‹ Étude de l'hommeChapitre 121 sur 235 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

lui une souffrance aiguë, et lui arrache un cri de détresse. De meme l’isolement permet à la douleur morale de ronger le cœur par une action lente et presque insensible, taudis que les empressements d’un intérêt irréfléchi en remuent les libres engourdies et y causent des déchirements affreux. Les âmes vivement affectées s’irritent des consolations, comme d’un sacrilège, ou en souffrent, comme d’un coup porté sur une plaie saignante. Elles ne reçoivent, avec reconnaissance, que le délicat hommage du silence et des larmes.

Les consolations du monde ne sont bonnes qu’à mettre plus à l’aise le respect humain. La douleur quelles soulagent aurait bien pu s’en passer.

La douleur morale est aussi mobile que les autres sentiments. Au milieu des convulsions du désespoir, si la nature épuisée s’affaisse dans un calme momentané, souvent l’image des jours meilleurs, ou même un élan subit vers un avenir tout à l’heure redouté, donnent à la pensée un autre cours, et au cœur une espérance confuse. L’instinct de l’àmc est de fuir la souffrance.

La douleur dispose à la personnalité. Mais quand celui qui souffre a le courage de travailler au bien-être des autres, il sent aussitôt réagir sur sou cœur le bien qu’il leur a fait.

Pourquoi les âmes s’unissent-elles plus étroitement dans la douleur que dans le plaisir ? Parce qu'on se soulage en faisant partager l’une, et que l’on craint de se priver en faisant partager l’autre.

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La douleur comble la distance entre le grand qui souffre et l’humble qui pleure avec lui.

Beaucoup de gens s’abandonnent au chagrin par faiblesse, et se consolent par légèreté.

Pour les âmes faibles, la plainte est un soulagement, car elle fait espérer un secours; pour les âmes fortes, c’est une douleur de plus, car c’est un aveu 'd’impuissance.

Lu souffrance est double quand on ne j>eul se plaindre sans accuser une personne que l’on aime.

Le monde n’estime que les heureux ; et les rieurs sont toujours contre ceux qui se plaignent. 11 est donc sage et digne de garder pour soi le secret de ses douleurs ; mais elles pèsent moins quand un ami nous aide à les porter.

La douleur aigrit les âmes vulgaires, abat les âmes faibles, épure et fortifie les grandes âmes.

Les souffrances imaginaires sont réelles pour celui qui les sent. Il est cruel de s’en moquer. Les effets en sont d’autant plus redoutables qu’ils ne s’arrêtent pas au possible. On espère guérir d’un mal dont la cause est connue; mais on se tue pour échapper à des tourments qu’on ne saurait expliquer. Quand le secours d’une raison bienveillante ne parvient pas à les calmer, 1 ironie, eu piquant l'amour-propre, peut quelquefois in-

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