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CHAPITRE II

La douleur physique est une sensation : nous l’avons expliquée. La douleur morale est un sentiment : nous devons en indiquer les principaux effets.

La douleur morale est le profond regret, le vide affreux que produisent en nous la perte de nos plus chères affections et les déceptions du cœur, ou même de l’amour-propre. Quand lame est vaincue par le chagrin, elle se replie sur elle-même , et s’abandonne à la douleur morale. L’empire de ce sentiment est subordonné à l’âge, à la santé et au caractère de chaque individu. L’enfance est trop insensible pour y être soumise; la jeunesse y échappe par sa légèreté ; et si, dans la vieillesse, la jrtsonnalité tend à l’accroître, l’affaiblissement de la sensibilité le tempère. Mais c’est sur l’âge mûr que la douleur morale sévit avec toute sa cruauté.

La douleur morale, après avoir pénétré l’àme, s'infiltre dans les organes matériels, et les corrode à leur tour. D’ordinaire les corps robustes y résistent longtemps, et les corps débiles en subissent promptement l'iullucnce destructive. Cependant elle abat des personnes douées d’une grande force , tandis que de plus faibles en sont à peine ébranlées. Cette apparente anomalie s’explique, ou par l’habitude des premières de compter sur le bonheur, et des secondes d’être toujours résignées à supporter l'infortune, ou par la différence, dans les unes et les autres, des degrés de la sensibilité, c’est-à-dire d’une sorte d’affinité de l’âme pour la douleur.

Si quelquefois la douleur morale parvient à pénétrer dans les âmes mobiles et légères, elle obtient des âmes sérieuses et mélancoliques un culte dont le temps modère peut-être, mais n'éteint jamais la secrète ferveur. Dans celles-ci, elle prend des nuances diverses. Ainsi, certaines personnes, à la vue des lieux jadis témoins d'un bonheur que la mort a détruit, restent, en quelque sorte, suspendues entre leurs souvenirs et la réalité. Elles trouvent, dans cette vague contemplation, un calme matériel qui engourdit leur esprit, et préserve leurs cœurs déplus rudes angoisses. Le même spectacle produit, au contraire, dans

les âmes plus vives et plus sensibles , une évocation subite de

m DE L’UOMME MORAL.

toutes les joies passées, tle toutes les sensations heureuses, et de tous les sentiments qui ont charme les beaux jours de la vie. Mais, en même temps, la vérité leur montre, au milieu de ces gracieuses apparitions, une tombe entr ouverte où vont s’abîmer tous les souvenirs et toutes les espérances. Le privilège d’une grande sensibilité est aussi le privilège des grandes souffrances.

Les sentiments douloureux s’épanchent, ou se concentrent. Une àme faible ne peut retenir ses gémissements, et laisse ainsi exhaler sa souffrance; une âme énergique s’en repaît en silence, s’y complaît, et parfois y succombe.

L’exagération des regrets est un présage d’oubli. Une douleur bruyante n’est jamais dangereuse. Elle ressemble à la vapeur qui mugit et perd sa force, quand elle trouve une issue.

La transition subite des éclats de la douleur au calme du langage annonce la résignation ou le désespoir.

Dans les âmes légères, le souvenir survit peu à la première impression d’un événement douloureux. Dans quelques âmes profondément sensibles, il se grave eu traits ineffaçables. Les premières ressemblent a un miroir ou les images se succèdent, sans laisser aucune trace; les secondes, à ces pierres monumentales que le temps a usees, et qui cependant conseixent eucoïc l’inscription des pieux sentiments oti des grands souvenirs auxquels on les a consacrées.

L’immobilité matérielle semble assoupir la douleur physique; et, quand une main cruellement secourable cherche à donner au malade une position meilleure, chaque mouvement excite en

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