‹ Étude de l'hommeChapitre 104 sur 235 · RÉFLEXIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS GÉNÉRALES

La sensation et la pensée révèlent, dans l'homme, deux sul>stances distinctes dont l’action réciproque est aussi évidente qu’inexplicable, et dont les tendances 1 souvent contraires ne peuvent être conciliées que par un arbitre toujours présent et impartial , la conscience. C’est elle qui cherche, dans notre libre volonté, la moralité de nos actions, et qui, plus encore que l’intelligence, sa compagne inséparable, assigne à l’homme le

1 La sensation, tonie passive d’abord, provoque ensuite une répulsion, ou un désir que souvent la pensée condamne.

10Ù DE L'UOMME MORAL.

premier rang dans la création. Mais la conscience a-t-elle, en elle-même, pour se guider, des principes certains, des règles invariables? Problème effrayant qui intéresse toute noire destinée ! Dieu cependant l’a posé, en nous laissant la faculté de choisir entre le bien etle mal; et notre devoir est de nous appliquer à le résoudre.

Un homme, entièrement dépourvu du sentiment moral, ne serait qu’une brute livrée à ses penchants. Mais, entre cet état abject et la perfection, il existe d’innombrables degrés. On en aurait une image assez vraie dans une échelle dont le pied serait plongé dans les abîmes infernaux, et le sommet, caché dans les deux. C’est par l’étude de soi-même, par l’amour du bien, et par l’inspiration divine que l'on peut atteindre à ce sommet.

Toute la moralité de l’homme se résume dans l’appréciation exacte et dans l’accomplissement de ses devoirs envers Dieu, envers lui-même et envers ses semblables. Dans le livre 11 *, nous avons parlé des sentiments que l’homme doit éprouver pour son Créateur. Dans le livre l" 4 et dans le livre 11 3 , nous avons examiné, d’une manière générale, les perfectionnements (pie l’homme sensitif, intelligent et inoral, peut recevoir de l’éducation et de sa volonté. Maintenant nous allons aborder plus spécialement l’étude de l’homme moral.

Si nous supposons un homme vivant tout à fait isolé, nous reconnaîtrons qu’il doit à Dieu son respect et son adoration; qu’il se doit à lui-même de fortifier son âme et de dominer ses sens : mais nous comprendrons aussi qu’il est nécessairement affranchi des sentiments, des pensées et des devoirs qui naissent des rapports des hommes entre eux. Ce que nous entendons par la moralité n’a donc une application complète que dans l’état social ; et si nous distinguons l’homme moral de l’homme social, c’est parce que nous voulons étudier, dans le premier, le penchant, et, dans le second, l’action.

1 Chapitre i", scellons ni et iv, pages 99 et suivantes.

* Chapitre ni, section vi, pages 25 à 27.

1 Chapitre il, section x, pages toi à 140.

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