CHAPITRE IV
Le monde attend beaucoup des écrivains en renom. Dès qu'il leur voit ouvrir les lèvres, il ne doute pas qu’il n’en doive ' tomber des diamants el des perles. Souvent son espoir est trompé. L’homme habitué à la solitude de son cabinet est peu préparé au mouvement rapide de la conversation et aux saillies qui la font vivre. Il y attache d’ailleurs trop peu d’intérêt pour y chercher des succès incertains. Sa valeur est connue, et son amour-propre craint peut-être de la compromettre.
Les grands écrivains, comme les grands peintres, allument leur génie au feu des passions; et si quelquefois leurs mœurs diffèrent, c’est que les premiers, sans cesse occupés delà pensée, laissent éteindre leurs sens, et que les seconds les exaltent par la contemplation habituelle de la forme.
L’abondance, sans le goût, est aussi fâcheuse que la stérilité. Un écrivain épris de son art a presque autant de plaisir à supprimer ce qui lui semble faible qu’à trouver ce qui lui semble beau.
Un peu d’esprit amuse; mais trop d’esprit fatigue. On aime mieux les Heurs répandues avec une économe et intelligente variété, que resserrées dans un étroit espace.
Quand un écrit nous a frappés d’abord par beaucoup d’esprit, s’il ne perd rien à une seconde lecture, il faut qu’il y ait mire chose que de l’esprit.
Semez çà et là quelques belles pensées dans un ouvrage futile, mais amusant, le public vous applaudira. Faitesnn livre dont chaque mot soit une pensée, et chaque pensée la révéla-
tion d’une vérité, quelques esprits distingués vous goûteront; le reste jettera le livre.
Le commun des hommes ne saurait méditer longtemps. Nous savons gré à un auteur de nous donner l’occasion de faire preuve d’intelligence, pourvu qu’il ne nous oblige pas à un effort • soutenu.