‹ Étude de l'hommeChapitre 127 sur 235 · CHAPITRE III. IHâ · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. IHâ

donne la boulé suffirait pour en prouver l’avantage*. Il faut considérer les méchants comme des insensés.

L'homme le meilleur est celui qui s’occupe le moins de son bien-être, et le plus du bien-ctre îles autres. Les élans de son âme l’entraînent loin du cercle étroit de l’égoïsme. Il cherche à faire des heureux, sans calcul, et sans songer qu’il accomplit un devoir. Une impulsion naturelle le porte au dévouement; et la satisfaction qu’il y trouve est le seul sentiment qui le ramène au souvenir de lui-même. Si cet homme n’est pas le plus vertueux des hommes, je le répète, il est le meilleur.

Ne pas faire de mal à un être sensible est la loi de l'humanité; faire du bien par goût est une preuve de bonté; rendre le bien pour le mal est l’héroïsme de la charité chrétienne.

Un homme bon, après )e plus excusable emportement contre une personne qu'il aime, ne tarde pas à montrer sou regret par une excessive indulgence. Confus et attristé de sa colère, il s efforce de la faire oublier. Il gardera plus longtemps rancune d’un tort léger sur lequel il se tait, que d’un tort grave dont il ose se plaindre.

Dans les Ames vulgaires, la bonté n'est souvent qu’un des effets delà faiblesse. Dans les Ames élevées, elle est le désir de faire des heureux; et quelquefois, cachée sous l’apparence de la sévérité, elle se révèle moins par faction même que par des

1 Le seul amour de soi devrait donc disposer à la bonté, lors même qu’elle n’aurait pas un autre motif et un autre but.

résultats éloignés. 11 faut avoir de la raison et du cœur pour discerner la vraie bonté.

Pensez beaucoup à vous, et trop peu aux autres pour contrarier leurs mauvais penchants, on vous croira bon. Efforcez-vous d’éclairer ceux qui s’égarent, on vous croira chagrin, et peutêtre méchant.

Est-on fondé à se croire bon, quand ou éprouve, seulement de temps en temps, quelques sentiments de bienveillance? Comme on est fondé à trouver beaux les jours de printemps où le soleil brille, par intervalles, entre la grêle, la neige et les tempêtes.

L’homme qui mesure son obligeance sur les avantages qu’il eu pourra tirer est un spéculateur ; celui qui la proclame est vain; celui qui ne sait rien refuser est faible; celui qui n’accorde qu’au droit est juste; celui qui donne pour le plaisir de donner est liberal ; mais celui qui donne pour fui e du bien est seul véritablement lion.

La bienfaisance subjugue également les âmes basses et les Ames nobles, les unes, pour un instant, par l’intérêt, et les autres, pour toujours, par la reconnaissance.

La crainte de l’ingratitude est un prétexte de l’égoïsme ; car le service pour lequel on exige de la reconnaissance n’est plus un bienfait ; c’est un échange.

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