de la pensée et du sentiment.
L’admiration est l’enthousiasme qu'excite, dans une âme sensible, la contemplation des œuvres de Dieu, ou l’aspect imprévu du beau dans les œuvres ou les sentiments de l’homme. Nous admirons, avec humilité, en Dieu, la puissance infinie qui confond notre intelligence, et avec orgueil, dans l’homme, la grandeur relative qui élève notre nature. Cependant il y a toujours un peu de modestie dans l’admiration que nous ressentons pour un homme; car elle nous est inspirée par une qualité qui nous manque. On 'peut être fier de ses propres avantages; mais on ne les admire pas; et ceux que l’on n’admire pas en soi, on se garde bien de les admirer dans un autre.
L’admiration est quelquefois un éclair qui enflamme le génie.