DE LA VERTU
La vertu est le triomphe du bien sur le mal, de la raison sur les mauvaises passions. C’est la soumission à l'ordre; c’est le concours individuel à l’harmonie générale. L’amour du bien et le désir du bonheur font aspirer à la vertu. L’une est un élan de l’àme vers la perfection morale, un sentiment profoud du mérite que le sacrifice ajoute au devoir accompli, une secrète révélation de Dieu. L’autre est une pensée toute personnelle.
une sorte d’égoïsme épuré, une inspiration des sens. Ornons sommes bien plus enclins à rechercher des satisfactions qui intéressent nos sens que des satisfactions purement intellectuelles. Les personnes, meme les plus pieuses, ne séparent guère l’idée de la vertu de celle des félicités et des peines de l’autre monde. Mais la pratique du bien habitue l’àme à trouver, dans la vertu, un principe de vie approprié à soii essence, comme les éléments matériels sont appropriés au corps. Plus lame résiste à la voix des sens, plus elle est docile à la voix de la vertu. On aurait tort de prétendre que l’on rabaisse le sentiment du bien, quand on cherche à le faire prévaloir par l’espoir des récompenses ou par la crainte des peines d’une autre vie. Le bien ne peut être que la conformité à une règle; or cette règle, quoique dérivée des lois divines, des lois éternelles de la morale, cesserait d’être obligatoire pour l'homme, et lui semblerait une chimère, s’il ne savait qu’en l’observant il méritera une récompense, et, en la violant, un châtiment. Il faut donc que la vertu soit autre chose qu’un principe abstrait ; il faut que l’homme sente la nécessité de la pratiquer. Si Dieu s’était contenté de lui dire : « Voilà le mieux; mais fais ce que tu voudras, » quels motifs aurait-il pour résister à des penchants qu'il lient de son organisation, et qui souvent en sont un besoin impérieux? Croire à la morale, c'est croire à la rémunération de la vertu cl à la punition du crime dans le séjour de l’éternelle équité. Cette conviction ne peut faire un égoïste du véritable chrétien; car on n’est pas chrétien sans la vertu la plus opposée à l’égoïsme, la charité.
On ne s’explique pas comment la Providence a pu rendre la pratique de toutes les vertus si facile à quelques personnes, et si difficile à d’autres, à moins de supposer que sa justice ne doive s’exercer d’une manière relative, en tenant compte à chacun des obstacles nés des circonstances ou de la violence de ses passions. Tel homme, en effet, a besoin de plus grands ef-