DES DIVERS ÉTATS D’UNE AME PRÉSERVÉE DE LA CORRUPTION DES SENS
1 ° Innocence, candeur native qui précède l’intelligence du mal et qui a besoin d’être éclairée, pour savoir s’en préserver. C’est la virginité de l’âme.
2° Pureté, état d’une âme que le souffle des passions n’a point ternie; qui comprend à peine, ou qui ne comprend pas le mal, et que sa parfaite sérénité dispose à la vertu. La pureté est toujours accompagnée d’une confiance naïve qui, par son abandon même, commande le respect. Il s’en exhale un parfum si frais et si suave, qu’il suffit de le respirer pour sentir le calme succéder aux agitations du coeur et à l’irritation des sens.
5° Pudeur, défiance instinctive de l’âme contre les surprises des sens, réserve inspirée par une préférence qu’on n’ose avouer, ou répugnance profonde pour tout ce qui blesse la décence*.
Pudicité, pudeur habituelle et raisonnée, œil de la vertu-
5° Chasteté, tempérance des sens, horreur naturelle des plaisirs illicites, et honnête retenue dans la jouissance des plaisirs légitimes.
La chasteté, toujours profitable à la vertu et à la dignité morale, ne contribue pas moins à la santé, au contentement intime et au bonheur.-
* Tontes ccs qualités appartiennent principalement à l’âme, et sont, par conséquent, des attributs de l’Aomme moral. Tous les vices opposés, qui naissent de l’influence prédominante des sens, ont été étudiés avec l'homme sensitif.
4 On a vu (pages 47 et 48) les caractères particuliers de la pudeur de la femme, et l’on voit ici les caractères généraux de la pudeur dans les deux sexes.
C1IAPITIIE II. 177
6° Continence , renoncement absolu aux satisfactions purement sensuelles que peut procurer l'union des sexes *.
Le mérite de la continence est proportionné à la violence des désirs dont elle triomphe.
SECTION Ht.
DES DIVERSES IMPRESSIONS PRODUITES SUR UNE AME FAIBLE PAR l’apparence oc l’imminence d’un DANGER.
•1 0 'Crainte, inquiétude causée par la prévision d’un événement fâcheux, ou gène de l’âme en présence d’un pouvoir qui impose.
La crainte se règle sur la conviction de la grandeur et de l’imminence du danger, ou sur la sévérité de la personne dont on subit l’ascendant.
^2° Appréhension, idée d'un danger encore incertain
L’intelligence qui a conçu des motifs d’appréhension, cherche les moyens d’en détourner la cause, et conserve ordinairement assez de calme pour les trouver.
3° Alarme, émotion excitée par l’approche subite d’un péril réel ou par un péril imaginaire.
L’alarme, effet de la surprise, laisse peu d’empire à la réflexion, et s’abandonne â des démonstrations qui la propagent .
4° Peur, défaillance de l’àme, à l’aspect ou à la seule pensée d’un danger, sentiment intime que l’amour-propre parvient, souvent à cacher, mais qui n’en fait pas moins battre le cœur et chanceler la raison.
La peur rend cruel. Elle exagère les périls, se croit toujours en état de légitime défense, et frappe, les yeux fermés.
* Le mot continence semblerait seulement destiné ù exprimer l’action de se contenir; mais, comme il aurait ainsi le même aens i{UC le mot chasteté , je dois lui donner ici l’acception généralement reçue, et l’employer à rendre l’idée d'un* abstinence complète.
( )n parle avec plaisir de ses dangers passés, soit pour exciter l’intérêt, soit pour faire croire il son courage. Plus on a en peur, plus ce plaisir est grand.
5" Frayeur, peur pénétrante, inlimc, expansive. Les organisations sensibles cl délicates en sont subitement atteintes, à la vue, ou seulement à l’apparence d’un péril inopiné. La frayeur se manifeste par des exclamations, par des gestes désordonnés, et même par la fuite. Quand on devient un peu plus calme, souvent on rit de sa frayeur.
La frayeur est si insensée, cpie, pour vous faire éviter un danger imaginaire, elle vous précipite dans un danger réel.
6° Terreur, profond abattement de l’àme devant un grand péril ou quelque événement mystérieux qui peut le faire craindre; sorte de paralysie de l’esprit et des sens qui empêche également de combattre et de fuir.
7° Effroi, sentiment qui étreint et glace le cœur, lorsqu’on est témoin d'une catastrophe imprévue, ou d’un attentat horrible dont soi-même on se croit menacé *.
8° ]j Épouvante succède à l’effroi quand on est atteint par l’événement qui l’avait inspiré, et quand on n’entrevoit {dus aucun moyen de salut.
Le danger qui a donné l’alarme peut aussi, en se réalisant, faire naître l’épouvante, et la rendre contagieuse.-
DES DIVERSES SORTES DE MALAISE ET DE SOUFFRANCE INTIME DE l’aME.
1° Ennui. L’ennui est, chez l’homme, le vide du cœur et de l’esprit, le regret d’une âme abattue, ou le désir indéterminé d’un égoïsme apathique. C’est aussi là prostration morale qui
1 Si nous sommes à l’abri du danger, nous n'éprouvons que de l'horreur. '
Cil AP1TIVK II.
suit l’abus des jouissances physiques. C’est quelquefois eiUin le sentiment amer que laissent les déceptions de l’orgueil.
L'ennui devient une maladie chronique dans les cœurs froids et sans ressort. Les passions peuvent produire la souffrance et le désespoir, jamais l’ennui.
Plaignez l’homme qui n’a pas un but; car l’incertitude de sa marche doit, tôt ou tard, le fatiguer et lui inspirer le dégoût de la vie. Nous avons vu quelle est la pernicieuse inilueuce de l’ennui sur le cœur de la femme. Les âmes bienfaisantes, par nature, ne connaissent jamais le désœuvrement, ni l’ennui. Le désir d’être utiles remplit leur existence. Les autres ne peuvent éviter l’ennui que par le travail, l’ambition, ou de dangereux plaisirs.
On résiste plus facilement à la douleur qu’à l’ennui. Quand on lutte contre les souffrances, on ajoute à la vie le prix des efforts qu’elle coûte ; et l’on veut ensuite conserver ce qu’on a défendu. Mais quand l’ennui s’empare d’une àme, il en détruit l’activité, les penchants, les affections; et, s’il ne parvient seul à tuer le corps, il a quelquefois recours au suicide.
On doit plus compter sur la bonté que sur l’esprit d’une personne que tout amuse : mais il n’est pas facile de savoir ce qui l’emporte de la sécheresse du cœur ou de la stérilité de l’espi it de celle que tout ennuie.
2° Souci, préoccupation causée par de tristes réflexions, par la gêne d’une position difficile, ou par la crainte de quelque événement fâcheux.
3° Trouble, désordre momentané qu’excite, dans l’esprit et dans les sens, l’impression vive et inattendue d’un fait ou d’un mot accusateur, d’une nouvelle qui déconcerte des projets et des espérances.
4° Embarras, incertitude de l’esprit, dans une circonstance tpii exigerait une prompte décision. La lenteur ou la mobilité, et le défaut de netteté de l’esprit, sont les principales causes de l’embarras. La faiblesse et la crainte v ajoutent l’irrésolution L’embarras se trahit par l’hésitation de la parole, par la fixité d’un regard sans but, et par la non ''balance ou l’activité mal-
adroite du corps. Un événement imprévu peut causer quelque embarras; mais un esprit vif et une âme forte l’ont bientôt surmonté.
5° Perplexité, irrésolution pénible d'un esprit obligé de faire un choix entre deux partis, entre deux sentiments, et qui ne trouve que le doute au bout de l’examen.
La perplexité est souvent une lutte entre le coeur et la raison.
6° Regret, retour pénible vers le passé, serrement de cœur produit par le souvenir d’une faute, par la privation d’un plaisir, par une espérance, une illusion détruites, et par la perte des objets de nos affections ou de nos goûts.
7° Peine, impression douloureuse qu’un mal actuel excite au fond de l’âme. La peine, ayant ordinairement une cause accidentelle et passagère, semble exclure l’idée de durée.
8° Tribulations, peines diverses et multiples dont le poids accable les âmes débiles et fait chanceler les âmes fortes.
Certaines existences paraissent vouées aux tribulations et ne peuvent trouver le courage de les supporter que dans une pieuse résignation.
9° Chagrin, continuité d’une peine profonde, sentiment qui absorbe toutes les pensées, émousse' tous les goûts et altère l’humeur. Le chagrin est sombre et taciturne, il fuit les regards, et se complaît dans la solitude.
10° Tourment, profonde angoisse de l’àme, torture que lui causent le remords, -la jalousie, l’ambition déçue, l’amour contrarié, et toute inquiétude vive et prolongée.
Les âmes froides ou légères ne connaissent guère le tourment; les âmes trop sensibles l’éprouvent souvent sans raison; les âmes fortes le dominent quelquefois, au point de l’oublier, ou l’aggravent en voulant le cacher.
11 0 Douleur morale. La douleur physique frappe le corps, et réagit sur l’âme; la douleur morale frappe l’âme, et réagit sur le corps. Ces deux sortes de douleurs sont presque inséparables, et sont, l’une à l’égard de l’autre, tantôt la cause et antôt l’effet.