‹ Étude de l'hommeChapitre 133 sur 235 · TROISIÈME CATÉGORIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME CATÉGORIE

1° Honnêteté, disposition d’une âme droite à respecter les intérêts et les sentiments d’autrui. Elle donne le charme de la bienveillance à la pratique des convenances morales et sociales.

L’honnêteté règle tous les mouvements de l’Ame, en répand l’ordre et le calme sur les actes extérieurs, et se montre avec franchise et simplicité. Elle est, parmi les dispositions morales, ce qu’est, le bon sens parmi les facultés de l’intelligence, la qualité pratique la plus utile dans toutes les circonstances de la vie.

Une Ame honnête a beau aimer la gloire, elle préfère sa propre estime.

2° Probité. La probité vulgaire se contente de l’exacte observation des lois sociales. Elle est moins une règle de conscience qu’une règle de conduite. Plus occupée des intérêts matériels que des intérêts moraux, elle se montre sévère sur les actes apparents, et quelquefois trop peu soucieuse des motifs qui les ont inspirés. On aurait tort pourtant de la considérer comme une hypocrite affectation de respect pour l’équité. Ce qui lui manque, c’est plutôt le discernement que la sincérité. Combien de gens se croient très-probes, parce qu’ils n’ont ni volé, ni manifestement violé leurs engagements !

La probité vraiment digne de ce nom est bien différente. Elle a pour base l’équitc, pour guide la conscience, et pour but le strict maintien du droit. Elle réside au fond de notre âme t cl’où elle juge, avec calme, chacun de nos projets, chacune de nos actions, et en apprécie l’influence sur l’intérêt général,

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comme sur l'intérêt privé. Après un examen sévère, clic les ‘ approuve ou les condamne. La probité parfaite ne peut donc exister sans beaucoup de lumières, de vigilance et découragé. Le désir de l’estime du monde ne suffit pas pour nous exciter à faire tous les efforts qu’exige la probité; et d'ailleurs, comme elle consiste autant à s’abstenir qu’à faire, Dieu seul peut la juger. La morale chrétienne, en traçant la règle de nos rapports avec nos semblables, a résumé tous les devoirs de la probité dans la simple défeusede faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait. Mais ce précepte est-il purement négatif? N’ est-ce point, par exemple, manquer à la probité que de protéger, par son silence, une action hlamàble qu'un mot pourrait empêcher? N’est-on pas presque aussi coupable de laisser son prochain mourir de faim, quand on peut le secourir, que de lui dérober ses aliments? Omettre volontairement, ou négliger de faire le bien, c’est se soustraire au payement d’une dette. La bienfaisance eslunc partie essentielle de la probité du riche.

Pour l’aine la plus pure et la plus droite, la probité n’est pas toujours simple et facile. Ou y manque par un mot,' un sourire, une plaisanterie, (pii portent atteinte à la réputation d’autrui, par un geste meilleur, par l’action, comme par l’inertie, enfin par les moyens sans nombre de déguiser la vérité, d’égarer sciemment l’opinion des hommes, et de leur causer quelque injuste dommage, lies que notre intérêt se trouve en face d’un intérêt contraire, nous devons être sur nos gardes : la probité court un danger.

Chacun comprend à sa manière la probité. Souvent ou la réduit à une sorte de jurisprudence morale d’après laquelle on décide les questions où l'intérêt personnel est engagé. Dans le doute, on doit prononcer contre soi.

La délicatesse est le sens subtil par lequel lame est avertie de tout cequi porterait la moindre atteinte aux intérêts d'autrui. C’est le scrupule dans la probité.

Une âme délicate craint autant de blesser les intérêts, les goûts et même les opinions des autres, qu’une aine égoïste craint d’être blessée elle- même.

Les casuisles proscrivent les jeux de hasard, et tolèrent ceux où l’habileté rend le succès probable*. Le jugement couUairc semblerait plus conforme à la morale et à la raison. En effet, l’égalité des chances devrait seule rassurer la conscience de celui qui gagne; et cette égalité n’existe plus dès que le calcul ou l’adresse peut donner l’avantage.

5° Intégrité , probité qui n’a jamais failli , équité sans faiblesse, raison droite et ferme qui marche résolument au bien, sans être arrêtée par aucun intérêt, par aucune considération, par aucun obstacle. L’intégrité est donc surtout une constante et rigoureuse observation delà probité; mais elle s'étend encore à la pureté des mœurs, et veut les conserver sans tache. L’intégrité est la moralité complète.

L’homme intègre ne veut rien de plus, et l’homme intéressé,

I ien de moins qu’il ne lui est dû. Ils arrivent ainsi, par des chemins bien différents, à l’exacte équité. Mais la difficulté est d’empêcher le second d’en sortir.

4° Honneur, culte passionné qu’on rend à la probité, espèce, de pompe religieuse dont on en revêt les pratiques. L’honneur est inspiré par un sentiment délicat de ce qui est équitable et bien, et par le courage de l’accomplir, avec chaleur et dignité.

II a plus d’exaltation que l’intégrité; mais il ne sait pas maintenir aussi bien qu’elle l’équilibre de la raison.

L’approbation de la conscience, qui suffit à la probité, ne

1 Quand le jeu n’est pas intéressé, il u’y a pas de cas de conscience.

satisfait pas toujours l’honneur. 11 trouve au bien une médiocrité banale, et voudrait atteindre au sublime.

L’honneur a, dans une âme vive et sensible, une susceptibilité égale à celle de l’amour-propre le plus ombrageux; et souvent il n’en est que le masque, ou l’expression ennoblie. Alors, occupé, avant tout, des suffrages du monde, il n’est plus que le point d’honneur, ou qu’une habitude des mœurs, et non un sentiment.

Ce faux honneur oblige un homme outragé à chercher, dans le duel, une réparation chimérique, et souvent à mettre sa vie à la merci de l’offenseur. Par un singulier scrupule, il Fait peser, sur des enfants dignes d’estime, la honte de leur père, et, sur un mari irréprochable, celle de sa femme infidèle. Plein d’indulgence pour le prodigue qui fait languir après leur salaire des ouvriers malheureux, il le flétrit impitoyablement quand il diffère d’un jour le paiement d’une dette de jeu. Enfin il censure amèrement le noble séducteur osant donner son nom à la femme dont le tort est de l’avoir aimé plus que la vertu, et à reniant né de leur commune faute, au lieu de les laisser tomber tous deux dans l’abjection et la misère. L’honneur peut-il ordonner ce que condamnent le cœur, l'équité, la raison?

Le véritable honneur n’est que la parure de la probité.

g III. — Qualités qui procèdent de la raison et du jugement.-

1° Réserve, retenue quelquefois modeste, plus souvent orgueilleuse, que l’on garde par un sentiment de convenance, ou dans l'intérêt de sa dignité; qui modère la parole et le geste, et qui donne à toute la conduite un caractère circonspect et mesuré. La réserve est d’ordinaire timidité, quand elle s’abstient; et tact, ou prudence, quand elle retient. Elle peut éloigner du mal, sans faire aspirer au bien. Si elle préserve des actes irréfléchis, elle est quelquefois un obstacle aux promptes et bonnes résolutions.

La réserve met toujours un peu de froideur dans les relations sociules, même dans l’amitié.

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