DES QUALITÉS DU CŒUR
2 1. — Bonte.
La bonté est un penchant naturel à prévenir ou à calmer la souffrance. C’est la plus féconde des qualités du cœur. Toutes les autres en dérivent plus ou moins, et en tirent leur principal mérite. A lopposé de l’égoïsme, qui songe uniquement à se satisfaire, la bonté s’occupe du bien-être des autres; et, quand elle excite l’homme à quelque retour sur lui-même, c’est pour lui faire deviner, par ses propres goûts, ce qui pourrait leur plaire.
1* En quoi la bonté différé de la bienveillance,
La bonté réside dans le cœur. Elle peut rester inactive, sans cesser d’être réelle et permanente. Le caractère bienveillant est une bonté expansive ; mais la simple bienveillance est une bonté circonspecte et tout accidentelle, un choix du cœur, ou seulement le témoignage d’un intérêt plus ou moins vrai, plus ou moins durable *.
La bonté se refuse à contribuer, sans nécessité, à la souffrance d’un être animé; la bienveillance, pour quelques personnes, n’exclut ni la dureté, ni même la cruauté envers d’autres.
La bonté prend quelquefois des dehors froids et sévères; la bienveillance, jamais. L’une veut être utile; l’autre songe surtout à plaire.
* La bienveillance est un sentiment de l'homme social (Voir le livre IV, chapitre îx, section i, 2*). 11 a paru utile de la mettre ici eu parallèle avec la bonté, pour Caire comprendre exactement la nature de chacune de ces qualités et les différences qui les distinguent.
La bonté appartient au naturel ; la bienveillance est l’effet des habitudes et des mœurs sociales.
La première oublie les rangs; la seconde les marque, en s’adressant aux inférieurs.
L’une est toujours sincère, l’autre peut être simulée.
2* Comment In bonté se manifeste par la pitié, par la compassion, par la commisération et par la charité.
Ces divers sentiments sont inspirés par la vue des souffrances d’autrui. Ils expriment, pour ainsi dire, le* différents degrés de la bonté.
La pitié est un élan de sympathie, excité, dans notre âme, par la faiblesse, ou par les maux d’une personne placée dans une situation plus fâcheuse (pie la nôtre. La pitié s’émeut, à l’aspect ou au récit des misères des autres, et voudrait y apporter remède ; mais souvent elle s’éteint, après cette première impression ; et quand elle y survit, c’est comme auxiliaire de la bienfaisance, ou seulement comme un stérile souvenir.
Une pitié plus profonde et plus durable devient de la compassion. Elle associe celui qui l’éprouve à la souffrance qui l’inspire, et confond, dans un seul sentiment, un intérêt sincère pour les maux d'autrui et un retour douloureux sur ceux ipie l’on a soi-même, éprouvés.
(.a commisération est une compassion tendre pour des maux cpie l’on a, au moins, la volonté de soulager.
La. charité est un sentiment de commisération que la religion vivifie et féconde, en lui donnant pour motif la fraternité, et pour but la bienfaisance.
On naît bon ou méchant, c’esl-à-diic enclin à faire du bien ou du mal à autrui : mais l’éducation et l’expérience peuvent modifier la tendance primitive. Souvent on n'est méchant que par défaut de réflexion; car le contentement de l’âme que