‹ Étude de l'hommeChapitre 113 sur 235 · CHAPITRE i · texte numérisé non relu

CHAPITRE i

hautement contre les mauvais exemples de leurs familles. Dans les premiers, le goût du plaisir; dans les seconds, le goût du bien, fortifié peut-être par la crainte d'une solidarité fâcheuse, et, dans tous, l’amour de l’ indépendance, sont les causes ordinaires de cette opposition entre les enfants et les parents.

Nos plus louables pénétrants font quelquefois éclore des défauts. Ainsi la tendresse d’un père modeste et désintéressé, pour lui-même, s’épanche, sur ses enfants, en une vanité et une ambition extravagantes; l'intolérance religieuse naît de la piété; la dissimulation, de la prudence; la faiblesse, de la bouté; la dureté, de la justice; la parcimonie, de l’ordre, et le désordre, de la générosité. Un profond amour du bien, uni à beaucoup de lumières, peut seul empêcher nos bonnes qualités de porter de mauvais fruits.

Nous sommes toujours zélés pour les devoirs auxquels nos passions s’intéressent. L’homme qui veut se connaître, et persévérer dans le bien, doit eu séparer tout alliage. 11 n’y parviendra qu’en remontant à la source de chaque action dont il se glorifie. Alors il verra, dans sa jeunesse, que le besoin de plaire à une personne aimée se mêle aux plus généreux élans de sou âme; dans son âge mûr, (pic le désir de la considération ou les conseils de l’ambition ont, sur sa conduite, une large part d’influence, si ce n’est un pouvoir exclusif; et, dans sa vieillesse, que l’avarice et l’égoïsme se cachent quelquefois, chez lui, sous, les noms hypocrites de prévoyance et de raison.

On est bien plus excusable de faillir sans réflexion, que de composer avec ses principes. Dans le premier cas, on est faible; dans le second, on ment à sa conscience, et l’on se prépare à l’hypocrisie.

Celui qui se déclare incapable d’une faute dont on ue l’accuse point, prouve qu’il y a du moins songé. Celte justification est une réponse aux secrètes sollicitations d’un penchant.

Dans les jours d’abattement qui suivent l’abus des plaisirs ou les déceptions de l’amour-propre, si l’on va quelquefois jusqu’à se blâmer, c’est pour des torts dont on peut facilement trouver l’excuse. Le seul profit que l’on tire trop souvent de cet examen, est la satisfaction d’avoir été sincère avec soi-mème, et un encouragement à rester ce qu’on est.

Pour distinguer nettement les préjuges des vérités morales, nous devons nous demander comment Dieu jugera les sentiments qui vont nous faire agir.

Beaucoup de gens voient, dans la morale, une simple convenance; et, dès qu’ils sont à l’abri des regards du monde, ils oublient l’étiquette.

La faiblesse a une grande part dans les actions humaines. Tel ne commet jamais de grandes fautes, parce que la hardiesse lui manque; tel en commet, parce qu’il n’ose résister à l’exemple.

Il n’est pas sans danger de vivre dans l’atmosphère du vice. La corruption répand des miasmes dont l’effet est d’altérer la délicatesse du sens qui les perçoit .

Les fautes sont, pour les âmes faibles et passionnées, des accidents dont les intervalles sont remplis par le repentir, et, pour

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